Des riverains de l’îlot d’Angleterre, à Béziers, menacés d’expropriation après des années d’expertises et de travaux, se rebiffent
Après l’effondrement d’un mur en 2018, la réalisation d’expertises et de travaux, les habitants de l’îlot d’Angleterre, à Béziers, sont expropriés au nom d’un risque structurel persistant. Eux, pourtant, contestent la DUP validée par la préfecture et dénoncent une indemnisation jugée très en deçà des investissements réalisés.
Abracadabrantesque ! Pour la poignée de riverains de l’îlot d’Angleterre, à Béziers, un pâté de maisons coincé à flanc de colline entre le boulevard éponyme, les rues des Tisserands, Antoine-Miquel et autre impasse Saint-Martin, c’est sans doute le mot qui traduit le mieux la situation inextricable dans laquelle ils sont englués depuis des années.
Sous le coup d’une "procédure d’expropriation pour constitution d’une réserve foncière" depuis la délibération du conseil municipal du 25 mars 2024, en raison "de désordres d’ordre structurel et d’infiltrations d’eau souterraines" qui compromettent la "solidité des structures bâties" et "constituent un danger immédiat pour la sécurité de certains des habitants et le tissu urbain environnant", ces habitants ont reçu, courant janvier, l’évaluation, par les Domaines, du montant de leur indemnisation.
Un mur mitoyen s’effondre fin 2018
Et depuis, ils ne décolèrent pas… L’origine de l’histoire remonte au 3 novembre 2018. Ce jour-là, le mur du garage d’Anne Bonfill, au 33 bis boulevard d’Angleterre, mitoyen avec une maison inoccupée depuis des lustres, pour cause de succession en déshérence, s’effondre en sous-sol sur une longueur de 8 mètres, entraînant dans sa chute des poutres communes aux deux habitations et une partie du plancher du premier étage d’Anne Bonfill.
La mairie sécurise les lieux, fait évacuer les habitants et prend immédiatement des arrêtés de péril imminent pour les bâtiments de ce pâté de maisons, avant de demander au tribunal administratif la nomination d’un expert afin de déterminer les causes du sinistre et les solutions à adopter pour y remédier. Celui-ci rend son rapport en juin 2019 concluant à l’infiltration d’eaux de ruissellement et préconisant des travaux de confortement et consolidation.
Succession d’études et d’expertises
La suite, au fil des années, est une succession de travaux, d’études géotechniques, de demandes d’expertises, de mises en demeure, d’erreurs aussi sur la dénomination des parcelles ou sur les murs examinés – il faut reconnaître que les maisons, leurs cours et terrasses sont étroitement imbriquées. En juillet 2023, la Ville lève l’arrêté de péril imminent et les habitants peuvent regagner leur demeure.
Mais le combat d’Anne Bonfill (et d’autres riverains) ne s’arrête pas là, car il lui faut aussi batailler avec les assurances, y compris sur le terrain judiciaire. Non seulement, l’un de ses murs mitoyens, celui de l’immeuble en déshérence géré par les Domaines, donc, s’est effondré mais l’autre est également victime d’importantes infiltrations à cause, notamment, d’une fuite au compteur. Sans oublier qu’au fond de sa cour-terrasse, le mur d’un autre voisin présente de dangereuses fissures.
Une DUP validée par la préfecture
"Au final, près de 700 000 € de travaux ont été injectés dans ma maison, qui est désormais complètement sûre (elle a fait réaliser une expertise structure par une entreprise spécialisée en juin 2024, constat de commissaire de justice à l’appui, NDLR) et on me dit qu’il faut que je parte !", s’indigne Anne Bonfill.
Du côté de la Ville, on s’appuie sur l’avis favorable du commissaire-enquêteur lors de l’enquête publique menée en décembre 2024-janvier 2025 et la déclaration d’utilité publique (DUP) portant sur l’ensemble de l’îlot validée par la préfecture de l’Hérault, le 28 avril 2025.
La stabilité des immeubles n’est pas garantie
"Suite aux rapports d’expertise, on ne peut pas garantir la stabilité des immeubles de l’îlot qui sont construits sur des sols qui peuvent être meubles et instables, sujets au ruissellement d’eaux souterraines, indiquent ainsi Stéphanie Sandonato, directrice générale et Bruno Hansen, directeur des services techniques. Même si des travaux sont réalisés, ils n’offrent aucune garantie dans le temps. Or, s’il y a un effondrement subi, à l’image de ce qui vient de se produire à Perpignan, la Ville sera tenue pour responsable. On va donc commencer à acquérir les biens pour démolir…"
Un argumentaire qui ne convainc pas ces riverains : "Il a énormément plu ces dernières semaines, or aucun de nous n’a eu d’eau dans sa cave ou n’a constaté d’infiltration ou de ruissellement depuis que les nuisances ont été identifiées et stoppées…" Ils s’étonnent aussi : "Pourquoi avoir levé le péril si c’est pour nous exproprier ? Pourquoi avoir laissé des gens acheter des appartements ou maisons entre 2018 et 2024 alors qu’il y avait danger ?" Surtout, les habitants se montrent fort démunis face à l’évaluation qu’ils jugent dérisoire de leur maison…
Faire appel au Fonds Barnier
Face à une estimation des Domaines jugée insignifiante, notamment au vu de l’ampleur des travaux et des sommes déboursées par certains riverains, sans oublier l’aspect sentimental, la Ville de Béziers pourrait peut-être solliciter le fonds Barnier, qui permet des "indemnités de réemploi", afin de permettre aux gens de pouvoir se réinventer ailleurs. Créé pour les expropriations de biens exposés à un risque naturel majeur (glissement de terrain, inondation, etc.), celui-ci permet "aux collectivités territoriales de faire une demande de subventions afin de permettre à des populations résidant dans des zones particulièrement exposées de se réinstaller en dehors des zones à risques. Elle vise ainsi à assurer la mise en sécurité des sites libérés d’une occupation humaine, incompatible avec l’existence d’un risque naturel".
J'ai déjà un compte
Je me connecteVous souhaitez suivre ce fil de discussion ?
Suivre ce filSouhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?