Aliments ultratransformés : "Il est maintenant urgent de passer à l’action", alerte Mathilde Touvier, co-fondatrice du Nutriscore

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  • La composition des steaks végétaux est surveillée.
    La composition des steaks végétaux est surveillée. MAXPPP - Alexandre Chassignon
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Avec une nouvelle étude alarmante du journal scientifique The Lancet le 18 novembre, et une plainte de la ville de San Francisco, le 2 décembre contre une dizaine de géants de l’industrie agroalimentaire, Mars, Coca Cola et Nestlé… accusés d’avoir créé une "crise de santé publique" : les alertes se multiplient sur les aliments ultratransformés, qui représentent 8 aliments sur 10 dans les supermarchés. Leur texture et leur goût sont modifiés pour les rendre plus attractifs. Diabète, obésité, dépression… leur nocivité est de plus en plus documentée.

Mathilde Touvier est directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm (CRESS-EREN), investigatrice principale de la cohorte NutriNet-Santé et co-fondatrice du Nutri-Score. Elle a participé à l’étude internationale publiée dans The Lancet, qui alerte une nouvelle fois sur les effets de la consommation d’aliments ultratransformés, ou AUT. De quoi parle-t-on, comment se protéger ? Mathilde Touvier a animé un webinaire sur les aliments ultratransformés, en novembre dernier.

Mathilde Touvier a coordonné les études en France.
Mathilde Touvier a coordonné les études en France. MAXPPP - Edgar Sapiña Manchado

De quoi parle-t-on quand on parle de produits ultratransformés ?

Pour parler d’aliments ultratransformés, on utilise le référentiel Nova, proposé par le professeur Carlos Monteiro, de l’université de Sao Paulo au Brésil. Ce sont des aliments qui ont subi des procédés industriels importants : hydrogénation, soufflage, cracking, extrusion, friture… qui modifient leur matrice. Ils contiennent souvent des additifs à visées alimentaires cosmétiques, pour rendre le produit plus attractif, et d’autres ingrédients comme les sirops de glucose, fructose… Certains de ses produits sont qualifiés de "junk food" mais il y a aussi des yaourts aromatisés ou des substituts de produits carnés.

Dans une vie, on ingère en moyenne 30 tonnes d’aliments et 50 000 litres de boissons avec des protides, de lipides et des glucides dont on connaît de mieux en mieux les effets sur la santé, mais également tout un tas de constituants avec une formulation industrielle qui vont aussi impacter notre santé et pour lesquels on avait, jusqu’à récemment très peu d’informations.

La recherche a été très dynamique ces cinq dernières années. L’étude de The Lancet est le fruit de l’avancée de ces travaux.

Que pèsent-ils dans notre alimentation ?

30 à 35 % des calories sont apportées en France quotidiennement par AUT, et jusqu’à 60 % aux États-Unis.

Ce qu’il faut savoir sur les aliments ultra-transformés.
Ce qu’il faut savoir sur les aliments ultra-transformés. Midi Libre - SOPHIE WAUQUIER

Que dit la publication du Lancet ?

On a plusieurs études : les données de consommation qui montrent une tendance relativement stable à la consommation, déjà très haute dans les pays comme la France ou les États-Unis où ils sont présents depuis très longtemps, et une forte augmentation de la consommation des AUT dans les pays où ils n’étaient pas présents et où les régimes traditionnels prévalaient.

Pour l’impact sur la santé, en France, les données sont issues de l’étude Nutrinet Santé, lancée en 2009 et toujours ouverte au recrutement. On a aujourd’hui plus de 181 000 participants qui renseignent sur leur alimentation. Ce sont des données uniques au monde. On surveille l’état de santé des participants, ce qui nous permet de faire un lien entre l’alimentation et tel ou tel problème de santé.

La conclusion ?

Nous avons montré des liens entre une part plus importante de produits ultratransformés dans le régime alimentaire, et une incidence plus forte de différentes maladies : cancers, maladies cardiovasculaires, mortalité prématurée, symptômes dépressifs, diabète de type 2, surpoids et obésité. Et on continue les études sur la santé respiratoire et les problèmes dermatologiques.

Le premier article, en 2018, a généré la création d’une commission d’enquête parlementaire. Dès 2019, on a introduit la recommandation de limiter la présence de produits ultratransformés dans notre régime alimentaire. C’était un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin car désormais, un nombre massif d’études, plus d’une centaine, montre des résultats cohérents au niveau mondial. C’est ce que nous montrons dans une série de trois articles publiés dans le Lancet

Un risque de diabète augmenté de 25 %, + 23 % pour la dépression, + 21 % pour l’obésité

Avec quelles informations, ou messages clés ?

