Plus de 16 000 navires déconstruits… Comment une filière "unique au monde" élimine les bateaux épaves

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  • Le recyclage se fait en région à Montpellier, ici par l’entreprise Epur et dans les P.O. à Elne.
    Le recyclage se fait en région à Montpellier, ici par l’entreprise Epur et dans les P.O. à Elne. Midi Libre - MICHAEL ESDOURRUBAILH
Publié le , mis à jour

La filière de déconstruction des navires de plaisance en France est unique au monde dans son organisation avec deux centres agréés en région, à Montpellier et Elne (P.O.). Le littoral d’Occitanie est impacté par les bateaux épaves, malgré les aides au recyclage, la problématique demeure.

Le tractopelle s’avance au milieu des machines à laver, des turbines d’éoliennes, ou des milliers de capsules de café en aluminium et referme ses pinces d’acier sur Frondeur, petit navire à moteur de 8 m immatriculé à Sète. C’est là, à la déchetterie Epur, à Montpellier, que les bateaux sont déconstruits. Dans ce centre agréé par l’Aper (association pour la plaisance éco-responsable), le seul en région avec celui d’Elne (P-O), défilent les bateaux en fin de vie qu’il faut tenter de recycler (lire ci-contre). "Ça monte crescendo, au départ il y avait un déficit de notoriété, là, on en fait un peu plus chaque année, de la “coquillette”, le petit bateau de 3 ou 4 m, à celui de 20 m de long et 40 tonnes" détaille David Blachet, responsable commercial de l’entreprise. Elle a mis ainsi en pièces près de 200 navires, uniquement de plaisance, pour l’année 2025.

Le développement de cette filière remonte à 2019 quand l’Aper est mandatée par le ministère de la transition écologique avec l’objectif ambitieux fixé à 20 000 unités à traiter. En six ans, 16 000 bateaux ont été déconstruits, dont 987 dans l’Hérault, 507 dans les Pyrénées-Orientales, 139 dans le Gard et 130 dans l’Aude. Et c’est unique, aucun autre pays n’ayant pris ce problème à bras-le-corps de manière organisée.

La déconstruction est gratuite, le transport payant

"Cet outil devait se mettre en place, on voyait les bateaux traîner partout, sur les bords des rivages, dans les jardins ou les ports et il ne se passait rien. Nous sommes les seuls au monde à avoir mis en place une organisation de déconstruction de navire" rembobine l’héraultaise Colette Certoux, vice-présidente de la FIN, la Fédération des industries nautiques qui a créé l’APER. "Nous espérons désormais en déconstruire 3 000 par an" indique Lucas Debievre, adjoint à la déléguée générale de l’APER. L’association fait tout pour sensibiliser et inciter les propriétaires à franchir le pas, mais les écueils sont nombreux, comme en témoignent ces épaves que l’on croise abandonnées dans la nature."Il y a un manque de centres agréés en France et un frein émotionnel, les gens ont des souvenirs avec leur bateau" avance Lucas Debievre.

Mais le nerf de la guerre réside dans le coût. Si avec l’écotaxe payée par les plaisanciers et toute société qui met à l’eau des navires (constructeurs, concessionnaires, importateurs) la déconstruction est gratuite (de 2,5 m à 24 m), l’acheminement vers un centre agréé, lui, est payant. Et selon la taille, le prix peut s’envoler : "ça dépend s’il est dans un port à sec, à flots, coulé, brûlé… Et de sa taille : nous avons dû renflouer, gruter une péniche de 18 m de long qu’il a fallu couper en deux, il y en a eu pour 80 000€ raconte David Blachet. En moyenne, nous allons chercher 50 % des bateaux, ce qui mobilise transporteurs, grutiers, plongeurs.."

"Il faudrait qu’une filière européenne se développe"

Alors par souci d’économie d’argent ou de temps, où parce que le propriétaire est décédé et que les héritiers ne veulent pas s’en soucier, des bateaux épaves fleurissent un peu partout. Parfois difficilement traçables si le numéro d’immatriculation a été effacé… Des points noirs sont notamment identifiés sur le bassin de Thau ou les rives de l’Orb dans l’Hérault, mobilisant les collectivités.

"Environ 15 % des demandes sont des bateaux issus des collectivités qui ont récupéré les bateaux épaves, mais les procédures sont très longues" livre Lucas Debievre. C’est justement l’un des combats de L’Union des villes portuaires d’Occitanie (UVPO) et de son président Serge Pallares. "Jeudi, par exemple, nous étions à Gruissan, une quarantaine de bateaux sont en attente de déconstruction illustre-t-il. "Tous les ports rencontrent ce problème. Certains sont identifiés et nous les accompagnons administrativement vers la zone de deconstruction, mais en général, la place au port n’est plus payée et le propriétaire a disparu."

Jusqu’à quel stade est possible le recyclage d’un bateau ?

Quand un bateau arrive à la déchetterie agréée EPUR à Montpellier, il est d’abord pesé, déchargé, puis dégazé (le gasoil est pompé). "On en lève l’aluminium, les quilles en fonte qui vont dans les filières de recyclage ou encore les moteurs qui sont broyés afin que la ferraille soit récupérée" détaille David Blachet, le responsable commercial. Les barbatages sont également réemployés mais le problème reste la coque si elle n’est pas en fer, en bois ou en aluminium. "A 90 % elle est en composit, avec de la fibre de verre, malheureusement, là, nous avons en centre d’enfouissement" poursuit le responsable, en l’occurrence à Espira-de-l’Agly dans les P.O.

Alors s’engage la procédure de déchéance de propriété du navire, "mais c’est très long, nous travaillons avec les services de l’État, les DDTM, pour les réduire" poursuit Serge Pallares. Pour être encore plus incitatif, l’APER donne désormais un petit coup de pouce à l’acheminement en reversant des aides de 50 à 1000 € selon la taille pour que le propriétaire rejoigne un centre agréé. "Il faudrait maintenant qu’une filière européenne sur la fin de vie des bateaux de plaisance se développe, la France ne doit pas devenir la poubelle de l’Europe" avertit l’adjoint à la déléguée générale de l’APER. Car désormais, si l’immatriculation n’est pas en France, il ne peut pas être traité, certains étrangers se rabattant trop systématiquement vers les déchetteries labellisées.

Toutes les informations sur le site de l’APER, recyclermonbateau.fr
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Les commentaires (4)
RORO.34 Il y a 3 jours Le 02/02/2026 à 09:39

Ces navires ventouses ont bien quelques propriétaires qui ne sont pas toutes et tous décédés? Comment se fait t'il que les services chargés du contrôle et de la maintenance des plans d'eau accueillant des bateaux ne soient pas intervenus?
Navire abandonné oui, mais par qui et pourquoi?

cjldomi Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 11:27

avec les bateaux en bois le pb ne se posait pas , ensuite qui paie les proprietaires ou l'état donc NOUS.

PurHexagonal Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 09:23

Sacré boulot !
* Combien de carcasses pourrissent encore , délaissée par leur propriétaires ? ou des épaves dont le propriétaire ne vit plus ?
Bravo pour cette initiative de salubrité environnementale !

miqueland Il y a 4 jours Le 01/02/2026 à 11:03

Exact, a Agde, rien que sur le fleuve Hérault, de la
Panssière au grau, sur la quantité d'amarrages, seulement
peut-être quinze pour cent des bateaux voient encore la mer.
Et certains sont déjà en état de ruine .