Ayden, 3 ans, mort à l’hôpital de Bagnols : "Une colère silencieuse et une immense injustice"… face à un non-lieu général, la famille ne renonce pas

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  • Ayden est décédé à l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze. Ayden est décédé à l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze.
    Ayden est décédé à l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze. DR
  • Le petit Ayden est décédé en novembre 2017. Le petit Ayden est décédé en novembre 2017.
    Le petit Ayden est décédé en novembre 2017. DR
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La justice vient de rendre un non-lieu dans l’affaire d’homicide involontaire qui concernait les conditions de la prise en charge médicale d’un enfant au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze en novembre 2017. L’instruction n’a pas retenu de faute ni contre l’infirmière ni contre le centre hospitalier. La mère de famille ne cache pas son indignation et sa tristesse.

La justice vient de rendre un non-lieu dans l’affaire d’homicide involontaire qui concernait les conditions de la prise en charge médicale d’un enfant au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze. Le petit Ayden était décédé alors qu’il n’avait pas encore ses trois ans. L’infirmière, qui avait été mise en examen, est donc totalement blanchie des soupçons de manquements dans la prise en charge de cet enfant, a-t-on appris ce samedi 10 janvier.

Pas de faute pénale retenue

Retour sur cette affaire d’homicide involontaire du petit Ayden, survenu le 25 novembre 2017, à l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze. Après une enquête et la désignation d’un juge d’instruction, ce dossier avait connu de nouveaux développements judiciaires le 18 mars 2025 avec des réquisitions de non-lieu du parquet qui demandait l’arrêt de la procédure et l’abandon des poursuites. Dans sa décision du 9 janvier 2026, la juge d’instruction du tribunal judiciaire de Nîmes a donc suivi les réquisitions du procureur de la République estimant qu’aucune faute pénale ne pouvait être reprochée à l’infirmière.

Admis à l’hôpital de Bagnols le 24 novembre 2017

L’enfant avait été admis à l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze, le 24 novembre 2017, en fin d’après-midi, pour des maux de ventre, de la fièvre et des diarrhées. L’enfant avait été examiné et soigné et des prélèvements bactériologiques avaient été réalisés.

Mais durant cette nuit du 24 au 25 novembre, l’état de santé du petit Ayden (âgé de 35 mois) s’est aggravé. Parallèlement, les résultats des analyses bactériologiques ont été validés vers 3 h 50 (le 25 novembre). Ils ont révélé la présence de bactéries. Mais le bilan de ces analyses n’a pas été transmis au pédiatre de permanence. Le suivi de l’enfant étant assuré par une infirmière du centre hospitalier. Et, à l’arrivée du médecin dans la matinée, la santé de l’enfant s’est encore davantage aggravée et malgré une réanimation, le petit Ayden est décédé.

La famille avait lancé une procédure estimant qu’un grave défaut de prise en charge avait marqué l’hospitalisation. Une plainte était déposée puis le parquet avait ouvert une information judiciaire conduisant à la désignation d’un juge d’instruction. Lequel avait ordonné la mise en examen de l’infirmière estimant que des indices graves et concordants apparaissaient et pouvaient étayer des soupçons d’homicide involontaire. En clair, qu’il existait des éléments laissant penser que l’infirmière avait commis une faute, en l’occurrence ne pas avoir prévenu le médecin du résultat d’analyses bactériologiques qui se sont avérées positives à certains germes.

Une infection qui s’est avérée être fatale à l’enfant. Le juge ordonnait parallèlement une expertise médicale qui a retenu un défaut d’alerte du médecin. Lequel aurait pu ordonner un traitement médical pour lutter contre l’infection.

"Le rapport de l’expert retient un dysfonctionnement"

Le rapport de l’expert en médecine légale a estimé que la prise en charge de cet enfant n’était pas conforme "aux pratiques médicales actuelles" et retiendrait un dysfonctionnement. Selon l’expertise, les résultats du labo auraient dû conduire l’infirmière à prévenir le pédiatre de garde pour mettre en œuvre un traitement antibiotique. "Il ressort pourtant clairement de l’expertise que l’omission de signalement du résultat bactériologique significatif, à savoir une hémoculture positive au cocci-gram à 3 h 50, a constitué un élément majeur ayant contribué directement à l’aggravation fatale de l’état de santé de l’enfant", estime l’avocat de la famille qui s’est constituée partie civile.

