Accès direct aux infirmiers : malgré le vote de la loi et la parution du décret d’application, "on n’y est pas"

Abonnés
  • De nouvelles compétences pour les infirmières ?
    De nouvelles compétences pour les infirmières ? Midi Libre - MICHAEL ESDOURRUBAILH
Publié le

Selon Jean-François Bouscarain, représentant des infirmiers libéraux à l’Union régionale des professionnels de santé, l’URPS Occitanie, l’administration ne suit pas la volonté du législateur, qui a donné plus d’autonomie à la profession.

Une "avancée majeure pour la profession d’infirmière", se félicitait la ministre de la Santé Stéphanie Rist en fin d’année 2025 : le décret du 24 décembre dernier, en application de la "loi infirmière" du 27 juin, doit permettre à la profession de gagner en autonomie.

Gestion des plaies, consultations de prévention, repérage des situations de maltraitance, éducation thérapeutique… le champ d’intervention des infirmiers et des infirmières diplômés d’État, bien réparties sur tout le territoire, est censé être modifié au 1er janvier 2026.

Qu’en est-il dans les faits ? Pour Jean-François Bouscarain, représentant des infirmiers libéraux à l’URPS (l’Union régionale des professionnels de santé) et vice président national de la FNI, syndicat des infirmières libérales, on est loin du compte.

Jean-François Bouscarain : "C’est la douche froide".
Jean-François Bouscarain : "C’est la douche froide". Midi Libre - MICHAEL ESDOURRUBAILH

Les infirmiers et infirmières gagnent en compétences. Enfin, dites-vous ?

Cela fait 20 ans que nous disons que les infirmiers et les infirmières sont sous-utilisés par rapport à leurs compétences.

Il a fallu que le système de santé soit acculé, avec moins de médecins et moins d’heures pour s’occuper des patients de plus en plus nombreux, pour qu’on constate un engorgement des soins à tous les niveaux. C’est le cas pour les médecins généralistes, mais aussi des spécialistes. La machine s’est emballée. Les médecins ne peuvent pas tout faire.

La profession infirmière avait lancé des travaux sur le sujet depuis des années, lorsque le législateur a pris le problème à bras-le-corps, autour de ce principe : les infirmiers ont des compétences à mettre à disposition de la population, particulièrement les personnes âgées.

Prévention, orientation, prescription… votre nouveau champ d’intervention dessiné par le législateur est large, qu’est-ce qui vous semble le plus symbolique ?

L’accès direct à la plaie. Un patient pourra accéder à un infirmier directement, sans que rien ne soit enlevé à la coordination des soins avec le médecin traitant, et le pharmacien.

On évite ainsi une situation que l’on constate souvent, le patient ne sait pas où aller, va aux urgences au risque d’engorger des services pour un problème qui ne le nécessite pas, ou, souvent trop tard, chez son médecin.

Cette une évolution du métier d’infirmier, qu’on a pu voir chez les pharmaciens, en 2024, sur les infections urinaires. En cas de test positif confirmant l’infection, le pharmacien peut prescrire un antibiotique.

La région centre Val-de-Loire va plus loin encore, avec l’expérimentation Osys, très en lien avec nos travaux, qui permet aux pharmaciens d’intervenir sur des soins de vie courante, en lien avec les médecins (NDLR : plaies, brûlures, morsures de tiques…).

Pour les infirmiers, le décret donne le coup d’envoi de la réforme, les infirmiers et les patients peuvent s’en saisir ?

Le décret du 24 décembre 2025 définit notre nouveau périmètre d’intervention. Il faut maintenant qu’il soit décliné via un arrêté, qui n’est pas paru.

En première ligne face aux soins.
En première ligne face aux soins. Midi Libre - SOPHIE WAUQUIER

"L’accès direct à la plaie est sous condition, et la consultation infirmière se réduit à peau de chagrin"

Pour rester sur l’exemple de la prise en charge des plaies, aujourd’hui, un patient ne peut pas contacter directement un infirmier ?

Non. On n’y est pas. Le système de santé repose sur trois piliers. Il y a le réglementaire, puis le périmètre financier et enfin l’organisation. Sur l’organisation, la plupart des infirmiers sont prêts à faire face à un afflux de patients avec un problème de plaie, sept jours sur sept.

Mais il faut un financement, et alors qu’on est en pleine négociation avec l’assurance maladie sur nos tarifs, on a besoin de la publication d’un arrêté pour savoir ce qui peut être financé. Les discussions courent sur le premier trimestre 2026.

Et les choses avancent ?

La loi a de grandes ambitions, mais face aux premières propositions de texte de l’arrêté qui nous sont parvenues, on est un peu amer compte tenu de la différence qui se dessine entre une administration frileuse qui a une lecture restrictive de l’autonomie professionnelle et l’intention du législateur.

Par exemple, l’accès direct à la plaie est prévu dans certaines conditions, et la consultation infirmière se réduit à peau de chagrin et reste médico-centrée.

C’est la douche froide ?

Oui, la volonté du législateur est trahie. Si on est encore menotté, ce n’est pas la peine alors que l’enjeu est énorme. On a parlé de la prise en charge des plaies, avec un gros problème de retard de prise en charge qu’on peut combler.

Mais, dans un pays qui parle peu de prévention, il y a aussi la possibilité d’une consultation infirmière de prévention pour tous les patients. Et la possibilité d’une consultation infirmière d’accompagnement du patient avec des problèmes psychiatriques ou cognitifs.

Le projet d’arrêté est une entrave à l’accès aux soins, avec le risque, encore, de renoncement aux soins de la population.

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement à cet article
1 semaine offerte
Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
3,99€/mois
Voir les commentaires
L'immobilier à Montpellier

319000 €

Dans une résidence neuve et au coeur du quartier Port Marianne, votre agenc[...]

3200000 €

V9609 – exceptionnel - montpellier centre-ville – arceaux / jardin du peyro[...]

310000 €

MONTPELLIER - LA LIRONDE Dans une résidence récente avec ascenseur, spacieu[...]

Toutes les annonces immobilières de Montpellier
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (1)
Rosedusud Il y a 26 jours Le 11/01/2026 à 00:56

La formation infirmier est un socle complété par de nombreux DU (diplômes universitaires) et formations diverses qui permettent de gérer de manière complète les différentes pathologies. Plaies et cicatrisation, c'est un DU, l'éducation thérapeutique également, tout comme la prise en charge de la douleur. Rares sont les IDE qui ont les formations correspondant à ces compétences, l'expérience doit être validée par une formation.