Municipales 2026 : sacrifice, peur du vide, passion… En Occitanie, ces maires qui veulent (encore) prolonger leur bail

Publié le , mis à jour
Ludovic Trabuchet et Vincent Coste

En décembre, l’Insee Occitanie révélait que deux tiers des maires de la région ont plus de 60 ans. Certains affichent même 80 printemps et repartiront pourtant au combat. Décryptage.

Faut-il être âgé pour s’installer à l’Hôtel de ville ? En décembre, en voulant dessiner le profil-type des édiles d’Occitanie, l’Insee a révélé que 67 % des 4 446 maires de la région affichent entre 60 et 79 printemps. "Ceux d’au moins 80 ans (148) sont deux fois plus nombreux que ceux de moins de 40 ans (66)", ajoutait même l’Insee. C’est d’abord dans les communes de moins de 1 000 habitants que l’on trouve le plus d’élus âgés de 70 ans ou plus : 35 % de ces 25 454 villages sont dirigés par ces “anciens”, proportion qui tombe à 33 % dans les 7 596 communes de 1000 à 5000 habitants, 30 % dans les 1 186 villes de 5 000 à 10 000 habitants et 26 % dans les 1 018 communes au-delà de 10 000 habitants.

Rien d’anormal à cela selon cet élu héraultais qui connaît parfaitement la sociologie de ses pairs maires, mais préfère s’exprimer en "off", tant l’âge du capitaine reste un sujet sensible."Dans les communes où la taille de la population permet de disposer d’un budget suffisant pour salarier des agents et un directeur général des services, le maire peut s’appuyer sur une équipe, donc dégager du temps à son activité professionnelle. En revanche, dans les plus petites communes, il n’y a souvent qu’une secrétaire de mairie, ce qui oblige le maire à multiplier les tâches les plus diverses, en plus des nombreuses réunions à l’intercommunauté ou en préfecture. Il est aussi le premier qu’on appelle au moindre problème. C’est difficilement compatible avec un emploi", décrit-il.

Une vie sociale autour de la mairie

C’est d’autant plus vrai dans les communes rurales situées loin des villes centres où les actifs sont amenés à de longs déplacements, ce qui libère encore moins de temps et d’énergie pour un engagement municipal. Et l’indemnité, à l’importance relative au regard de la charge de travail et des responsabilités (jusqu’à 1 646 € brut mensuels pour une ville de moins de 1 000 habitants, NDLR) ne pousse pas à bouleverser son activité professionnelle. Comme en 2020, on devrait donc encore assister, le 15 mars, à de nombreux scrutins sans suspense, avec une seule liste en lice, généralement celle du sortant. C’était le cas dans une commune (de plus de mille habitants) sur trois il y a six ans. Pour autant, toujours selon notre expert, le sens du sacrifice n’explique pas tout.

Carcassonne, Barjac, Grabels…

De très nombreux maires âgés de plus de 75 ans ont annoncé ces dernières semaines leur intention de briguer un nouveau mandat. Parmi les plus connus, c’est le cas, notamment, de Gérard Larat, pourtant âgé de 84 ans. "Je n’ai pas le choix, il y a des situations que l’on doit regarder en face et assumer", a-t-il défendu, référence à la menace d’une victoire du RN qui plane sur sa ville. Parmi les autres personnalités de la région, citons aussi le communiste Édouard Chaulet, 81 ans, qui brigue un 7e mandat à Barjac ou l’Insoumis René Revol, 78 ans, maire de Grabels depuis 18 ans. D’autres s’arrêtent comme Jean-Paul Fournier à Nîmes ou André Bascou à Rivesaltes.

"Pour beaucoup, la vie sociale s’est au fil du temps construite autour de la mairie. Les autres élus, les interlocuteurs, se sont substitués au cercle amical. C’est aussi une vie très rythmée, intense, avec la peur du vide que cela peut engendrer"Un maire nous dit aussi que c’est finalement son mandat, avec toutes les obligations qu’il impose, qui le tient en forme. "Cela stimule intellectuellement et, physiquement, on n’arrête pas de bouger. Je suis mieux à mon bureau que dans mon canapé", glisse-t-il.

L’esprit de Confucius

Ces dernières semaines à l’heure d’annoncer leur choix, c’est d’ailleurs souvent leur forme, avant même leur expérience, que les doyens des maires qui ont décidé de repartir au combat ont mis en avant. Ainsi de l’édile de Palavas-les-Flots Christian Jeanjean, 83 ans et déjà six mandats au compteur. "J’ai 20 ans dans ma tête. Je fais du vélo, je fais de la marche, je sors mon chien, j’ai un cœur qui marche bien pour l’instant, je suis en bonne santé. Et j’aime ce que je fais, je n’ai pas l’impression de travailler", a-t-il mis en avant, avant de défendre ensuite bilan et projets.

Son homologue d’Uzès, Jean-Luc Chapon, 83 ans également, briguera lui un huitième mandat. Assis dans son fauteuil depuis 1983, il a même cité Confucius pour expliquer son choix : "“Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez jamais travaillé de votre vie”. C’est ce que je fais. Non seulement ce n’est pas un travail pour moi, mais c’est une passion. Alors je ne me vois pas encore regarder les gens jouer aux boules".

Avec le sentiment du devoir accompli

Cette longévité impose parfois aux successeurs pressentis de ronger son frein. À Uzès, le socialiste Fabrice Verdier aurait pu défier le centriste Chapon en 2020 ; il a finalement choisi de s’allier à lui et de partager les pouvoirs en s’installant à la présidence de la communauté de communes. Rebelote six ans plus tard, ce qui entraîne quelques sourires dans le microcosme, où l’on compare sa situation au film de Pierre Tchernia “Le Viager”. Mais le seul adversaire de Jean-Luc Chapon n’ira lui pas sur le terrain de l’âge, et pas parce que celui-ci est glissant : Jacques Caunan est âgé de 79 ans.


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Si beaucoup disent aussi vouloir faire un dernier mandat pour "finir le travail" quand ils sont élus depuis six ou douze ans, à quelques kilomètres d’Uzès, Gilles Dumas, 80 ans, fait lui le choix de s’arrêter. Il a confié à Midi Libre son envie de se consacrer enfin à ses passions, la peinture notamment. Il s’est toutefois attaché, avant, à préparer sa succession. Il passera alors le relais avec le sentiment du devoir accompli. Élu pour la première fois à 31 ans en 1977, il a enchaîné huit mandats.

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Les commentaires (5)
bellevie Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 12:42

Pourquoi ne pas limiter les mandats des maires à 2, comme pour les présidents ?

gratos Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 11:35

Ils se croient souvent indispensables.

Anonyme179298 Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 10:24

On prends de mauvaises habitudes avec le temps des mandats pas trop républicaines, un ego qui grandit avec le temps, des besoins financiers qui s'étirent en changeant de statut, en même temps l'intérêt général change de nature colle plus aux projets personnels et on détruit l'opposition. Limiter à 2 mandats serait raisonnable après tout, des membres de l'équipe politique peuvent poursuivre les projets déjà entamés.