Huîtres, moules du bassin de Thau : l’impact alarmant du réchauffement climatique sur l’élevage à l’horizon 2100, mais aussi des solutions d’adaptation

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  • La chercheuse en écologie marine à l’Ifremer de Sète Marion Richard dans le conteneur expérimental de l’Ifremer et du CRCM, installé à Mèze.
    La chercheuse en écologie marine à l’Ifremer de Sète Marion Richard dans le conteneur expérimental de l’Ifremer et du CRCM, installé à Mèze. H.A.
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Une étude de l’Ifremer, du CRCM et du CNRS publiée dans la revue scientifique Earth’s Future, étudie l’impact du réchauffement climatique selon les données du Giec sur l’élevage des huîtres et des moules dans le bassin de Thau, d’ici 2100. L’expérience réalisée dans un conteneur expérimental de rénommée mondiale, à Mèze, a livré des résultats inquiétants. Mais utiles pour établir des pistes de travail pour protéger la filière.

Pendant 14 mois, une équipe de scientifiques de l’Ifremer, du CNRS et du CRCM a mené une expérience inédite au niveau mondial pour mesurer l’impact en conditions réelles du réchauffement climatique et de l’acidification de la mer Méditerranée sur l’élevage conchylicole de l’Étang de Thau (13 000 tonnes d’huîtres et 8 000 tonnes de moules par an, NDLR).

Entre 2022 et 2023, sous la houlette de la chercheuse en écologie marine à l’Ifremer de Sète Marion Richard, de Fabrice Pernet (Ifremer Brest) et Frédéric Gazeau (CNRS), les scientifiques ont observé et étudié la croissance, la survie, la fécondité, et le cycle de reproduction de coquillages soumis à des conditions climatiques selon des scénarios de température et de pH correspondant aux projections établies par le Giec à l’horizon 2050, 2075 et 2100. Une expérience menée dans un conteneur expérimental unique en son genre installé sur le port du Mourre blanc à Mèze. À l’intérieur, 12 bassins de 250 litres chacun alimentés par de l’eau directement acheminée de la lagune.

À lire aussi : Une expérience unique en son genre pour comprendre l’impact du changement climatique sur l’élevage des huîtres et des moules sur l’étang de Thau

Des moules plus vulnérables que les huîtres

Les résultats viennent d’être publiés dans la revue scientifique Earth’s Future et comme l’on s’en doutait, ils apportent "des preuves empiriques des pertes de production anticipées et de leur calendrier dans une lagune méditerranéenne", écrivent les auteurs. "D’ici 2050, le réchauffement et l’acidification des océans réduiront considérablement le rendement des huîtres et des moules, ces dernières étant particulièrement vulnérables", notent les chercheurs. Sous l’effet de la hausse des gaz à effet de serre, le milieu s’appauvrit en carbonate de calcium, indispensable à de nombreux organismes marins pour fabriquer leurs coquilles et leurs squelettes via le phénomène de la calcification. "Les coquilles sont moins épaisses, elles ont des trous, explique la chercheuse de l’Ifremer de Sète et coauteur Marion Richard. Les organismes ont besoin de plus d’énergie pour la fabriquer et donc moins d’énergie pour leur croissance."

Au cours de l’expérience, pour le scénario ambiant, la température de l’eau a été enregistrée à 4,4°C en janvier et 30,7°C en août. Pour l’horizon 2050, l’eau a été chauffée à 0,84°C de plus, à 1,77°C de plus pour 2075 et 2,69 pour 2100. Pour le pH, actuellement plus élevé sur le bassin de Thau que dans la mer, et mesuré entre 8,5 et 7,42, il a été décidé, en ajoutant du CO2 à l’eau, de le faire baisser jusqu’à – 0,26 pour les bacs du scénario à 2100.

"Ces conclusions soulignent l’urgence d’élaborer des stratégies pour protéger l’aquaculture en Méditerranée"

"Nos résultats ont montré que la survie et la croissance à long terme des huîtres et des moules diminuent à mesure que les conditions s’éloignent des niveaux ambiants", démontre l’étude dans la lagune de Thau. Le taux de survie des huîtres passe de 84 % à 77 % en 2100. Celui des moules, chute dès 2050 à quasiment à zéro, contre 40 % de survie dans le scénario "ambiant". Les coquillages grossissent moins (- 40 % de croissance pour les huîtres). Le taux de fécondation des huîtres dégringole de 88 % à 57 %. Le taux d’éclosion lui est divisé par quatre à partir de 2100 (10 %), le taux d’anomalies sur la forme de la larve d’huîtres augmente ce qui réduit leur capacité de survie, donc le stock de naissins (11 % d’anomalies aujourd’hui et 38 % en 2100), menaçant la durabilité d’une ostréiculture basée sur le captage naturel. Les cycles de production risquent donc de s’allonger avec la clé un risque accru d’exposition aux agents pathogènes.

Cependant, les chercheurs ont aussi mis en évidence des résultats encourageants. Comme l’adaptation des juvéniles de la première génération au réchauffement climatique à partir du stade de la métamorphose larvaire dans chaque scénario. Des données qui restent à confirmer.

"Ces conclusions soulignent l’urgence d’élaborer des stratégies pour protéger l’aquaculture en Méditerranée, mettent en garde les scientifiques qui aident l’interprofession à développer des "stratégies d’adaptation spécifiques pour garantir la résilience et la durabilité de l’aquaculture face au changement climatique". Par exemple, le transfert de la mytiliculture en haute mer, travailler sur la sélection génétique ou encore pour les huîtres recourir à l’élevage combiné avec des microalgues favorisant la calcification et avec un risque moindre de malaïgue.

À lire aussi : "Un effondrement total" : pourquoi vous ne pourrez peut-être plus manger de moules de Méditerranée dans 25 ans

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Les commentaires (10)
miledieu Il y a 1 mois Le 22/12/2025 à 08:40

A PurHexagonal, je ne crois pas au réchauffement mais au dérèglement climatique plutôt.
D'ici quelques mois ces mêmes chercheurs vont nous dires qu'on manque d'eau lol...
Perso quand on voit tout ce qu'il se déverse dans cet étang c'est écoeurant. Puis tout les ans ces pareils vous avez vu des étals vide chez nos chers ostréiculteurs?

Papy_Boyington Il y a 1 mois Le 21/12/2025 à 18:43

On aimerait connaitre le bilan actuel du réchauffement pour commencer. Pénurie d'huitre ou de moule? Les plateaux de fruits de mers sont ils vides? On préfère nous faire peur pour dans 100 ans parce que pour l'instant, désolé d'être rabat-joie mais on ne voit aucune catastrophe ni aucune pénurie, les plateaux de fruits de mer de la place du marché sont pleins à craquer, les vendeurs font de très bonnes affaires, et tout le monde est content.

Anonyme142153 Il y a 1 mois Le 21/12/2025 à 14:28

A notre niveau, on ne peut pas grand chose contre le réchauffement climatique surtout lorsque les grandes puissances industrielles USA, Chine, Allemagne continuent d'utiliser le charbon en très grandes quantités ; par contre, limiter voire éliminer les rejets dans la lagune c'est tout à fait possible et réalisable !
Alors pourquoi cette inertie, cet aveuglement ? ? ?
Nous assistons passivement à l'écocide de la lagune ; c'est désolant !