Face au changement climatique, les stations de montagne doivent-elles faire "le deuil du ski" ?

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  • Font-Romeu bat chaque année des records de fréquentation.
    Font-Romeu bat chaque année des records de fréquentation. L'Indépendant
Publié le , mis à jour

Un rapport parlementaire pointe la nécessité de repenser les modèles économiques des stations de montagne. Font-Romeu, qui a anticipé la problématique, défend tout de même sa politique centrée sur l’offre ski.

Hasard de la nature, c’est au moment où la neige n’a jamais été aussi présente depuis une dizaine d’années sur les différents massifs français que deux députés, Xavier Roseren (Horizons) et Denis Fégné (PS), ont présenté un rapport sur la nécessaire transition des modèles de station de montagne.

"Un défi majeur", ont insisté les deux élus, rappelant que les effets du changement climatique sont plus prononcés en montagne qu’en plaine. "Dans une France à + 2,5°C, le nombre de jours de neige au sol devrait diminuer de deux mois sur la plupart des massifs à moyenne altitude et un mois à haute altitude", ont-ils évoqué. CQFD. Ces constats implacables imposent "de sortir d’un modèle économique fondé sur la prééminence du ski" qui emploie aujourd’hui, directement ou indirectement "120 000 personnes". Ce rapport est assorti de 50 propositions qui prennent aussi en compte les problématiques de logement ou de mobilité, pour redonner vie à la montagne "toute l’année".

Luge sur rail, tyrolienne géante ou piste de bouées

En région, Jacques Alvarez, directeur d’Altiservice Font-Romeu Pyrénées 2000, partage le constat d’un virage à amorcer. Mais lui préfère parler de "diversification". "Une transition signifierait qu’on fait le deuil du ski. Or, ce sont ses revenus qui nous ont permis de porter des investissements importants en faveur d’une diversification", explicite-t-il.

Ces dernières années en effet, non seulement la station a modernisé ses remontées mécaniques avec une nouvelle télécabine à 30 M€ – "également utilisée pour les activités estivales comme la randonnée"-, mais a aussi construit une luge sur rail, une tyrolienne géante ou une piste de bouées sur neige. Une plateforme Altiservices.com permet par ailleurs d’avoir accès à toutes les activités proposées sur le territoire, "sorties canyon en eaux chaudes, vol en montgolfière, baptêmes de spéléologie, randonnées avec des guides de montagne… ", énumère Jacques Alvarez, insistant sur le fait que cette place de marché en ligne, ouverte fin 2024, "permet de réserver l’intégralité de son séjour, y compris l’hébergement".

Tous ces investissements, assure-t-il, ont eu un effet vertueux pour le territoire. "Ils ont redonné confiance aux porteurs de projets privés, qui à leur tour ont investi pour créer de l’hébergement touristique nouveau ou rénover des immeubles des années 60-70 jusque-là restés dans leur jus, voire devenus des passoires thermiques". La commune peut désormais compter, dit-il, sur "25 000 lits chauds".

Cinquante propositions pour repenser la montagne

Repenser la montagne française confrontée au changement climatique, pour en faire un vrai lieu de vie, et non plus un espace de loisirs éphémère, c’est le sens du rapport des deux députés Roseren et Fégné. Loin d’être contre le ski, ils appellent d’ailleurs à développer des filières scolaires consacrées à l’apprentissage des sports et métiers de montagne pour démocratiser un accès aux stations de montagne qui reste limité. Les deux élus estiment toutefois qu’il faut sortir d’une monoculture touristique pour aborder une approche transversale incluant le logement, la mobilité décarbonée et la pluriactivité des travailleurs. Pour cela, ils prônent notamment de penser la diversification, non plus au seul échelon communal, mais "à l’échelle du massif", avec des aides qui seraient réservées "aux projets intégrant des critères de sobriété foncière et de biodiversité".

Leur travail égrène ainsi 50 propositions qui repensent la gouvernance, le soutien public, la rénovation d’un parc immobilier vieillissant, les accès aux stations ou la reconversion professionnelle. Ils espèrent convertir ce rapport en proposition de loi mais aussi aboutir à un acte 3 de la loi montagne qui apporte un soutien adapté aux spécificités des territoires.

Autre effet positif, défend le directeur de la station, les efforts portés sur les activités estivales permettent aujourd’hui de proposer à 45 des 175 collaborateurs saisonniers de prolonger leurs missions en juillet août, "soit six mois de travail à l’année. Ce sont désormais des sédentaires qui s’ancrent dans le territoire et le font vivre". Précisément ce que prône le rapport parlementaire.

"Un modèle à 120 jours de ski jusqu’en 2057"

Pourtant, celui-ci pointe justement Font-Romeu pour son investissement massif sur le ski, "reposant sur l’hypothèse d’un nombre de skieurs stable jusqu’en 2047 alors que la station se situe entre 1 700 et 2 200 mètres d’altitude et que le département des Pyrénées-Orientales est fortement touché par la sécheresse". Jacques Alvarez défend ce choix par une étude ClimSnow, construite sur les données de Météo France, les rapports – "les plus alarmistes" du Giec – et les relevées locales, qui démontrent "que notre domaine skiable sera en capacité de produire les 120 jours de ski nécessaires pour que notre modèle économique soit viable pendant au moins trente-cinq ans, soit jusqu’en 2057". Celui-ci est basé sur une fréquentation annuelle de 470 000 journées-skieurs "et on a dépassé les 500 000 ces trois dernières années, pourtant peu enneigées naturellement, jusqu’à atteindre le record de 587 000 l’an dernier. Et, à date, on est en avance de 7,5 % cette saison", se réjouit-il, preuve que l’appétence pour le ski ne faiblit pas.

L’atout Bouillouses

C’est la proximité du lac des Bouillouses qui permet d’alimenter "sans impact sur l’environnement ou l’accès global à l’eau"- les 535 canons à neige entièrement rénovés depuis2008 pour être plus performants. "C’est eux qui permettent à la station de tourner chaque hiver depuis1976, on ne fait que perdurer cet héritage", ajoute Jacques Alvarez, rappelant aussi que le barrage des Bouillouses avait été financé à la fin du XIXe siècle, par les ministères de l’Agriculture et… du tourisme. Ces dernières années, ils ont toujours permis d’ouvrir les pistes début décembre pour le week-end de fête catalan de la Purissima.

Cet "optimisme" affiché par Jacques Alvarez ne doit tout de même pas faire oublier que ces dernières décennies, plus de 180 domaines skiables, des petites stations essentiellement, ont fermé en France selon le géographe Pierre-Alexandre Metral, phénomène qui s’est accéléré sur les dix dernières années. Le réchauffement climatique pourrait donc jouer le rôle de sélection naturelle dans l’offre encore pléthorique des 350 stations en France. Ce rapport parlementaire donne peut-être des pistes pour rester au sommet comme Font-Romeu en région.

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Les commentaires (3)
richard13 Il y a 12 jours Le 24/01/2026 à 21:23

on devait être inonde en PROVENCE or la méditerranée est montée de 1 millimètre oui 1 millimètre mais on va avoir un mini Age glacière il arrive voir les cycles de MILANKOVITCH

Umlaut Il y a 12 jours Le 24/01/2026 à 14:29

Quand il n'y a plus de neige,on arrête et on démonte,point barre!On peut ensuite essayer de faire pleurer les gens sur le temps passé. Le climat change et la nature reprendra ses droits.

Altaïr Il y a 12 jours Le 24/01/2026 à 10:24

Il y aura certainement moins de jours enneigés mais il suffira aux stations de doubler les prix ! et voilà..