Le juge prononce un non-lieu estimant qu’il n’y a pas de faute

Les investigations avaient montré qu’au moment des faits aucun protocole n’imposait à l’infirmière de prévenir le pédiatre de garde. Ce qui n’a pas été réalisé. Le médecin n’a pu intervenir qu’au moment de sa prise de poste le matin.

Le magistrat instructeur de Nîmes a considéré que le fait de ne pas prévenir un médecin, alors que les analyses bactériologiques montraient une infection, n’était pas une faute caractérisée et volontaire en lien direct avec la mort de l’enfant. C’est ce qui aurait justifié apparemment la décision de non-lieu général rendue le 9 janvier.

Me Hamroun : "La justice vient de nier à la famille un procès qui aurait pu être salvateur pour tous les parents d’enfants hospitalisés dans ces circonstances"
Me Hamroun : "La justice vient de nier à la famille un procès qui aurait pu être salvateur pour tous les parents d’enfants hospitalisés dans ces circonstances" ARCHIVES HOCINE ROUAGDIA

"Ayden est mort deux fois aujourd’hui", Me Hamroun, avocat de la famille

Ainsi, ni l’infirmière mise en examen ni le centre hospitalier de Bagnols qui avait été placé sous le statut de témoin assisté, n’ont commis de faute, a considéré le magistrat instructeur.

Interrogé ce samedi 10 janvier, Me Samir Hamroun (Avignon), l’avocat de la famille a confirmé la décision de non-lieu rendue par le magistrat ne cachant pas le désarroi des parents de l’enfant décédé.

Pour les parents, après ce non-lieu : "Ayden est mort deux fois aujourd’hui. La justice vient de nier à la famille un procès qui aurait pu être salvateur pour tous les parents d’enfants hospitalisés dans ces circonstances", estime l’avocat. Me Hamroun annonce aussi son intention de relever appel de la décision et de porter l’affaire devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Nîmes.

"Huit ans de procédure"

Ce dimanche 11 janvier, la mère du petit Ayden, ne cachait pas sa déception et son indignation face au non-lieu. "Quand j’ai eu la décision de non-lieu, j’étais déçue mais en même temps, je m’y attendais car nous avions reçu les réquisitions du procureur qui demandaient le non-lieu. Pourtant, il y avait plusieurs éléments dans le dossier qui montraient des dysfonctionnements au sein de l’hôpital. On nous dit qu’il n’y avait pas de protocole pour avertir le médecin (aujourd’hui, le protocole a changé) alors que les résultats bactériologiques devaient en toute logique faire prévenir le médecin", note la maman du petit Ayden qui ne cache pas outre le décès de son fils que "la longueur de la procédure qui dure depuis huit ans" est un poids supplémentaire à supporter. Aucun mot ne peut contenir la douleur de perdre un enfant".

Ce lundi 12 janvier, contactée par téléphone, la direction du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze a indiqué ne pas souhaiter réagir aux développements du dossier.

Toute personne est présumée innocente tant que justice n’a pas été définitivement rendue.

 

La mère du petit Ayden : "Je ressens une colère silencieuse et une immense injustice"

"Mon fils est entré à l’hôpital avec l’espoir d’en ressortir vivant. Il n’en est jamais revenu. Depuis ce jour, je vis avec un vide que rien ne comble, une absence qui crie à chaque instant. Mais au-delà de ma peine, il y a une colère silencieuse : celle de savoir que des dysfonctionnements, des négligences et un système défaillant ont contribué à cette perte irréparable. Mon fils n’est pas simplement un dossier. Il était une vie, un avenir, un amour immense. En parlant aujourd’hui, je ne cherche ni vengeance ni scandale, mais vérité, responsabilité et humanité, pour que plus jamais une famille n’ait à traverser une telle injustice. Je ressens une colère silencieuse et une immense injustice."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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