Argent liquide, passé mystérieux : une Aveyronnaise au cœur d’une enquête pour blanchiment d’argent
Présentée comme une femme au passé trouble et à la vie romanesque, une quadragénaire installée en Aveyron était jugée cette semaine à Rodez pour des faits de blanchiment. Absente au procès, elle a bénéficié d’une relaxe, la justice n’ayant pu lever le doute sur l’origine de son argent.
Sa vie, dit-on, pourrait faire l’objet d’un roman. Ses charmes, eux, seraient particulièrement envoûtants. Mais le tribunal de Rodez n’en aura pas d’aperçu. Cette quadragénaire, récemment installée en Aveyron et qui s’affichait jadis au bras d’un certain Paul-Loup Sulitzer dans la presse people, ne s’est pas présentée à son procès cette semaine. La juge Blandine Arrial avait pourtant "de nombreuses questions à lui poser". Sur sa personnalité, mais aussi le droit. Car cette femme devait répondre de blanchiment. Un délit peu commun dans la juridiction, bien que la narco ruralité gagne du terrain. Peut-être est-ce ce contexte qui a contribué à aiguiser l’attention et parfois fait également perdre la tête des gendarmes aveyronnais. À l’origine d’une enquête d’ampleur, qui, disons-le d’emblée, a accouché d’une souris. Une relaxe.
Les enveloppes
Retour à l’enquête. Tout commence en décembre 2024. L’un des amants éconduits de la quadragénaire souhaite parler. Il a des révélations à faire. Cette femme, assure-t-il, cache des choses. Et surtout de l’argent liquide. Elle en aurait à foison chez elle. Des petites enveloppes dissimulées, jusque dans un oreiller. La bonne vieille méthode des billets planqués sous le matelas. C’est louche, assure l’indicateur. Plus troublant encore, selon lui : la quadragénaire lui demanderait régulièrement d’effectuer des virements bancaires, en bonne et due forme, contre la remise de liquide. De quoi éveiller les soupçons. Blanchiment ? Les enquêteurs s’en emparent.
Lors de la perquisition, ils découvrent effectivement une somme conséquente au domicile de la native de Paris. Un peu plus de 28 000 €, essentiellement en petites coupures. À la brigade, les questions s’accumulent. Comment cette femme a-t-elle pu acquérir, avec son ancien compagnon et sur fonds propres, une belle propriété de l’Ouest-Aveyron ? Le notaire n’a rien signalé à l’époque, mais sa part personnelle dépasserait les 100 000 €. Or, entre 2019 et 2024, la quadragénaire n’a déclaré que moins de 7 000 €de revenus annuels. Les chiffres peinent à s’accorder.
Passage en prison outre-Manche
Les comptes bancaires font également l’objet d’investigations. Ils sont bien remplis. Plus de 50 000 € sur une assurance-vie, plus de 20 000 € sur le courant. Cette fois, les enquêteurs élargissent l’enquête. L’entourage est interrogé. Les pistes se succèdent, mais ne donnent rien… Blanchit-elle pour le compte de trafiquants de stupéfiants ? Non, à part quelques joints fumés dans sa vie, rien ne ressort en ce sens. Se prostitue-t-elle ? "Possible", disent plusieurs témoins. "On peut le penser, mais absolument pas", répond la principale concernée. Et puis, dans l’Hexagone, on ne poursuit pas les travailleuses du sexe, mais les clients… Les lois sont ainsi faites.
Reste alors le passé judiciaire. Il intrigue. Le casier de la néo-Aveyronnaise mentionne plusieurs condamnations pour vols et escroqueries, en région parisienne comme dans le Sud-Ouest. Et puis, il y a ce passage d’un an en prison en Angleterre. Pour quel délit ? Le dossier ne le dit pas, elle ne s’attardera pas dessus lors des interrogatoires… Qu’importe, la question reste toujours la même : d’où peut donc provenir tout cet argent ?
Syndrome de thésaurisation
Finalement, c’est l’expert psychiatre mandaté par la justice pour percer le mystère de la quadragénaire, qui livrera peut-être la réponse la plus crédible. Celle-ci souffre d’un "syndrome de thésaurisation", décèle-t-il. Comprenez qu’elle économise, accumule et ainsi de suite dans le seul objectif de se sentir bien. "L’argent se substitue au lien affectif", écrit-il, indiquant le besoin d’en avoir toujours à disposition pour un certain bien-être.
Cela provient certainement d’une enfance "très, très difficile, sans le sou comme on peut voir dans certains films", relève son avocate Me Christelle Cordeiro. Durant sa plaidoirie, après avoir longuement disséqué les mécanismes juridiques du blanchiment – façon cours de la faculté de droit –, elle rappelle surtout qu’il "n’est pas interdit de conserver de l’argent chez soi". Comme chacun le sait en Aveyron, peut-être plus qu’ailleurs si l’on reprend des clichés chers à nos voisins. Encore faut-il justifier l’origine des fonds… "Ma cliente reçoit depuis des années des dons d’admirateurs. Autrement dit, elle sait se fait entretenir et ne paie rien lorsqu’elle est en couple. Et cela n’est pas répréhensible. Et surtout, elle sait mettre de côté : les petites économies font les grandes fortunes…"
On aurait pu écrire un roman de sa vie, disait-on. Ce chapitre judiciaire s’est refermé par une relaxe. La justice n’a pas su faire parler les billets, tous lui ont été restitués. Ils étaient jusqu’alors saisis. Point final.
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