Motions de censure à l’Assemblée nationale : le Premier ministre Sébastien Lecornu doit-il s’inquiéter ?

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  • Le Premier ministre a activé l’article 49.3, mardi à l’Assemblée.
    Le Premier ministre a activé l’article 49.3, mardi à l’Assemblée. MAXPPP - Vincent Isore
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Christelle Bertrand

En choisissant d’utiliser l’article 49.3 pour faire passer le budget, le Premier ministre s’expose à trois séries de motions de censure qui ne devraient pas être adoptées… sauf accident.

"Non franchement, il n’y a pas de risque qu’une des motions de censure soit votée. Nous avons eu un engagement formel des socialistes et Laurent Wauquiez tient bien ses troupes"

Mardi après-midi, alors que Sébastien Lecornu s’apprêtait à engager la responsabilité de son gouvernement pour faire passer le Projet de Loi de Finances, ce pilier du groupe macroniste à l’Assemblée nationale était confiant : dans une dizaine de jours, au pire mi-février, la France sera dotée d’un budget.

Mais cette affirmation n’a rien de scientifique. Pour en comprendre la fragilité, il faut sortir une simple calculette, niveau école élémentaire.

Les LR peuvent se diviser

Pour être adoptée, une motion de censure doit être votée par 289 députés.

Si le RN et son allié, le groupe ciottiste, acceptaient de voter l’un des textes déposés par LFI, l’inverse semble en effet exclu, celui-ci ne rassemblerait que 289 voix. À ce stade, Sébastien Lecornu ne serait pas menacé.

Mais là où les choses se compliquent pour le gouvernement, c’est que les Verts et le Parti communiste pourraient aussi joindre leurs voix. "Nous n’avons aucune raison de ne pas censurer", a d’ailleurs déclaré Marine Tondelier, la patronne des Écologistes, sur LCI.

Quelques exceptions pourraient toutefois s’illustrer au sein du groupe, comme l’ancienne ministre de François Hollande, Delphine Batho, qui n’a pas non plus voté les précédentes censures de Sébastien Lecornu.

Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, composé de communistes et d’élus d’outre-mer, devrait aussi majoritairement voter la censure du Premier ministre. Le nombre de votants serait alors de 265 et se rapprocherait de la barre fatidique des 289.

Resterait à faire basculer 24 députés qui pourraient se trouver chez les 9 non-inscrits mais aussi chez les LR car, quoi qu’en dise notre député Ensemble pour la République (EPR), Laurent Wauquiez ne tient pas l’ensemble de ses troupes.

Les socialistes ne sont pas plus fiables. Mardi dernier, Olivier Faure nous avouait : "Au sein du groupe PS, il y a une quinzaine de députés, proches de LFI, qui rêvent de voter la censure". Tout ceci rend bien réel le risque de voir tomber Sébastien Lecornu, ce qui repousserait d’autant le vote définitif du budget.

"Jamais à l’abri d’un accident"

Le Premier ministre va ainsi être confronté à plusieurs votes à haut risque d’ici mi-février. Le premier aura lieu dès vendredi dans l’hémicycle. LFI et le RN ont déposé deux motions de censure sur la partie recettes du budget.

Deux nouvelles motions de censure devraient être déposées pour la partie dépenses. Enfin, deux dernières seront sans nul doute débattues lors du retour du texte à l’Assemblée pour le vote solennel. "Le problème avec les motions de censure, c’est que l’on n’est jamais à l’abri d’un accident", nous confiait la semaine dernière un conseiller expérimenté.

En effet, une phrase malheureuse et des partis qui s’étaient engagés à ne pas censurer peuvent changer d’avis. Ainsi, il y a tout juste un an, la veille d’une commission mixte paritaire qui se réunissait pour débattre du budget 2025, François Bayrou évoquait, sur LCI, un risque de submersion migratoire. Le lendemain, les socialistes avec lesquels le Premier ministre de l’époque avait topé étaient vent debout.

"Il crée les conditions de sa censure", s’énervait alors l’un d’eux. Un compromis avait finalement été trouvé, mais de justesse. Voilà le type d’accident que Sébastien Lecornu va devoir éviter jusqu’à mi-février. Et puis il y a ce que l’on maîtrise et ce qui ne dépend que des autres.

Une bavure policière, des émeutes de banlieue qui s’ensuivent, une réponse inappropriée du gouvernement et la gauche peut s’enflammer. Car un accord n’est jamais gravé dans le marbre. Il ne vaut que dans un contexte donné. Tant que le budget n’est pas voté, tout est donc possible.

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