BPCO : 70 % des malades ne sont pas diagnostiqués, le Dr Charriot demande "un plan national sur la santé respiratoire"

  • Le tabac est un facteur de risques, comme l’exposition à des produits polluants.
    Le tabac est un facteur de risques, comme l’exposition à des produits polluants. MAXPPP - ATELIER D'IMAGES
Publié le , mis à jour

Maladie méconnue, la BPCO (Broncho pneumopathie chronique obstructive) touche 3,5 millions de Français mais 63 % des Français n’ont jamais entendu parler de cette affection largement sous-diagnostiquée. La journée mondiale de la maladie, le 19 novembre, met en lumière la pathologie, qui fait l’objet d’une matinée d’information et de sensibilisation du LabSanté de Midi Libre, le lundi 24 novembre, de 9 h 30 à 12 h, à l’Opéra de Montpellier.

Symptômes, traitements, innovations… le Dr Jérémy Charriot, maître de conférences des universités, praticien hospitalier en pneumologie au CHU de Montpellier, fait le point sur tout ce que l’on sait sur la BPCO, qui fait l’objet d’une matinée d’information et de sensibilisation du LabSanté de Midi Libre, le lundi 24 novembre, de 9 h 30 à 12 h, à l’Opéra de Montpellier.

Pour s’inscrire : https://www.billetweb.fr/vivre-avec-la-bronchopneumopathie-chronique-obstructive-bpco

Le Dr Jérémy Charriot : "La BPCO st la troisième cause de mortalité dans le monde".
Le Dr Jérémy Charriot : "La BPCO st la troisième cause de mortalité dans le monde". DR

Comment décririez-vous la BPCO, une maladie inconnue pour près de deux Français sur trois, avec 70 % des patients non diagnostiqués ?

C’est une maladie très mal connue, alors que c’est la troisième cause de mortalité dans le monde. L’acronyme (BPCO pour Broncho pneumopathie chronique obstructive) n’est pas très clair. C’est très difficile d’expliquer la BPCO, alors que les gens connaissent très bien l’AVC, ou l’insuffisance cardiaque par exemple.

On pense trop souvent que c’est "la" maladie du fumeur ?

Oui, il y a beaucoup de fumeurs, mais pas que. Le tabac n’est pas le seul facteur de risques. Il y a les produits professionnels, la pollution, les irritants.

Les viticulteurs, les travailleurs du BTP forment une grosse partie de notre patientèle.

La BPCO, c’est la mauvaise rencontre entre une susceptibilité génétique qui est clairement démontrée, et l’exposition à des facteurs de risque environnementaux. Le fait d’avoir été exposé très tôt augmente le risque : des personnes ont des "petits" poumons à l’âge de la maturité pulmonaire, à 20 ans, parce que leurs parents fumaient, parce qu’ils habitaient à côté d’une usine… il y a vraiment des trajectoires qui amènent à la BPCO.

Avant, on diagnostiquait classiquement la BPCO dans la tranche d’âge 50-55 ans. On est descendu à 40 ans pour le dépistage, et il y a des formes chez des sujets encore plus jeunes, à 35 ans.

La BPCO, maladie méconnue mais très invalidante.
La BPCO, maladie méconnue mais très invalidante. Midi Libre - SOPHIE WAUQUIER

La BPCO, s’il fallait en donner un résumé, c’est une altération des fonctions pulmonaires : on a une capacité respiratoire qui est diminuée ?

C’est plutôt une maladie des toutes petites voies aériennes, voire parfois la destruction des alvéoles pulmonaires (emphysème), qui fait qu’on va avoir du mal à ventiler correctement et à éliminer l’air, c’est-à-dire à expirer.

On peut avoir un volume pulmonaire conséquent mais il ne sert à rien, et il va surtout entraîner de la difficulté à respirer.

Et puis, parfois, il y a d’autres symptômes comme des bronchites à répétition, de la toux, des expectorations (sécrétions), avec un impact majeur sur la qualité de vie.

Une maladie chronique et irréversible

C’est une maladie chronique et irréversible.

Oui, tout à fait. Pour l’instant, c’est chronique et irréversible. Le seul traitement qui est curatif au sens où on l’entend, c’est la transplantation pulmonaire, et c’est une aventure qui nécessite des traitements lourds et peut entraîner des complications.

Aujourd’hui, on en est à prévenir les risques, stabiliser la maladie et la contrôler. Il y a encore du chemin à faire.

Y a-t-il des traitements spécifiques à la BPCO ?

