Sémy, 22 ans, avait été tué par erreur par un tir de kalachnikov à Nîmes : l’accusé réfute avoir participé à un meurtre sur fond de narcotrafic
Un accusé de 42 ans conteste les accusations de meurtre en bande organisée qui seront examinées du 19 au 23 janvier prochain par la cour d’assises du Gard. Il sera jugé pour son implication dans une fusillade à Pissevin le 18 janvier 2021 dans laquelle un homme – totalement étranger au trafic de drogue – a été tué. Il était allé acheter une pizza avec un ami. Les malfrats l’ont probablement confondu avec une autre cible.
Tué par une rafale de Kalachnikov sur le siège passager d’une Peugeot 208, c’est l’image terrifiante à laquelle les policiers, les pompiers et les médecins ont été confrontés à Vacquerolles après des tirs, avenue des Arts à Pissevin dans la soirée du 18 janvier 2021.
Bilan, un jeune Nîmois de 22 ans, décédé en dépit d’une tentative de réanimation. Cinq ans après les faits et une longue enquête de la police judiciaire de Montpellier, un accusé doit comparaître pour cet homicide et précisément pour récidive de meurtre en bande organisée. L’homme de 42 ans réfute les accusations qui seront examinées du 19 au 23 janvier prochain par la cour d’assises du Gard presque cinq ans jour pour jour après l’homicide.
Un des premiers meurtres sur fond de narcotrafic
Ainsi, c’est l’une des premières affaires d’homicide sur fond de guerre entre narcotrafiquants qui vient devant la justice. Non que la cour d’assises n’ait pas eu déjà eu à juger ce type d’affaire notamment au Mas de Mingue ou au Chemin-Bas-d’Avignon. Mais ce dossier de meurtre d’un jeune homme s’est déroulé à Pissevin en janvier 2021 et marque en quelque sorte de point de départ d’une longue série de violences, de tirs, de rafales, d’enlèvements, de meurtres et de tentatives d’homicide liée à la guerre entre narcotrafiquants pour s’approprier les points de deal de Nîmes.
Guerre autour du point de deal de la galerie Wagner
Le principal point de deal et le plus lucratif ? Celui de la galerie Wagner à la Zup sud de Pissevin qui à une certaine époque était l’un des plus "rentables" de la Ville et resterait encore aujourd’hui au centre d’une guerre de territoires entre les différentes équipes de Nîmes et probablement celles de Marseille. Et si cette affaire du meurtre d’un jeune homme est emblématique dans l’histoire des "réglos" (règlements de compte en langage policier), elle est d’autant plus "significative" et paradoxale que la victime a été confondue avec une autre personne et tuée alors qu’elle n’avait aucun lien absolument avec le trafic de drogue.
Cette affaire du 18 janvier 2021 cumule à la fois le drame d’un homme tué pour rien à proximité de la galerie wagner et malheureusement qui marque le préambule d’une longue série de meurtres similaires dont celui du petit Fayed, 11 ans, tué le 22 août 2023, suivie d’un autre homicide le 24 août, celui de Mohamed, un jeune originaire de Béziers et âgé de 19 ans.
Victime d’une "poussette" ?
Dans l’affaire jugée à partir du 19 janvier 2025, un seul homme sera dans le box des détenus Kamel T. Il récuse totalement avoir trempé dans cette affaire criminelle en dépit des charges accumulées par l’instruction avec un jeune homme de 22 ans tué d’une rafale d’arme de guerre. Lors d’une audience devant la chambre de l’instruction il avait demandé à sortir de prison en 2024 puis en octobre 2025 lors d’une audience houleuse il avait assuré être victime d’une "poussette" (une personne ou des personnes le désignant faussement pour en couvrir une autre).
Lors des débats, il avait copieusement insulté les magistrats estimant être victime d’une injustice. En amont du procès (du 19 au 23 janvier 2026), Me Kamel Derouiche, l’avocat parisien du quadragénaire, confirmait la ligne de défense de son client à savoir que l’acquittement sera plaidé avec l’appui d’un second avocat, Me Nabil Harmach (Paris).
"Ce dossier est d’une violence absolue" : Me Khadija Aoudia
Pour Me Khadija Aoudia, l’avocate de la famille du jeune Sémy, "Ce dossier est d’une violence absolue", indique l’ancienne bâtonnière. "Un jeune homme d’une vingtaine d’années, sans histoire, a été exécuté parce que des narcotrafiquants ont préparé une expédition criminelle… et se sont trompés de cible. Ce soir-là, il n’était ni un nom dans un fichier, ni une silhouette à éliminer. Il était un fils, un frère, un ami, sorti acheter une pizza à partager. Il n’avait pas l’argent nécessaire. Il demandait quelques euros à son père. Ce geste banal, intime, entre un père et son fils, a été leur dernier échange… À ses côtés se trouvait son ami, conducteur du véhicule, qui survivra à cette rafale de balles, conservant dans sa chair et sa mémoire ses traumatismes. Il est aussi une victime, pas simplement un témoin de première ligne. Pourtant, l’instruction a refusé de le reconnaître comme telle, comme si survivre devenait une anomalie juridique."
"L’omerta du narcotrafic"
Me Aoudia ajoute : "C’est là que cette affaire révèle un paradoxe glaçant : les criminels se trompent de cible, et l’institution se trompe en restreignant la place des victimes. À cela s’ajoute l’omerta du narcotrafic. Un silence organisé, structuré, redoutablement efficace qui protège les auteurs et entrave la manifestation de la vérité. Ce silence n’est pas une absence de parole : C’est une arme. Une arme dirigée contre les victimes, contre la vérité, contre l’État de droit. Ce procès ne jugera donc pas seulement un meurtre. Il interrogera notre capacité collective à accepter : qu’un innocent puisse mourir par erreur, qu’un survivant ne soit pas reconnu comme victime, et que le silence criminel pèse plus lourd que la parole des familles endeuillées."