Les eaux usées des bateaux ne finiront plus dans le canal du Midi : des stations de dépotage installées pour préserver l’environnement
Trois bornes ont été inaugurées, ce mardi 27 mai, dans le port de Colombiers, près de Béziers. Elles font partie d’un ensemble de 32 stations installées entre l’Hérault et la Gironde. Un chantier d’ampleur de 5 millions d’euros piloté par Voies navigables de France.
Ça va dépoter ! Le petit port fluvial de Colombiers, sur le canal du Midi, a connu une animation inhabituelle ce mardi 27 mai. Voies navigables de France (VNF), en effet, a inauguré sa toute nouvelle station de dépotage, en présence des différents partenaires du projet (État, Département, Agence de l’eau, collectivités territoriales).
Une station de dépotage, qu’es aco ? C’est un dispositif de récupération des eaux usées des bateaux, qui naviguent sur le canal du Midi ou des Deux Mers. Baptisé Useo, ledit dispositif, piloté par VNF, maître d’ouvrage, et chiffré à 5 millions d’euros, comprendra, à terme, 32 stations – 28 sont d’ores et déjà en service –, réparties entre Castets-et-Castillon (Gironde), et Marseillan. Soit environ 500 km de voies navigables, à raison d’une station disponible tous les 15 à 20 kilomètres.
Eaux noires et eaux grises
Car jusqu’à présent, nombre de litres d’eaux noires (celles des toilettes : urines et matières fécales) et d’eaux grises (vaisselle, douche) finissaient leur parcours dans le canal, faute d’infrastructures dédiées suffisantes… "Cela devenait une anomalie de ne pas avoir de projet d’ampleur afin d’améliorer la qualité des eaux du 1er réseau touristique fluvial de France", relate Domitien Détrie, directeur territorial de Voies navigables de France, appuyé par François-Xavier Lauch, le préfet de l’Hérault, pour qui "c’est incompréhensible que ce type de rejets existe encore".
"C’est un enjeu majeur pour ce canal, qui traverse en partie les lagunes méditerranéennes et dont il s’agit de reconquérir la qualité des eaux, à la fois pour les milieux aquatiques et pour les activités humaines, qui y sont nombreuses", a souligné Karine Bonacina, directrice de l’antenne montpelliéraine de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
Pollutions bactériologiques
Christophe Morgo, vice-président du Département, n’a pas manqué de rappeler les différentes vicissitudes auxquelles ont été confrontés, au fil des années, les conchyliculteurs et les pêcheurs du bassin de Thau : "L’étang, dans les années 2010, était fermé régulièrement, ce qui veut dire que les professionnels ne pouvaient commercialiser leurs produits, à cause de pollutions bactériologiques récurrentes".
Des épisodes provoqués, selon lui, "par les bateaux de plaisance qui traversaient l’étang, environ 10 000 par an. À partir de là, j’ai voulu comprendre, poursuit Christophe Morgo, et j’ai fait le tour des loueurs, à Carnon, Portiragnes, Capestang… Et j’ai constaté que ces embarcations étaient équipées correctement de cuves à eaux noires et à eaux grises. Les touristes qui les louaient partaient donc avec un équipement de qualité. Sauf qu’à l’époque, il n’y avait pas de stations de dépotage sur le bassin, hormis à Bouzigues et Mèze", ce qui engendrait des "dégazages" intempestifs en milieu naturel. "On a donc engagé des travaux à Frontignan et Marseillan".
Bio-carburant pour les bateaux
Or, pour "maintenir l’attractivité du territoire" et impulser "une nouvelle dynamique porteuse au niveau économique, la présence et la qualité des services, tout au long de nos voies d’eau, sont déterminantes, a souligné Claudie Faucon-Méjean, vice-présidente régionale. Nos standards de qualité doivent donc être revus à la hausse".
Une ambition qui rejoint celle des professionnels du canal, à l’image d’Alfred Carignant, à la tête de la base des Canalous et sa flottille de bateaux sans permis. "La préservation de l’environnement est une donnée qui n’est pas anecdotique. On a d’ailleurs converti notre flotte au bio-carburant. D’autant qu’il y a une prise de conscience des usagers. Sans ces travaux, on risquait de s’aliéner une partie des touristes, notamment d’Europe du Nord, beaucoup plus à cheval sur le respect des normes écologiques".
Un projet à la hauteur de l’ouvrage, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
Un processus astucieux
Les trois bornes installées au port de Colombiers ont été conçues par l’entreprise Depagne. "On a un peu transpiré pour concevoir l’objet, afin qu’il soit fonctionnel et qu’il s’intègre parfaitement dans le paysage". Le canal du Midi étant classé, toute installation doit répondre à des normes très encadrées. La société a donc choisi un acier corten, à l’aspect cuivré et dont les alliages permettent de mieux résister à la corrosion.
"Le fonctionnement est très simple, indique Stéphane Riondet, directeur commercial et marketing de Depagne. Il s’agit d’une station connectée qu’on peut piloter depuis son téléphone portable". La borne est composée d’une pompe avec un pistolet placé au bout d’un tuyau de 15 mètres de long et d’un tableau électronique. "C’est le même fonctionnement qu’une pompe dans une station-service mais en sens inverse".
Ladite pompe aspire les eaux usées stockées dans les cuves du bateau avant de les transférer vers une station de relevage, remise aux normes par la commune. "Le flux est ensuite redirigé vers le réseau des eaux usées et la station d’épuration", précise Alain Caralp, le maire de Colombiers et président de la communauté de communes La Domitienne. Le coût n’est pas négligeable pour le plaisancier ou le loueur de bateaux, 7,20 €, mais il permet des heures de liberté. L’environnement du canal vaut bien ça.
Partage de l’eau et sobriété
Le réchauffement climatique et la nécessaire adaptation à la raréfaction de l’eau se sont, bien sûr, invités dans les mots des différents intervenants, lors de l’inauguration de la station de dépotage de Colombiers, ce mardi 27 mai. Si 2025 s’annonce sous de meilleurs auspices, reste que les dernières années ont été marquées par une forte sécheresse, sur les bassins de l’Hérault et de l’Aude.
"Ces bassins présentent des déficits structurels en eau, il faut donc aller vers plus de sobriété, économiser l’eau, augmenter son partage, moderniser sa gestion, afin de préserver les milieux naturels mais aussi les différents usages du canal du Midi (plaisance, agriculture, alimentation en eau potable, NDLR)", indique Karine Bonacina, directrice de l’antenne montpelliéraine de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
"L’idée est d’approfondir le partenariat avec Voies navigables de France (VNF) sur le canal, poursuit-elle, pour améliorer le réseau, résorber les fuites, etc.". Sachant que l’Agence de l’eau peut financer jusqu’à 70 % des travaux d’amélioration de l’ouvrage de Pierre-Paul Riquet.
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