On a aujourd’hui 104 études de cohortes sur les liens AUT/Santé. 92 d’entre elles montrent une augmentation des risques. Particulièrement sur le diabète de type 2 (+ 25 % d’augmentation du risque), la dépression (+ 23 %), le surpoids et l’obésité (+ 21 %), la mortalité toutes causes (+ 18 % d’augmentation des risques), et les maladies cardiovasculaires (+ 18 %). On a un faisceau de preuves convergentes, qui montrent des marqueurs précoces dès l’enfance.

Les études sur du court terme, pour ne pas mettre en danger la santé des gens, montrent des effets sur la prise de poids, la perturbation du microbiote intestinal, on a des marqueurs précoces d’infertilité…

Comment ces aliments jouent-ils sur la santé ?

Il y a des phénomènes liés à la modification des matrices des aliments, qui jouent sur la digestion, ou sur le fait qu’on encourage la surconsommation. Il y a aussi des contaminants qui se forment dans les procédés de transformation, et des contaminants présents dans les emballages, qui contiennent 12 000 composés. Et puis il y a la problématique des additifs alimentaires.

Des études montrent le rôle central du microbiote intestinal : l’exposition à certains édulcorants ou émulsifiants perturbe le microbiote. Chez des animaux, il y a même un effet sur des carcinoses péritonéales.

Sur les additifs particulièrement, les mélanges ont un impact qui n’est pas pris en compte par les autorités de santé. Un faisceau de preuves montre des liens de mélanges de nitrites, nitrates, édulcorants, émulsifiants… sur des maladies chroniques. De nouveaux articles vont sortir.

Comment se protéger ?

On va continuer la recherche mais on a assez de preuves pour passer à l’action, il est urgent de le faire. On propose de compléter le Nutriscore par une information graphique qui permettrait de renseigner sur la présence d’AUT.

Je conseille aussi de télécharger l’application open FOOD facts, qui donne énormément d’informations.

Mais on ne peut pas mettre toute la responsabilité sur le consommateur.

Il faut aussi transformer en profondeur l’offre alimentaire. C’est urgent, nos enfants et nos adolescents sont en première ligne.

On a affaire à une industrie très puissante : 13 milliards de dollars ont été dépensés par Pepsi Mondelez et Coca Cola en 2024 pour de la publicité, c’est quatre fois le budget opérationnel de l’organisation mondiale de la santé (OMS).

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Les commentaires (8)
JPDeni Il y a 1 mois Le 15/12/2025 à 11:23

Choisir en image de Une des produits véganes plutôt que des produits Nestlé ou Coca, c'est manquer son rôle de vigie citoyenne : même si danger il y a, le risque pour la santé est d'abord ailleurs. Et massivement consommé.

Anonyme183543 Il y a 1 mois Le 15/12/2025 à 11:27

Il y a danger à remplacer des merguez nutriscore e par des équivalent vegan nutriscore a qui émettent 10 fois moins de CO2 et créé moins de souffrance ? J'aimerais bien voir vos arguments.

JPDeni Il y a 1 mois Le 15/12/2025 à 12:57

Nous sommes bien d'accord ! D'ailleurs, j'ai lu trop vite : si l'interview dit que «  des substituts de produits carnés » sont considérés comme ultra transformés, il n'est nulle part dit qu'ils sont un danger. La photo de Une est donc bel et bien trompeuse.

Dandelion Il y a 1 mois Le 14/12/2025 à 01:20

Les steaks végétaux happyvore aussi ? Mais faut il donc ne manger que des produits à l état brut ? Genre des huîtres, carottes râpées et un fruit en dessert. Personnellement je n ai rien contre. C est rassurant de ne consommer que des aliments identifiables. Mais est ce envisageable pour tout le monde? Les gens ont pris l habitude des plats tout prêts, et de la diversité alimentaire.

Anonyme183543 Il y a 1 mois Le 15/12/2025 à 11:22

Cet article illustre à quel point ce concept d'aliments ultra transformés et surtout utilisé pour décrédibiliser les aliments "qui ne font pas parti de notre alimentation". En effet, personne ne va mettre une photo de camembert bio fermier pour illustrer ça alors qu'il est trop gras et trop salé au point d'être nutriscore d ou e et par contre on met des simili viande qui sont pourtant bien meilleure que leur équivalent animaux (nutriscore a contre nutriscore e pour une merguez à la viande animale).

Papy_Boyington Il y a 1 mois Le 13/12/2025 à 20:19

Bref, si on mange n'importe quoi c'est toujours la faute à quelqu'un d'autre, c'est ca? Victimisation, valeur cardinale de 2025.

GRrOuiauporduvoilpartou Il y a 1 mois Le 13/12/2025 à 20:26

Pourquoi ne pas lire l'article avant de vom..r votre bi..e ?
Le comprendre serait un plus mais ce n'est pas donné à tout le monde apparemment.

Chef_Chaudard Il y a 1 mois Le 13/12/2025 à 21:25

L'hôpital qui se moque de la charité, le fameux Grr qui passe sa vie à v*mir la sienne sur ce forum, merci le RSA.