Meurtre en bande organisée à Pissevin : un accusé jugé pour la première fois à Nîmes par la cour d’assises spéciale
Dans le meurtre d’une victime du narcotrafic, commis à Pissevin le 18 janvier 2021, la justice du Gard a décidé de juger l’accusé devant la cour d’assises spéciale composée uniquement de magistrats professionnels. C’est une première à Nîmes. Presque cinq ans jour pour jour après les faits.
Sirènes hurlantes, motards armés, fourgon cellulaire escorté par la police, un convoi, sous sécurité renforcée, a transféré l’accusé de la maison d’arrêt au palais de justice pour un procès hors-norme et dans un contexte ultra-tendu s’agissant des meurtres liés au narcotrafic.
C’est une des premières fois que la cour d’assises spéciale du Gard va siéger dans une affaire de meurtre en bande organisée. L’accusé qui vient d’arriver dans le box des détenus est confronté ce lundi aux nouvelles dispositions légales qui permettent de juger des accusés par des juridictions spéciales.
Loi portée par l’actuel Garde des Sceaux
En effet, la loi contre le narcotrafic portée par l’actuel garde des Sceaux et voté par le parlement prévoit un renforcement des sanctions et de nouveaux outils juridiques pour lutter contre les conséquences du narcotrafic. Ainsi, les procédures et les outils d’enquête contre les acteurs de la criminalité organisée ont été renforcés et durcis. À titre d’exemple, une loi incrimine et pénalise désormais les membres identifiés comme des personnes appartenant à des organisations criminelles. Les lieux de détention sécurisés pour les narcotrafiquants afin de limiter les fuites et les échanges avec l’extérieur ont également été mis en œuvre pour empêcher les narcotrafiquants de continuer à piloter les réseaux de revente.
Rafale de kalachnikov
Kamel Traidia est accusé d’avoir participé au meurtre du 18 janvier 2021 dans lequel un homme totalement étranger au trafic de drogue a été tué après avoir reçu une rafale d’arme de guerre à Pissevin, au niveau de l’avenue des Arts, à proximité du point de deal de la galerie Wagner. Le jeune homme était assis sur le siège passager d’une 208 et il était allé acheter des boissons avec un ami qui conduisait la Peugeot. Il a reçu plusieurs balles de Kalachnikov. L’accusé nie fermement toute implication dans l’homicide qui commence à être examiné ce lundi 19 janvier. Il est jugé pour meurtre en bande organisée et en récidive légale.
"Je conteste les faits à 100 %"
Christian Pasta préside l’audience et restitue actuellement le résumé de l’affaire dans laquelle interviennent en défense deux avocats parisiens Mes Kamel Derouiche et Nabil Harmach. David Malicot porte l’accusation en tant qu’avocat général et Me Khadija Aoudia représente la famille de la victime et le conducteur de la voiture qui a vu mourir son ami sur le siège passager. "Quelle est votre position sur les faits ?", demande le président Pasta. "Je les conteste à 100 %", répond le quadragénaire. "Je fais partie d’aucun gang, j’ai toujours marché seul et j’ai tué personne".
"Je fais partie d’aucun gang, j’ai toujours marché seul et j’ai tué personne"
David Malicot, l’avocat général fait observer que l’accusé a eu plusieurs incidents en détention. "C’est parce que je me suis battu en promenade que je suis l’auteur de l’assassinat ?". "Je n’ai jamais dit ça", rétorque l’avocat général. L’accusé reconnaît qu’il est violent mais pas un criminel, un habitué des prétoires qui se souvient avoir été condamné par le passé par le président Panzani (président emblématique du correctionnel) mais pas un tueur.
L’enquête de la police judiciaire de Montpellier a permis de rassembler de nombreuses charges qui ont conduit à la mise en examen puis à la mise en accusation du quadragénaire. La brigade criminelle a supervisé l’ensemble des investigations.
15 h 30 : l’enquêteur de personnalité est actuellement en train de détailler le parcours de vie de l’accusé.
Qui est Kamel Traidia ?
L’accusé est âgé de 42 ans. Il est né à Nîmes. C’est un habitué des prétoires. Il a été condamné à 10 reprises en correctionnelle notamment pour des infractions aux stupéfiants, agression sexuelle et violences aggravées. En mars 2025, il a été jugé aux assises pour son implication dans une rixe à l’arme blanche, il n’était pas l’auteur des violences mortelles commises dans un bar de la rue de la République lors du réveillon 2016. Mais le 20 mars 2025, il a été condamné pour sa participation à des violences avec arme sur une autre personne que la victime. Il avait écopé de cinq ans. Ce qui porterait à 11 le nombre de condamnations figurant à son casier.
