"Je ne me suis pas rendu compte que j’aurais dû m’arrêter", Magalie Miló, médecin généraliste raconte son burn-out dans un livre

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  • Magalie Milo : "Si je m’en suis sortie, d’autres peuvent le faire."
    Magalie Milo : "Si je m’en suis sortie, d’autres peuvent le faire." Midi Libre - GIACOMO ITALIANO
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Magalie Miló dédicacera son ouvrage "Mon burn-out en blouse blanche" à la librairie Gibert de Montpellier, samedi, à 15 h.

"J’ai écrit ce livre pour aider, alerter et briser les tabous, même si prendre la plume pour raconter ma vie de médecin, mais aussi de femme et de maman a été un exercice douloureux", confie Magalie Miló, médecin généraliste, qui a mis beaucoup de temps à se remettre de son burn-out.

Si elle témoigne aujourd’hui, c’est parce qu’elle craint pour la santé de ses consœurs et confrères. "Ce qui me fait peur, c’est que même les tout jeunes médecins en internat sont déjà en burn-out. Cela veut dire que le système est maltraitant pour les soignants", commente-t-elle.

Des journées à doubles créneaux

Après des études de médecine à Montpellier, Magalie Miló suit son époux dans la Drôme et exerce son métier dans une structure mutualiste, avec l’envie d’honorer le serment d’Hippocrate. Très vite, elle déchante après la réduction par deux des effectifs de l’établissement obligeant tout le personnel médical à travailler à flux tendus.

"Comme tous mes collègues, j’ai enchaîné les doubles créneaux, car il est difficile de dire non quand des patients ont besoin de vous. Je recevais 20 à 25 patients par jour, voire plus. Au début, j’éprouvais un regain d’énergie à faire tout, vite et bien. Je gérais. Puis, les retards se sont cumulés, je ne mangeais plus à midi faute de temps et je rentrais de plus en plus tard chez moi, n’étant présente au final qu’à l’heure du coucher de mes filles qui étaient petites à cette époque", raconte-t-elle.

Premiers symptômes du burn-out

Ses mains se couvrent d’eczéma, des douleurs abdominales l’assaillent sans relâche, une irritabilité permanente l’étreint. "C’était trop intense pour moi. Je ne me suis pas rendu compte que j’aurais dû m’arrêter à ce moment-là", commente-t-elle. Elle rejoint une autre structure. Rien ne change en dépit d’une équipe soudée, mais en sous-effectif comme chez son précédent employeur.

Ses symptômes réapparaissent, et de nouveaux viennent s’ajouter : infections au moindre virus, troubles de la concentration, fatigue chronique, stress permanent et déclenchement d’une endométriose. "J’ai enchaîné les oublis, ce qui m’a fait craindre un moment d’avoir un Alzheimer précoce. Je n’arrêtais pas de dire que j’étais fatiguée. J’avais la sensation de tout faire au ralenti et les troubles de sommeil se sont installés. Je suis passée d’une hypersomnie à de l’insomnie", détaille-t-elle.

À lire aussi : En savoir plus sur le burn-out professionnel et ses causes

Du déni à l’effondrement

Lorsqu’elle échappe de justesse à un accident de voiture, suivi d’une violente crise de tachycardie manquant de la faire défaillir, elle est contrainte de s’arrêter. "Je ne voulais pas. J’ai beaucoup insisté pour n’être arrêtée qu’une semaine. J’étais dans le déni, car il faut toujours être fort, aller au travail même si vous êtes malade. J’ai refusé de prendre en compte les signes avant-coureurs comme les mises en garde de ceux qui m’entouraient. Je me répétais que le burn-out, ça arrive aux autres, mais pas à moi", reconnaît-elle.

Elle fait la sourde oreille à son mal-être grandissant et ses autres symptômes durant une année de plus jusqu’à ce que le déclic vienne. "J’étais de plus en plus irritable avec les patients au point de perdre toute empathie. Une consultation avec une petite fille me l’a fait comprendre. J’ai alors pris conscience que j’étais en train de faire n’importe quoi, et que ce que je venais de faire avec elle, ce n’était pas moi. J’ai craqué dans la voiture et j’ai pleuré", s’émeut-elle encore.

Une longue convalescence

Magalie Miló est stoppée net. La traversée du désert commence. Elle durera quatre ans, avec de longues plages de sommeil durant la première année, une vie rythmée par les obligations familiales d’une maman de jeunes enfants. "J’avais l’impression d’avoir des semaines à trous."

Un suivi psychologique, l’écriture "sur mes temps de cerveau disponible", la reprise de la danse, des exercices de méditation et un retour à Montpellier l’aident progressivement à refaire surface. Reprendre le travail ? Trop tôt. "C’était encore au-dessus de mes forces, car j’avais toujours des troubles de concentration", avoue-t-elle.

"Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide"

Quatre ans plus tard, elle dépasse enfin ses appréhensions. Après avoir pratiqué de "l’autosabotage" dans quelques entretiens professionnels, elle finit par trouver son bonheur dans un établissement à Villeneuve-lès-Maguelone. "J’étais très stressée lors de mon premier jour de travail. Heureusement, j’étais en binôme durant deux semaines. Cela m’a beaucoup aidé, mais il n’a pas été simple pour moi de retrouver un rythme avec des horaires fixes. Il m’a fallu deux à trois mois pour me remettre dans le bain", souligne Magalie Miló.

Si son livre donne à voir l’étendue des souffrances en situation de burn-out, il est aussi un message d’espoir. "J’ai bien cru que j’allais devenir un légume, que mon cerveau n’allait plus jamais redémarrer et que je ne retournerais jamais travailler. Si je m’en suis sortie, d’autres peuvent le faire, mais, pour y parvenir, il faut savoir s’écouter et dire non, même quand on est médecin, ne pas culpabiliser, savoir prendre du temps pour soi et ne pas avoir peur de demander de l’aide."

À lire aussi : Burn-out : comment reprendre le travail après un épuisement professionnel ?

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