"J’ai aidé 1 000 personnes, avec mes deniers" : l’association "Les Anges de la rue" devant le tribunal pour atteintes à la dignité et travail dissimulé de SDF

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  • Eddy Massaré et Robert Massaré, à la sortie de l’audience ce lundi 19 janvier après cinq heures de débats à l’audience.
    Eddy Massaré et Robert Massaré, à la sortie de l’audience ce lundi 19 janvier après cinq heures de débats à l’audience. H.A.
Publié le , mis à jour

Lundi 19 janvier, de la prison ferme requise contre Robert Massaré, fondateur des Anges de la rue, pour atteintes à la dignité de SDF, services non rétribués au préjudice de personnes vulnérables, travail dissimulé et blanchiment entre 2019 et 2022 à Gigean, siège de l’association. De même que pour son fils, Eddy auquel il est reproché l’exécution de travail dissimulé et maltraitance sur animaux dans le cadre d’un élevage de chiens clandestin.

Robert Massaré 72 ans et son fils Eddy de 43 ans ont réponse à tout. Le fondateur de l’association "humanitaire" des Anges de la rue, à Sète en 2014 et installé aujourd’hui à Gigean, a choisi de comparaître sans avocat devant le tribunal correctionnel de Montpellier ce lundi 19 janvier comme son fils à la tête d’un chenil clandestin. L’un ne pouvant s’empêcher de voler au secours de l’autre pour répondre à sa place aux questions incisives de la présidente Sandrine Lalande, tant finalement leurs activités étaient liées.

"Comment ça se fait qu’on vous voit sur une vidéo avec une Ferrari ?"

C’est d’abord Eddy Massaré, le fils du très médiatique Robert Massaré, qui est passé au grill. Accusé d’avoir exploité les bénévoles de l’association des Anges de la rue, au profit de son "élevage", notamment d’American bully, pedigree non reconnu en France et de bouledogues, classés en catégorie 1 (les plus dangereux) et d’avoir maltraité ses chiens jusqu’à en provoquer la mort. Lors d’une inspection de la DDPP en 2022, les agents découvrent sur un terrain à Mèze, appartenant à son père, 50 chiens au milieu d’excréments, une centaine de chiots cloîtrés dans des cages sous une serre surchauffée en pleine canicule, sans eau à volonté, et sept cadavres en putréfaction.

Eddy Massaré n’a aucun documents vétérinaires, aucune autorisation d’élevage, ni de vente. Il a d’abord tenté de nier farouchement toute activité commerciale malgré les petites annonces de vente de chiots avec des prix affichés entre 2000 et 50 000$ aux États-Unis. Des animaux acquis "avec le fruit des ventes", finit-il par dire sans avoir jamais rien déclaré aux impôts et à l’Ursaaf. Les 20 000 € de virement à son nom par Western Union ou des comptes Nickel perçus en 2019 décrits par le ministère public ? "Mon père m’a aidé, c’est dur d’être bénévole mais la cause est belle", dit-il.

"Comment ça se fait qu’on vous voit sur une vidéo avec une Ferrari et cette légende "comment devenir millionnaire en vendant des chiens ?", insiste la juge. "C’était un système pour faire monter la cote mais j’ai jamais vendu de chiens à ces prix-là […] J’ai voulu faire comme papa qui était éleveur de pur-sang arabes. J’ai toujours été passionné par ces chiens-là", se justifie-t-il face à la représentante du procureur qui lui fait remarquer que son casier (conduites sans permis) l’empêchait de toute façon d’exercer cette activité. Et alors qu’il semble même découvrir que les cadavres de chiens ne peuvent être laissés pourrir à même le sol. Pour la fondation Trente millions d’amis c’est le summum de la maltraitance et son avocate Me Angelica Ramos. "Vous avez laissé des chiens malades, mourir de chaud ou de soif sous une serre en pleine canicule. Vous ne comprenez pas que c’est grave, et qu’on ne peut traiter des animaux de cette façon ni des humains. On en a la preuve à cette audience."

Des personnes vulnérables "recrutées"

La justice reproche à Eddy comme à son père, Robert Massaré, d’avoir exploité des personnes vulnérables "recrutées" par l’association les Anges de la rue, pour travailler à leur profit et de s’être même enrichis sur leur dos.

"Où est la caisse enregistreuse pour les paniers ?"

