Cinq ans après la mort de Christophe Dominici : retour sur ce qu’il s’est passé à Béziers cet été 2020 et les procédures judiciaires qui ont suivi
Le 24 novembre 2020, l’ancien rugbyman Christophe Dominici perdait la vie suite à une chute au parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Un décès tragique survenu après un été marqué par le projet de rachat de l’ASBH qu’il portait avec passion. Cette histoire conserve des zones d’ombre qui laisse imaginer, plus que jamais, à une escroquerie qu’a subie Dominici.
Le mois de novembre, qui a toujours rimé avec fenêtre internationale pour le XV de France, rime, désormais, depuis le 24 novembre 2020, avec hommage national suite à la disparition tragique d’un ambassadeur historique du rugby bleu-blanc-rouge. Et cinq ans plus tard, la douleur est toujours là.
Christophe Dominici, le fou feu follet des Bleus et du Stade Français entre la fin des années 1990 et début 2000, autant réputé pour ses folles chevauchées que pour sa personnalité hors du commun, a perdu la vie après une chute de dix mètres d’un parapet au parc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Aucune trace d’alcool ou de stupéfiant n’avait été décelée à l’autopsie, seulement des psychotropes puisque l’homme de 48 ans suivait un traitement pour dépression.
Cette dépression, "Domi" la subissait depuis cet été 2020 chaotique que certains surnommaient "l’épisode émirati".
À cette époque, le natif de Toulon portait un projet d’envergure pour racheter le club de Béziers, soutenu par des soi-disant investisseurs émiriens. Ces derniers étaient représentés par l’homme d’affaires franco-tunisien Samir Ben Romdhane et son bras droit, Philippe Baillard. Ben Romdhane aurait fait fortune dans le pétrole et l’immobilier.
Dossier refusé
Le lien entre Dominici et Ben Romdhane, mis en relation par un ami commun en mars 2020, est au cœur de cette histoire. Les deux hommes nouent une amitié profonde. Le mystérieux mais séduisant Ben Romdhane, via sa société Sotaco spécialisée dans le commerce, promet monts et merveilles pour le projet ASBH, et Dominici en serait la vitrine médiatique. Thierry Braillard, ancien secrétaire d’État aux sports (2014-2017) et avocat, est sollicité dans la bonne tenue du projet.
Des grandes annonces sont faites, des noms sont cités (Ma’a Nonu, Jordan Taufa), un budget conséquent est présenté (16 millions d’euros) et Béziers se met à rêver. Christophe Dominici dort peu, s’investit avec la passion qu’on lui connaît, loin d’imaginer une entourloupe.
Sauf que, début juillet, l’Autorité de régulation de rugby (ex-DNACG), le gendarme financier du rugby, refuse le dossier, faute "de garanties financières". Un tremblement de terre. Le dossier est une "coquille vide", souffle une source à L’Equipe.
Ben Romdhane ne lâche pas l’affaire, soutient toujours Dominici, assure qu’ils reviendront plus forts en septembre. Ce dernier s’invite même dans la famille de l’ancien rugbyman, chez ses parents, à Solliès-Pont, demande qu’on lui avance de l’argent. Du vent. Jusqu’au décès tragique de Dominici.
Enquête ouverte
Cinq ans plus tard, la justice va examiner ce dossier sous plusieurs angles. Le parquet de Paris a été saisi le 23 décembre 2024 par Loretta Denaro, veuve de l’ancien joueur, qui a porté plainte pour faux, usage de faux, tentative d’escroquerie et abus de faiblesse contre X, aux dépens de Christophe Dominici.
L’ex-compagne du sportif a donc été entendue le 16 septembre pendant plusieurs heures par la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA). Mme Denaro vise ceux qui ont essayé de profiter de l’aura, et aussi de l’argent, de son ex-compagnon. Elle assure ainsi avoir évité de justesse que Christophe Dominici ne verse 327 000 euros à Sotaco, société qui disait avoir du mal à débloquer des fonds.
Philippe Baillard, qui se présente comme chargé "d’intermédiation" à l’époque du projet de rachat, a indiqué à l’AFP "porter plainte pour dénonciation calomnieuse" en riposte à la plainte de Mme Denaro. M. Ben Romdhane "est résident à Abou Dhabi (Émirats arabes unis), il se réserve le droit de porter plainte pour diffamation contre Loretta et tous ceux qui l’ont diffamé". Samir Ben Romdhane est aujourd’hui défendu par… Thierry Braillard.
Me Jean-Hubert Portejoie, un des avocats de Mme Denaro dans une procédure distincte au civil, accuse donc, comme il le mentionne à l’AFP, Me Braillard de "fautes professionnelles en tant qu’avocat" et sollicite "plus de 3,5 millions d’euros de dommages et intérêts". Me Braillard indique aussi avoir "fait une demande de dommages et intérêts pour faire condamner" Mme Denaro pour "préjudice" en "termes d’images".
C’est à Clermont-Ferrand, au premier trimestre 2026, que devrait être tranché le volet civil, selon les avocats du clan Dominici.
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