Il y a des traitements spécifiques pharmacologiques comme les bronchodilatateurs avec parfois l’ajout de corticoïdes, et des traitements non pharmacologiques.

Les vaccins contre les pathologies hivernales, bien sûr, et les traitements de la dépendance du tabac font à mon sens partie du traitement de la BPCO, que ce soit le Champix ou les traitements substitutifs nicotiniques. Et puis après, il y a tous les traitements non pharmacologiques, la réadaptation respiratoire, le réentraînement à l’effort pour essayer de lutter contre la fonte musculaire et du coup… le déconditionnement qui amène à être plus essoufflé encore.

Mais il y a vraiment un problème de sous-diagnostic.

"Des anticorps monoclonaux testés pour essayer de réduire les bronchites à répétition"

Pourquoi ?

Si on a une toux chronique, si on a un essoufflement, des difficultés à respirer, les symptômes sont lisibles.

Normalement, à plus de 40 ans, un facteur de risque lié à la qualité de l’air et un symptôme respiratoire, comme la difficulté à respirer plutôt que la toux, devrait suffire à poser un diagnostic.

Mais on peut ne pas s’interroger sur l’hypothèse d’une BPCO chez quelqu’un qui fait des bronchites à répétition. Il y a un énorme sous-diagnostic de la BPCO en population générale.

Quand on dit que 3 millions à 3,5 millions de personnes sont touchées, c’est sous-estimé ?

Oui.

Quelles sont les pistes de nouveaux traitements ?

On essaie de réduire l’emphysème par une technique endoscopique pour permettre à l’air présent dans les poumons de s’évacuer. C’est pratiqué en routine.

Et il y a des anticorps monoclonaux testés pour essayer de réduire les bronchites à répétition. On en est au stade de la recherche clinique.

"L’impact sur la qualité de vie est majeur"

Quel est l’impact sur la qualité de vie ?

Il est majeur. Quelqu’un qui est enrhumé 10 jours par mois, qui a mal aux bronches et qui se sent essoufflé, a une vie compliquée. On ne peut pas marcher au rythme des autres, on ne peut plus faire ses courses, et parfois on ne peut plus s’habiller.

L’absence de diagnostic est déjà une chose, mais même quand on connaît la maladie, on ne fait pas ce qu’il faut.

Quand on est hospitalisé, on est censé voir le médecin généraliste dans les 7 jours qui suivent, le pneumologue dans le mois, et entrer dans un parcours de réadaptation dans les 3 mois. On n’est même pas à 30 % d’indicateurs atteints selon la Haute autorité de santé.

C’est compliqué…

C’est compliqué parce qu’on n’a pas un biomarqueur qui dit qu’on a la BPCO. Dans l’hypertension artérielle, il y a un chiffre. Dans l’insuffisance cardiaque, il y a une prise de sang et une échographie.

Pour la BPCO, c’est l’examen du souffle avec un spiromètre. Mais c’est difficile de communiquer sur le sujet, particulièrement auprès des personnes les plus précaires. Il faut faire de l'"aller vers".

Faut-il changer le nom de la maladie ?

Beaucoup de gens le simplifient à l’extrême en disant "la bronchite du fumeur". C’est stigmatisant, et c’est partiellement vrai. Il faut parvenir à faire passer trois messages : il y a atteinte des bronches et des poumons, la maladie est chronique, et il y a obstruction. À un moment donné, il faut s’emparer du sujet, comme on a pu le faire avec le plan cancer. Il faudrait un plan national "santé respiratoire", d’autant plus que le changement climatique ne favorise pas seulement l’émergence de maladies infectieuses, il a aussi un impact sur la pollution, et donc la BPCO.

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Les commentaires (2)
Rosedusud Il y a 2 mois Le 16/11/2025 à 09:24

De nos jours, la BPCO est essentiellement une complication du tabagisme. Ceux qui fument et refusent d'arrêter le savent c'est écrit sur les paquets de cigarette. La pollution de l'air est aussi l'une des causes favorisantes, ceux qui circulent à vélo, font du sport dans des zones à forts embouteillages ont intérêt à porter un masque. Pour les risques professionnels, le port d'EPI (équipement de protection individuelle) est obligatoire mais nombreux ne se protègent pas, d'où la nécessité de sensibilisation.

Merrah4 Il y a 2 mois Le 15/11/2025 à 21:31

Le lundi les gens ne travaille pas en France ?
JSP j'ai arrêté ça fait longtemps depuis que la caf ma biche a pris le relais.