"Oui vous n’êtes pas parti aux Bahamas, il n’y a rien sur vos comptes, mais c’est parce que vous encaissiez les paniers en liquide et que vous forciez les gens à payer en liquide", affirme la procureure cherchant à démontrer un enrichissement personnel de Robert Massaré. La preuve dit-elle, les 44 000€ dans des enveloppes retrouvées chez lui, l’absence de dépôts bancaires, et de justificatifs de dons. "Où est la caisse enregistreuse pour les paniers ?", demande la juge. "Vous l’avez dans le dossier", répond le prévenu. "Nous ne l’avons jamais retrouvée, ni votre comptable ou votre livre de comptes".

Le patriarche trimbale un casier bien plus chargé que son fils. Une dizaine de condamnations depuis 2002, dont plusieurs escroqueries, du travail dissimulé et surtout une interdiction de gérer pour faillite personnelle pendant 15 ans. Ce qui l’empêchait d’ouvrir son association. "Je ne savais pas, je ne sais même pas pourquoi ils ont fait ça !", rétorque innocemment Robert Massaré qui en avait pourtant été notifié.

"Des bénévoles vous donnaient même de l’argent, une part de leur RSA pour être tranquilles"

La présidente égrène alors les témoignages des bénévoles, pour la plupart sans travail et à la rue, qui racontent comment ils se voyaient imposés des tâches de 7 h à 8 h par jour, avec moins d’une heure de pause pour manger, en échange du fameux panier de courses provenant de dons à l’association, d’une valeur de 50 €. Avec de la nourriture parfois avariée et stockée dans des hangars infestés de nuisibles.

"Ce n’est pas possible on avait tellement de dons, Promo Cash nous donnait 1 000 € d’invendus par jour, la viande on la passait dans la journée", répond Robert Massaré. Quand certains hébergés dans des logements indignes par l’association, se plaignaient, comme cette sexagénaire sétoise avec de lourds problèmes de santé, ils étaient mis à la porte. "Des bénévoles vous donnaient même de l’argent, une part de leur RSA pour être tranquilles parce qu’ils n’arrivaient pas à suivre le rythme", s’indigne le ministère public. "Non ils mettaient ça dans un pot commun pour eux !", réfute Robert Massaré.

Quant aux deux bénévoles qui s’occupaient du chenil d’Eddy Massaré et vivaient sur le terrain de Mèze, sans toilettes, ni douches, avec toute source d’eau une citerne d’eau verdâtre, "c’était magnifique, c’est eux qui le rendent comme ça !", lâche le fils. "Mais regardez les photos, c’est dégueulasse !", le corrige la magistrate.

"J’ai grandi dans la misère totale alors pour moi, c’est du luxe"

"Est-ce que vous reconnaissez avoir hébergé des gens dans des conditions indignes ? ", finit par lancer la procureure à Robert Massaré, pour les bénévoles logés dans "un taudis" à Balaruc. "Non, ils étaient à la rue, je leur ai donné de belles caravanes, à manger […] moi j’ai grandi dans la misère totale alors pour moi c’est du luxe." Me Flavie Baumelou aux intérêts de la seule hébergée ayant déposé plainte mais décédée depuis, a fait rappelé comme sa cliente avait été "recrutée après qu’on lui a demandé combien elle gagnait et si elle avait de la famille !"

Lourdes réquisitions

Robert Massaré qui s’est dit "écœuré" – "j’avais des grands projets dans l’humanitaire, j’ai fait cette aventure avec le cœur, j’ai aidé 1000 personnes, avec mes deniers. Combien ils sont à avoir déposé plainte ?" - risque six ans de prison dont un avec sursis, requis par le parquet avec mandat de dépôt, une interdiction de gérer définitive comme d’exercer une profession commerciale. Pour son fils, trois ans dont un avec sursis, une interdiction définitive de détenir un animal et une interdiction de gérer. La décision sera rendue en février.

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Les commentaires (6)
Sceptique34 Il y a 13 jours Le 23/01/2026 à 13:18

ah,parlons en des petites associations locales soi disant agréée par le le conseil départemental et la mairie de B34500.
tant d'argent détourné par K..et B...pour la danse orientale

Kermit2 Il y a 16 jours Le 20/01/2026 à 20:34

Djobi, djoba

Jacques72 Il y a 16 jours Le 20/01/2026 à 20:34

On tombe dans le sordide.

Jacques71177117 Il y a 16 jours Le 20/01/2026 à 20:37

Il vaut mieux compter sur soi que sur les assoces béni-oui-oui..