Le corps humain en compte 10 milliards : "Vos mitochondries ont un pouvoir extraordinaire", explique le Dr Laurent Chevallier
Force musculaire, concentration, mémoire, santé mentale… les mitochondries, qu’on peut définir comme les "centrales énergétiques de nos cellules", jouent un rôle essentiel, encore méconnu, pour nous maintenir en bonne santé. Dans "Le pouvoir fascinant de vos mitochondries", le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste, donne des clés pour entretenir cette petite armée invisible du corps humain, qui compte 10 milliards de "soldats".
Le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste, a fait sa carrière au CHU de Montpellier, il a été praticien attaché au service de médecine interne de l’hôpital. Il continue à assurer des consultations à la clinique Clémentville et à la clinique du Pic Saint-Loup. Président de l’association Objectif nutrition santé, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la nutrition santé. "Le pouvoir fascinant de vos mitochondries" (ed. Robert Laffont, 19 euros) est son dernier livre.
Pourquoi faire le pari de parler des mitochondries au grand public, alors que le sujet peut paraître technique et difficile au non scientifique ?
Parce qu’il y a énormément d’études scientifiques qui sortent au plan international sur le rôle et l’importance des mitochondries, peu sont dans le domaine public. C’est un peu ce qui s’est passé avec le microbiote : avant que le grand public ne s’empare du sujet, la communauté scientifique connaissait depuis longtemps l’importance des bactéries au niveau intestinal.
Je voulais mettre ces informations à la portée du public. Et puis il y a des liens très forts avec l’alimentation : quand on absorbe des aliments, ce sont des calories, mais l’énergie n’est pas utilisable directement par la cellule. Il faut passer par les mitochondries, qui sont les "centrales énergétiques des cellules", pour que l’aliment soit transformé en énergie utilisable par la cellule : c’est l’ATP, adénosine-triphosphate.
Et si on ne devait donner qu’un exemple de l’importance que revêt l’étude des mitochondries sur le plan scientifique, je rappellerai que cette fatigue observée dans le Covid long est sans doute liée à un dysfonctionnement des mitochondries. C’est l’hypothèse actuelle.
La mitochondrie est une cellule, une partie de la cellule… ?
À la base, si on remonte à des milliards d’années, c’est une cellule qui a absorbé une bactérie. Elle a son propre ADN : dans une cellule, vous avez deux ADN, l’ADN du noyau de la cellule qui vient du père et de la mère, et l’ADN de la mitochondrie, très spécifique, qui ne vient que de la mère.
La mitochondrie est un petit élément qu’on pourrait décrire comme une sorte de soucoupe volante dans la cellule, qui va se déplacer et se multiplier au gré des besoins. On s’est même aperçu récemment qu’en cas de besoin, les mitochondries peuvent migrer d’une cellule à l’autre. Un corps humain compte environ 10 milliards de mitochondries.
Quel est leur rôle exact ?
Donner de l’énergie à la cellule, et c’est ce qui va permettre de marcher, de courir… Si on n’avait pas les mitochondries, on serait très vite essoufflé. Et ce sont aussi les mitochondries qui permettent au cerveau de fonctionner, de se concentrer, de lire, de mémoriser.
Elles ont un autre pouvoir extraordinaire : si on a une température corporelle constante à 37°C, un exploit sur le plan biologique, c’est grâce aux mitochondries.
La mitochondrie a beaucoup d’autres fonctions : c’est par exemple elle qui décide de la vie ou de la mort des cellules, on appelle ça l’apoptose, c’est en quelque sorte un "suicide cellulaire".
Elle fait le "ménage"…
Exactement. Et un dysfonctionnement des mitochondries pourrait entraîner la prolifération des cellules cancéreuses. Des laboratoires pharmaceutiques travaillent d’ailleurs à rétablir la fonction des mitochondries pour soigner le cancer.
"La mitochondrie a besoin de magnésium"
A-t-on des marqueurs de l’efficacité, ou des défaillances des mitochondries ?
Aujourd’hui, on n’a pas de marqueurs spécifiques, mais on a un faisceau d’arguments, par organe, qu’il y a un dysfonctionnement des mitochondries et qui se traduit, par exemple, par une fatigue chronique, du stress, de la dépression. Selon une chercheuse canadienne, que je cite dans le livre, il faudrait peut-être se poser la question de la santé mitochondriale avant de donner des traitements qui ne marchent pas toujours.
Il y a aussi des maladies génétiques mitochondriales.
Comment entretient-on son patrimoine ?
La mitochondrie a besoin de magnésium. Aujourd’hui, plus de 70 % des hommes et des femmes sont en déficit. On a besoin chaque jour de 300 mg de magnésium, qu’on trouve dans les légumineuses, les oléagineux… Mais quand on est très fatigué il faut prendre du magnésium, facilement assimilable, du bisglycinate considéré comme facilement absorbable. C’est très simple.
On peut aussi associer vitamine C et vitamine E. Un des produits intéressant en termes de couplage est le kiwi.
Globalement, il faut manger énormément de végétaux, particulièrement des fraises et des pommes riches en fisétine. Et il ne faut pas consommer trop de féculents sous forme de pâtes, de riz, de pain.
Enfin, on s’est aperçu que le froid stimule les mitochondries par le biais du tissu adipeux brun qui contient beaucoup de mitochondries.
Qu’est-ce qui altère les mitochondries ?
Les mitochondries ont tendance à "s’encrasser" sous l’effet de l’alimentation contemporaine, riche en sucre et en gras, l’excès d’alcool a aussi tendance à les abîmer.
On commence à avoir des études sur les effets de certains types de pesticides, les fongicides, qui altèrent les mitochondries. Mais pour mettre un produit sur le marché, on ne demande pas de regarder la toxicité vis-à-vis des mitochondries. Certains médicaments altèrent aussi les mitochondries. Par exemple, quand on prend des statines contre le cholestérol, il faudrait systématiquement prendre du coenzyme q10 pour protéger les mitochondries. Toute une recherche se développe aussi sur la lumière infrarouge pour stimuler les mitochondries via de la photobiomodulation.
Je parie que dans les dix, quinze ans qui viennent, on va beaucoup plus s’intéresser aux mitochondries et modifier les classifications de certaines maladies.
On est à l’aube d’un message grand public "Prenez soin de vos mitochondries", comme on le dit aujourd’hui sur le microbiote intestinal ?
Oui.



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