Contestation contre le régime iranien : dans les manifestations ou sur les réseaux sociaux, les femmes défient elles aussi le régime des mollahs
Elle avait été mise à l’honneur par le Parlement européen pendant le mouvement "Femme, Vie, Liberté". La sociologue franco-iranienne Azadeh Kian, directrice du Cedref, enseignante à l’Université Paris Cité, l’une des voix les plus influentes de la diaspora iranienne à travers le monde, analyse la mobilisation des femmes dans cette nouvelle contestation contre le régime des mollahs.
Un courant viral émerge sur les réseaux sociaux dans plusieurs pays avec la publication de photos d’Iraniennes défiant la République islamique : le visage découvert, elles allument une cigarette en enflammant le portrait du Guide suprême Ali Khamenei. Comment l’analysez-vous ?
C’est très symbolique et cela s’inscrit dans la continuité du mouvement “Femme, vie, liberté”. C’est une façon de dire qu’elles souhaitent dépasser le régime.
La contestation a débuté en Iran avec la mobilisation des commerçants – des hommes – , mais assez rapidement, les étudiants les ont rejoints, notamment des femmes. Et aujourd’hui, elles sont très présentes dans les manifestations, mais pas avec des revendications spécifiques pour les femmes, avec des slogans d’ordre général contre le régime.
Que risquent les femmes qui défient le pouvoir ?
Le régime tire à balles réelles sur les manifestants, comme en 2022, en visant les yeux et sans faire de différence entre les hommes et les femmes. Beaucoup de personnes sont tuées, les gens qui sont en Iran me parlent même d’une situation de guerre.
Le régime peut aussi identifier celles qui se mobilisent sur les réseaux sociaux à travers leur adresse IP. Dans un premier temps, elles reçoivent normalement un avertissement et assez rapidement, elles sont arrêtées.
D’ailleurs, dès le début du mouvement, les Gardiens de la révolution ont envoyé des SMS à tout le monde pour dire : "Attention, si vous publiez des choses sur les réseaux sociaux, on viendra vous chercher."
Une Iranienne défie les mollahs depuis le Canada
C’est la vidéo la plus virale. L’image de Melika Barahimi, une jeune femme d’une vingtaine d’années, le vissage découvert, allumant sa cigarette avec le portrait d’Ali Khamenei a fait le tour du monde, en alimentant aussi les suspicions d’Internautes remettant en doute l’authenticité du document, ou affirmant qu’il remonte à plusieurs années. Les équipes de TF1 ont retrouvé la jeune femme et confirmé que sa vidéo est bien une réponse à la contestation actuelle en Iran. Cette Iranienne, qui vit au Canada, l’a tournée sur place le 7 janvier, et publiée le 8 janvier, en réponse à d’autres militantes qui avaient réalisé le même geste avant elle, précisent nos confrères.
Les réseaux sociaux jouent-ils un rôle de plus en plus important dans les différents mouvements de contestation en Iran ?
Absolument, la contestation débute généralement sur les réseaux sociaux, c’est pour cela que la première chose que le régime fait, c’est de couper Internet, pour empêcher les Iraniens de communiquer, de montrer les choses, mais aussi pour couper le contact entre la population, la diaspora et le monde entier. Cela montre l’importance des réseaux sociaux.
Les étudiantes ont aussi d’autres moyens pour exprimer leur désaccord avec le régime, car les étudiants sont très bien organisés à l’intérieur des campus, mais les personnes isolées n’ont parfois que les réseaux sociaux.
En 2022, des Iraniennes se filmaient en train de couper une mèche de cheveux ; l’an dernier, une jeune fille qui marchait en sous-vêtements est devenue un symbole. Quelle est la portée de ces actions ?
Grâce à ces résistances, grâce au mouvement “Femme, vie, liberté” et à ces actes courageux, il y a beaucoup moins de pression aujourd’hui sur les femmes qui ne portent pas le voile. Les luttes individuelles et collectives des femmes ont abouti à quelque chose.
Au-delà de cela, la situation des femmes a-t-elle progressé en Iran ?
Non, ni leur situation économique, ni légale n’a progressé. Par exemple, il y a une motion contre la violence faite aux femmes qui est baladée dans des couloirs de l’Assemblée et personne ne se précipite pour la faire adopter. Aucune loi en faveur des femmes n’a été votée.
Simplement, elles peuvent sortir désormais avec leur copain ou leurs camarades sans être mariées, c’est cette petite liberté qu’elles ont obtenue.