"Où trouve-t-il toute cette énergie ?"… La petite phrase de Jordan Bardella peut-elle "remettre Marine Le Pen en selle" ?

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Propos recueillis par Manuel Cudel

Le 13 décembre, dans "Quelle époque !", sur France 2, Jordan Bardella, interrogé sur la question qu’il aimerait poser à Nicolas Sarkozy et à Donald Trump, répond par une même phrase : "Où trouve-t-il toute cette énergie ?". Depuis, le président du Rassemblement national est moqué sur les réseaux sociaux. Au point que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, la reprendra à son tour le 23 décembre, à l’Assemblée nationale. Que dit cette séquence et quelle pourrait être sa portée ? Analyse avec Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication politique, enseignant à Sciences-Po.

"Où trouve-t-il toute cette énergie ?" : Jordan Bardella est moqué sur les réseaux sociaux depuis sa phrase du 13 décembre dans "Quelle époque !"sur France 2, reprise ensuite le 23 décembre par le Premier ministre à l’Assemblée, quelle sera sa portée ?

Cette phrase cristallise le sentiment qu’on a sur Bardella de manque de profondeur et de carrure pour être président de la République. Il est, aujourd’hui, le candidat virtuel du RN à la présidence de la République, en remplacement de Marine Le Pen et cette phrase dit son impréparation, son manque de vision, de hauteur. C’est pour cela que Sébastien Lecornu la retourne contre le Rassemblement national, c’est une façon de lui dire "vous n’êtes pas au niveau et vous ne le serez jamais", ce qui va être le gros sujet de la campagne Bardella.

Quand Sébastien Lecornu lance cette phrase à Marine Le Pen, le 23 décembre, à l’Assemblée nationale, en se moquant de Jordan Bardella, celle-ci s’en amuse, que dit cette séquence ?

Je pense que ça a fait plaisir à Marine Le Pen, ça s’est vu sur son visage, parce que, dans l’attelage qui dirige le RN aujourd’hui, cette phrase renvoie Jordan Bardella à son statut de junior, à ses 28 ans, à son inexpérience. Or, il y a un affrontement idéologique entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Elle est sur une ligne de normalisation, une ligne sociale, elle s’adresse aux électeurs délaissés par les partis traditionnels, lui a une approche radicalement opposée, ultralibérale, masculiniste, incarnée par Donald Trump et Elon Musk. Cette phrase trahit sa fascination pour le Trumpisme qui est pourtant toxique pour le RN, parce que c’est un modèle qui ne prend pas du tout en France, il n’est pas populaire à ce stade.

C’est aussi cela que cette phrase traduit, l’absence de conscience des enjeux : car c’est une question de fan, de courtisan, pas la question d’un chef d’État, dans le contexte actuel où les États-Unis deviennent des adversaires. On ne le voit pas négocier ainsi avec Donald Trump, représenter la France dans une négociation internationale, c’est cela que cette phrase montre.

Comment analyser ce moment d’apparente complicité entre Sébastien Lecornu et Marine Le Pen ?

C’est plus de l’humour qu’autre chose, mais il y a un vrai fond derrière cette phrase lancée par Sébastien Lecornu à Marine Le Pen qui est aussi de dire "il faut qu’on retrouve le chemin du dialogue" au Parlement. On est plus dans la main tendue, mais il n’y a pas de rapprochement réel.

Cette phrase politique pourrait devenir un gimmick, quel pourrait être l’impact pour le RN ?

C’est mauvais pour Jordan Bardella et pour le RN, mais c’est bien pour Marine Le Pen, ça la remet en selle, en position haute par rapport à lui. Si elle réussit à surmonter l’obstacle judiciaire et à être candidate, cela peut l’aider, par contraste, à paraître compétente, sage, mature. Il a l’air de tout faire pour la chasser de l’image, ça peut atténuer l’effet de courtisanerie qu’il y a autour de Bardella et briser un peu sa dynamique. Elle doit se battre actuellement contre son propre parti, contre ses alliés. En coulisses, il y a une bataille d’une brutalité inouïe.

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Jusqu’ici tous les putschs ont échoué (Jean-Pierre Stirbois, Bruno Mégret, Florian Philippot…). Mais Jordan Bardella est en passe de réussir, avec l’appui d’Eric Ciotti, ce qu’aucun homme politique extérieur au clan Le Pen n’a jamais réussi à faire jusqu’à présent, c’est-à-dire faire une OPA sur le RN, en chassant la famille Le Pen.

 

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