Béziers Antique réunit ses scientifiques : "Ce ne sera pas un parc d’attractions, mais un chantier d’histoire vivante"
Le premier conseil scientifique de ce projet, qui veut rebâtir la ville de Béziers telle qu’elle était en 30 après J.-C., s’est réuni ce mardi 3 février.
"Nos ancêtres les légionnaires…" C’est ce qu’ont dû penser les Biterrois qui assistaient ce mardi aux conférences qui ont suivi la première réunion du conseil scientifique de Béziers Antique. Devant une salle bondée du centre universitaire Du Guesclin, René Cubaynes, spécialiste des armées romaines, a évoqué ces premiers habitants de Baeterra, arrivés au bord de l’Orb en 35 – 36 de notre ère : "On parle de 500 à 600 légionnaires, avec leur famille. Ils ont été démobilisés et on leur a donné de la terre et de l’argent en récompense de leur service. Ils ont des moyens, ils incarnent la romanité." Et surtout, ils impressionnent. Leur 7e légion, en effet, a suivi César dans toutes ses batailles en Gaule, mais aussi en Espagne, en Thessalie, en Afrique, et Baeterra est alors une colonie de droit romain, où tous les habitants sont citoyens. Bref ce qui se fait de mieux dans ce qui n’est pas encore l’empire romain.
Et que vont faire ces vétérans à Béziers ? Bâtir. C’est aussi l’objectif principal de ce Béziers antique, porté par l’Agglo, qui veut reconstituer sur un terrain route de Lespignan la ville telle qu’elle était dans ces années 30… Il y a 2000 ans. Répondant à une question du public, Eric Teyssier, professeur d’histoire romaine et président du conseil scientifique, a rappelé une des lignes directrices du projet : "Ce ne sera pas un parc d’attractions, mais un chantier d’histoire vivante où l’on pourra voir la ville se construire années après années, avec son amphithéâtre, son théâtre, son temple, mais aussi ses quartiers d’habitations et sa zone agricole." Une nécropole, un forum impérial, une taverne, une domus (maison), un ludus (école de gladiateurs), des ateliers d’artisanat sont aussi dans les cartons, le tout animé par des démonstrations et des spectacles.
S’appuyer sur les sources
Pour être le plus fidèle possible à l’histoire, Béziers Antique va s’appuyer sur les sources existantes : "Nous avons notre amphithéâtre, qui pouvait accueillir 15 000 personnes, le théâtre, fouillé en 2014, des inscriptions et notamment des inscriptions funéraires avec les noms des premiers Biterrois de l’époque, quelques mentions d’auteurs latins, précise Eric Teyssier. C’est maigre, mais nous pouvons nous appuyer sur les villes voisines car les colonies romaines, souvent, étaient bâties sur le même modèle." Un souci d’authenticité qui habite aussi Anthony Pascual, l’architecte du projet : "Ce n’est pas une commande habituelle, souligne-t-il. Avant même l’édification des bâtiments, nous allons faire en sorte que la forme de la parcelle, son organisation, et son orientation, reprennent celles de Baeterra."
Reste maintenant à se relever les manches. Les artisans chargés de travailler "à la romaine" seront ceux de l’association Fabri Tignuari, basée en Charente-Maritime et spécialisée dans les techniques de construction romaine. Pour Brice Brigaud, son président, cela implique la réunion de multiples compétences. "Nous savons fabriquer des engins de levage, qui peuvent supporter une tonne de charge, et des échafaudages romains. Il faudra utiliser le plus possible la terre, la pierre et le bois locaux. Le plan de l’amphithéâtre de Béziers, qui est ovoïde, pose aussi des problèmes spécifiques. Nous aurons besoin de peintres pour les enduits, de mosaïstes." Des professionnels qui pourront être aidés par des apprentis ou des étudiants venus des écoles d’architecture et des cursus d’histoire antique.
Un travail de titan, mais qui prendra son temps. Les travaux ne commenceront qu’en 2028, et le contrat avec la société Kléber Rossillon, qui gère déjà douze autres sites dont les fac-similés des grottes Cosquer et Chauvet, est prévu pour trente ans. À terme, Béziers Antique veut devenir un site touristique incontournable, et attirer 250 000 visiteurs par an.
Trois questions à Eric Teyssier, président du comité scientifique
Qui êtes-vous et quel est votre rôle ?
Je suis professeur d’histoire romaine à l’université de Nîmes, et je travaille déjà avec la société Kléber Rossillon sur d’autres projets historiques. Comme président du conseil scientifique, je dois réunir des spécialistes de différents horizons : la construction antique, la reconstitution historique, l’architecture, sans oublier ceux qui connaissent le terrain antique local comme la Société archéologique de Béziers. Toutes ces compétences étaient représentées aujourd’hui pour cette première réunion du conseil scientifique. Son rôle est de contrôler et d’amender Béziers Antique. Ce n’est pas une simple chambre d’enregistrement. Notre premier travail a été d’établir une charte, qui nous imposera des règles.
Et quelles sont-elles ?
La première d’entre elles est de ne pas bâtir une ville au plus vite pour l’ouvrir au public. Le but est de venir voir un chantier didactique, avec les savoir-faire de l’époque. Je suis Nîmois et quand je vois nos arènes la première question que je me pose c’est : comment ils ont construit ça ? Là on aura la réponse.
Reproduire à l’identique, est-ce vraiment possible ?
Nous savons beaucoup de choses, mais il faudra tenir aussi compte des règles du XXIe siècle. Pour ceux qui vont travailler, comme pour les visiteurs, on devra évidemment respecter les normes de sécurité d’aujourd’hui. L’esclavage, courant à l’époque romaine, n’existe plus. Et s’il y a des animaux sur le site, c’est en discussion, il faudra bien sûr respecter le bien-être animal.
Béziers Antique veut se faire connaître
Pour faire connaître son projet, l’Agglomération a prévu plusieurs actions auprès des habitants. L’Office du tourisme va ainsi mettre en place un parcours, avec des visites guidées, pour faire découvrir le patrimoine antique de la ville. Souvent méconnu, il ne se limite pas à l’amphithéâtre romain de la rue de Moulin-à-l’Huile. Une association est aussi en cours de constitution pour rassembler les personnes concernées ou intéressées par Béziers Antique. Enfin, le week-end du 12 juillet, l’association Fabri Tignuari fera des démonstrations de construction romaine sur les Allées.
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