Violente agression d’un SDF à Bessèges : l’accusé acquitté pour la tentative de meurtre et condamné à 8 ans de prison pour violences
Lors de ce second et dernier jour d’audience, ce lundi 2 février, devant la cour d’assises du Gard, la parole était donnée à la victime. L’homme d’origine polonaise a témoigné des séquelles dont il souffre encore aujourd’hui, après cette violence agression dans la nuit du 21 août 2023.
"Je veux savoir ce qui s’est passé, qui a fait ça et pourquoi je suis comme ça aujourd’hui", a témoigné, ce lundi 2 février, par la voix de son interprète, ce Polonais devant la cour d’assises du Gard. Roué de coups dans la nuit du 21 août 2023 à Bessèges, il s’est présenté affaibli, avec des séquelles irréversibles : perte du champ visuel côté droit, difficulté à marcher, tremblements fréquents de la jambe, perte de la mémoire…
"Je ne me souviens plus d’une partie de ma vie"
"Je ne me souviens plus d’une partie de ma vie, a-t-il poursuivi, d’une voix à peine audible. Je vivais une vie calme et maintenant, je ne peux même plus me faire mon thé." Âgé de seulement 37 ans, l’ancien SDF a dû retourner vivre chez sa mère en Pologne depuis les faits, ayant besoin d’assistance pour les gestes du quotidien.
Mais des explications, il n’en aura pas. L’accusé, Sofiane M., âgé de 25 ans, a maintenu sa position : "Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé. J’ai honte. Je n’avais aucune raison de lui faire ça. Je m’excuse auprès de la victime." Et même les images diffusées lors de l’audience ne raviveront pas les souvenirs des deux parties. D’autant que celles-ci sont peu éloquentes, puisque seul le premier épisode de violences est visible, les deux autres étant hors champs.
Une "dangerosité" de l’accusé dépeinte par l’avocat général
Seule certitude, confirmée par l’accusé, le SDF a été attaqué gratuitement. "Ce n’est pas une rixe. Mon client était recroquevillé sur lui-même, il ne s’est pas défendu et il a tenté de fuir. Mais ça n’a pas empêché Monsieur de revenir", surenchérit Me Lis Milolz, portant la voix de la partie civile, évoquant le "brouillard qui plane depuis sur sa vie". Bertrand Baboulenne, l’avocat général va, de son côté, plus loin : "Il a été le punching-ball de Monsieur. Le faire valoir de toutes ses souffrances liées à son enfance."
Un acharnement qui traduit d’une certaine "dangerosité" pour le représentant du ministère public, qui requiert 12 ans de prison avec une injonction de soins. "Car si vous occultez cette scène-là, combien d’autres scènes de violences avez-vous oublié ? Et si la victime n’est pas morte, ce n’est certainement pas grâce à vous." Il soulève également la récidive du fait de sa précédente condamnation pour violences conjugales sur son ex-compagne.
"Un meurtre à main nu, c’est rare", plaide la défense
Une violence que Me Hugo Ferri, du côté de la défense, n’a pas minimisée, mais a toutefois nuancé en rappelant que malgré l’enfance chaotique de son client, celui-ci a tenté de s’en sortir avant cette agression. "Ça n’excuse rien, mais concédez-lui quand même sa volonté de s’extraire de ses traumas. Il a tenté de faire des études, il était décrit comme bon élève et il enchaînait les petits boulots". Pour appuyer l’insertion et l’évolution de son client "qui est sur la bonne voie", il rappelle que Sofiane M. a demandé, dès la garde à vue, à écrire une lettre à la victime pour s’excuser. "Il ne se cache pas derrière l’alcool, il reconnaît les faits".
En revanche, sur la tentative de meurtre et la préméditation, l’avocat plaide l’acquittement. "Un meurtre à main nu, c’est rare. Et on dit qu’il est revenu à plusieurs reprises. Mais s’il avait voulu tuer, il serait revenu dès la seconde fois avec un objet, une arme. Alors je veux bien la colère, la rancœur, la violence, mais sur l’intention de tuer, non". Après délibéré, Sofiane M. est acquitté pour la tentative de meurtre. Il est en revanche condamné pour violences volontaires avec ITT supérieure à 8 jours, en état d’ivresse et en récidive. Il écope d’une peine de 8 ans de prison dont 2 ans assortis d’un sursis probatoire pendant 3 ans, avec notamment une obligation de soins contre son addiction à l’alcool et un suivi psychologique. Une peine assortie d’une interdiction de port d’arme et d’une inéligibilité pendant 5 ans.
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