"Toxico oui trafiquant oui mais pas un tueur"
Un ancien trafiquant oui, un gros consommateur, oui, avec jusqu’à 25 joints par jour et jusqu’à trois ou 4 g de cocaïne par jour. Toxico oui, trafiquant oui mais pas un tueur, confesse-t-il tout en prenant soin de dire qu’au moment des faits en janvier 2021, il était en dehors de tout réseau lié aux stups de près ou de loin.
Le lien avec le meurtre de Farid D ?
16 h 10 : l’expert psychologue restitue l’entretien qu’elle a pu avoir avec l’accusé. Lequel lui a indiqué que le meurtre était lié à une vengeance en réponse à un autre meurtre "celui de Farid D" dont le cadavre a été retrouvé carbonisé à Bellegarde quelques jours avant les faits du 18 janvier 2021. Mais cet aspect n’a pas été démontré totalement par l’instruction bien que cette piste ait été étudiée par la PJ.
À cet égard, l’enquêtrice de la police judiciaire dit effectivement que le frère d’un des hommes suspectés d’avoir piégé Farid D. conduisait régulièrement la Peugeot visée par la rafale. Ce qui accrédite la thèse d’un meurtre commandité par vengeance. Kamel Traidia se dit totalement étranger à la piste de ce projet criminel. Reste que son téléphone a émis sur le parcours proche de la scène de crime.
Le téléphone portable émet des données même éteint, la téléphonie élément central de l’affaire avec la vidéosurveillance
La policière de la brigade criminelle de Montpellier révèle que le téléphone portable a été éteint juste avant les faits et n’a plus jamais été utilisé après. Mais bien qu’éteint le mobile émet des données, des datas, ''des événements réseaux", qui sont détectables et détectés par les bornes de téléphone. Cet élément central, la téléphonie, montre un portable qui part de la Ville Active et se retrouve place Watteau, non loin de Pissevin.
L’enquêtrice ajoute que les images de vidéosurveillance montrent une Laguna et une Fiat doblo (camionnette) qui roulent en convoi sur les lieux du meurtre et que la téléphonie montre que le téléphone de l’accusé circule dans la Laguna. L’utilitaire Doblo ? Totalement brûlé dans une zone à proximité du domicile de l’accusé.
Téléphonie comparable à l’affaire du double meurtre de Pujaut de 2001
Des éléments liés à la téléphonie qui ressemblent à celle des affaires de meurtre sur fond de guerre des machines à sous, celle du double meurtre commis à Pujaut en juin 2001.
Me Aoudia pour la partie civile interroge l’enquêtrice et lui demande de confirmer que le portable de l’accusé s’est bien éteint après les faits comme celui d’un autre individu. Les portables étaient bien éteints après les faits.
Cartouches retrouvées chez l’accusé
L’enquêtrice de la PJ ajoute que le dossier repose sur un faisceau d’éléments et pas seulement la téléphonie. Quoi d’autre ? Des cartouches de calibre 7, 62 retrouvés au domicile de Kamel Traidia. Le même calibre que celui utilisé dans le meurtre de Semy, 22 ans. Un témoignage sous X désigne aussi bogus, alias Traidia comme le tireur.
L’avocat général demande à la policière de préciser le contexte du narco-banditisme nîmois à cette époque. Elle répond que deux familles ''se tiraient la bourre'' pour le marché des stupéfiants.
Faisceau d’indices
Me Kamel Derouiche questionne l’enquêtrice sur la téléphonie. Par ces questions, il estime que la téléphonie ne matérialise pas la présence de l’accusé sur la scène de crime. La policière réitère ses explications et précise qu’il s’agit "d’un faisceau d’indices."
L’affaire de la fusillade d’Alès dans les esprits ?
Le meurtre commis sur fond de narcotrafic dimanche matin à Alès va sans doute résonner dans la cour d’assises du Gard ce lundi. Un quinquagénaire est mort et un autre homme a été blessé après des tirs d’arme de guerre à proximité directe avec un point de deal. Et si cette affaire est différente de Nîmes et concerne la ville d’Alès, elle met au jour une nouvelle fois, l’interminable guerre des points de deal et son cortège de victimes dont certaines totalement étrangères au trafic.
Renforcement de la lutte contre la criminalité organisée
La cour d’assises spéciale constitue une des dispositions de renforcement de la lutte contre la criminalité organisée notamment pour les personnes suspectées dans des affaires relevant de la bande organisée ou de faits en récidive. Spéciale ? Pour éviter, par exemple, des pressions sur les jurés, cette cour d’assises est composée uniquement de magistrats professionnels comme en matière de terrorisme ou pour les affaires d’importation de stupéfiants en bande organisée. La justice en choisissant de saisir une cour d’assises spéciale met en œuvre concrètement le renforcement de la lutte contre la criminalité organisée.