Bon salaire, bon dossier, mauvais prénom : comment Samia s’est sentie "humiliée" et discriminée en cherchant un appartement
Samia nous raconte comment elle a été victime de discrimination pour accéder au logement en Occitanie. D’abord pour de la location, puis pour un achat. Le dossier de la jeune femme est pourtant excellent. Selon elle il n’y avait qu’une ombre au tableau : son origine maghrébine. Et ce ne serait pas étonnant. SOS Racisme publiait ce week-end un rapport dans lequel il estimait à 48 % la part d’agences immobilières qui acceptent ou facilitent les discriminations raciales.
Pourquoi ce témoignage est anonymisé
À la demande de la jeune femme, son prénom a été modifié. Depuis la publication de cet article, elle fait l’objet de propos haineux intolérables. Midi Libre a fait le choix d’accéder à cette demande et condamne fermement ces agissements, qui n’ont pas leur place dans le débat public. La liberté d’expression ne saurait servir de prétexte aux insultes racistes, menaces ou intimidations.
"Je me suis sentie humiliée." Lors de sa recherche de logement en Occitanie, d’abord en location, puis pour acheter un an plus tard, Samia, qui gagne près de 4 000 euros nets par mois, a été refusée partout. Les agences immobilières qu’elle a contactées sont toutes devenues méfiantes en entendant son nom à consonance arabe. Née en France de parents algériens, la jeune femme de 27 ans estime avoir été reçue comme une étrangère dont on ne veut pas. Une situation qui corrobore les récents chiffres publiés par SOS Racisme : 48 % des agences immobilières accepteraient ou faciliteraient les discriminations raciales.
Dossier béton
Alors âgée d’une vingtaine d’années, Samia est arrivée en Occitanie pour commencer un CDI payé entre 3 800 et 4 000 euros nets par mois. Un salaire mirobolant pour beaucoup. Elle s’est rapprochée de plusieurs agences immobilières pour trouver un appartement en location. "C’est à partir du moment où on commençait à remplir le dossier, quand je devais donner mon nom de famille… J’ai senti beaucoup de méfiance, beaucoup de défiance, beaucoup d’agressivité. Je me suis sentie humiliée." Elle a beau gagner dix fois le prix du loyer, on lui refuse le logement à 360 euros par mois. Samia devra demander à son entreprise de plaider en sa faveur pour que l’agence courbe l’échine.
Un an plus tard, rebelote. Cette fois-ci, la jeune femme veut acheter. Son dossier est bétonné : "Fiches de paie régulières, CDI, compagnon devant s’installer avec moi, lettre de recommandation bancaire, étude de faisabilité validée par ma banque et mon courtier…", énumère la jeune femme. Elle fera sept agences, les sept refuseront ses demandes.
Connivence et racisme d’ambiance
Quand elle appelait des agences sans donner son nom, elle observait davantage de sympathie, mêlée à une connivence très douteuse : "Certaines agences avaient des propos très déplacés contre certaines communautés. Et quand je leur disais que je n’acceptais pas de tels propos, ils me disaient que c’était moi qui avais mal compris. Il y en a un qui m’a sorti : 'Moi, vous savez, je fais du rugby, et il y a toutes les couleurs dans le rugby…'" Elle s’étonne encore que lorsque les agents pensaient parler à une blanche, ils faisaient preuve d’un racisme décomplexé : "C’est sûr que quand on parle à une personne blanche, on peut se permettre de dire n’importe quoi", ironise la jeune femme.
Samia est rationnelle. Pour mettre à l’épreuve la discrimination qu’elle pensait subir, elle a comparé sa situation à celle de son compagnon, qui lui n’a pas un nom à consonance maghrébine. Il a fait office d’échantillon témoin. "Lui, on le rappelait, on lui envoyait les newsletters pour suivre les annonces…" Pour lui, qui n’est pas d’origine maghrébine, ça marche. Finalement, la jeune femme est parvenue à acheter un bien en croisant, par hasard, un agent immobilier dans la rue.
"C’est fou, souffle Samia. Je connais des villages où on est la seule personne racisée… Mais c’est la première fois que je me sens autant humiliée. Je pensais qu’avec un travail, de l’argent, ça irait. Mais peu importe combien on gagne, peu importe ce qu’on fait… On ne sera jamais assez." Celle qui est née en France, qui a grandi en France, qui travaille en France, est vue comme une étrangère qui dérange dans son propre pays. "Je vais m’en aller, cède-t-elle. Ces discriminations… Elle souffle. C’est juste que les gens sont comme ça. C’est juste un reflet de la société. Pour avoir beaucoup voyagé, je n’ai vu ça qu’ici. Et c’est ce qu’on voit dans le rapport de SOS Racisme." C’est dire… Cette brillante jeune femme souffre trop ici et envisage de quitter son propre pays à cause du racisme.
Une formation obligatoire pour les agents
Interrogée par Le Parisien au sujet du rapport de SOS Racisme, Aurore Bergé a rappelé que "la discrimination (était) illégale" et estimé que "le chemin (était) encore long". La ministre a annoncé la généralisation d’une formation obligatoire sur les discriminations pour l’ensemble des agents immobiliers. Aujourd’hui, cette obligation ne concerne que les titulaires d’une carte professionnelle, soit moins d’un agent sur deux.