Crue décennale du Tarn : un test grandeur nature pour les services techniques de la ville
Il y a un mois, Millau subissait une succession d’épisodes météo extrêmes : une crue décennale du Tarn atteignant 6,25 mètres et des chutes de neige abondantes. Si les eaux se sont retirées, les traces restent visibles dans le paysage. Retour sur une mobilisation sans précédent et un bilan toujours en cours.
Ce dimanche 21 décembre, les alertes météo se multiplient : une crue majeure du Tarn est annoncée, avec des pics initialement estimés à 5 mètres, avant d’atteindre finalement 6,25 mètres – un niveau considéré comme décennal, c’est-à-dire ayant une chance sur dix de se produire chaque année.
"À partir de 6 mètres, les enjeux deviennent critiques, rembobine le directeur des services techniques Jonathan Gien. La rive gauche est particulièrement exposée, et des axes comme le pont bleu deviennent stratégiques pour maintenir la circulation."
En coordination avec les pompiers, la police et la préfecture, les agents municipaux réactivent le plan communal de sauvegarde. "On a des scénarios précis, avec des cartographies qui nous permettent d’anticiper les fermetures de routes et les évacuations, précise le directeur. Mais cette fois, la rapidité et la succession des épisodes inondation-chute de neige nous ont parfois pris de court."
Une nuit blanche pour sécuriser la ville
"On a surveillé la montée des eaux en temps réel, ajustant nos dispositifs au fur et à mesure, raconte Jonathan Gien. À certains endroits, l’eau est montée plus vite que prévu, notamment là où les débordements ne viennent pas directement des cours d’eau mais du refoulement. "
La neige, tombée en abondance va compliquer la situation. "Le pont bleu, déjà sous surveillance pour la crue, est devenu difficile d’accès à cause de la neige. Il a fallu coordonner nos actions avec le département pour le déneigement des axes stratégiques."
Des moyens humains et matériels mobilisés
Pour faire face, 15 agents municipaux sont mobilisés en continu sur la durée de cette tempête hivernale, avec un pic d’activité pour fermer les routes, sécuriser les abords du Tarn et anticiper les risques d’inondation. "On a rappelé du personnel le dimanche, et le lundi, tout le monde était sur le pont, littéralement ! " s’amuse Jonathan Gien.
Équipés d’une saleuse et d’une étrave – "suffisant" selon le directeur pour gérer le réseau communal de 180 km – les agents des services techniques concentrent les efforts sur les routes. "On est bien équipés, mais on ne peut pas être partout en même temps. La priorité, c’est la sécurité des personnes et la continuité des axes essentiels."
Des dégâts limités, mais un travail de remise en état conséquent
Si aucun dommage humain n’est à déplorer, les infrastructures ont souffert : garde-corps endommagés sur le pont submersible, chemins ruraux ravagés, dépôts de bois et de déchets charriés par les eaux.
C’était un test grandeur nature, et globalement, on est satisfaits. Mais ces événements, de moins en moins exceptionnels, nous rappellent qu’il faut rester vigilants.
"On estime à 200 mètres cubes de bois les déchets végétaux à évacuer. Ces déchets seront valorisés pour pailler les espaces verts et les aires de jeu, détaille Jonathan Gien. Côté pollution, on a collecté beaucoup de sacs plastiques, en collaboration le syndicat Tarn Amont et l’association J’aime Millau et je contribue à sa propreté. Mais il reste encore beaucoup à faire."
Un retour d’expérience précieux
"Assez exceptionnel", l’épisode aura permis de recaler certaines cotes d’alerte et d’affiner les scénarios de crise. " Avec l’évolution de l’urbanisme, certaines zones s’inondent plus tôt qu’avant, observe Jonathan Gien. Ce genre d’événement nous aide à ajuster nos plans."
Des événements qui semblent vouloir se manifester plus régulièrement avec en tête, la mémoire de la dernière crue centennale des 7 et 8 novembre 1982, et son pic maximum mesuré à 9,20 mètres…
"Avec une cote supérieure à 7 mètres, on change d’échelle, avec des risques pour les biens mais surtout les personnes. Nos scénarios sont prêts, mais on espère ne pas avoir à les utiliser, résume Jonathan Gien. Sachant que la question n’est plus de savoir si elle va se reproduire mais bien quand."
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