Cancer de la prostate : "La prévention, c’est vital"… En ce "Movember", le témoignage fort du maire de Cazouls-lès-Béziers
En ce "Movember", mois de la sensibilisation sur les cancers masculins, le maire de Cazouls-lès-Béziers a décidé de raconter sa lutte récente contre le cancer de la prostate. Des paroles fortes.
Vous avez lutté en début d’année contre un cancer de la prostate. D’abord, comment allez-vous ?
Bien. J’ai eu de la chance, si l’on peut dire, que ce cancer soit diagnostiqué très tôt. Il n’était pas à un stade très avancé, ce qui a permis, grâce à une opération six mois plus tard, d’en venir à bout, même si pendant cinq ans, je vais évidemment rester sous surveillance, avec des prises de sang régulières.
C’est cette "chance" qui vous pousse à témoigner ?
Oui. Cette expérience m’a montré combien il est essentiel de réaliser des contrôles réguliers. Pour ma part, tout a commencé par une banale prise de sang, un peu après mon 60e anniversaire, afin de vérifier que tout allait bien. Les analyses ont révélé un taux de PSA (qui mesure la teneur en antigène prostatique spécifique dans le sang, NDLR) de 5 ng/ml, légèrement supérieur au taux de 4 ng/ml qui peut indiquer la présence d’un cancer de la prostate. Je n’avais pourtant aucun signe avant-coureur, je ne réveillais pas la nuit pour uriner par exemple, et je me sentais en pleine forme.
Le spécialiste m’a laissé quelques semaines de réflexion, et après en avoir parlé avec ma famille, j’ai opté pour l’opération, étant donné que les deux autres options ne permettent plus, en cas de récidive, de revenir à ce premier choix.
Que s’est-il alors passé ?
Mon urologue a préféré mener des investigations et si l’échographie n’a rien montré, une IRM a confirmé la présence d’un nodule. C’était le 27 septembre 2024, le jour de l’anniversaire de ma fille. Fin novembre, une biopsie a confirmé la présence de cellules cancéreuses, je suis donc rentré alors dans un protocole de soin. Il m’a été proposé trois thérapies : l’opération qui permet d’enlever une partie de la prostate ; la radiothérapie à raison de cinq séances toutes les trois semaines pendant trois mois ; la curiethérapie qui consiste à irradier, de l’intérieur du corps, la tumeur. Après m’avoir expliqué les avantages et les inconvénients de chaque thérapie, le spécialiste m’a laissé quelques semaines de réflexion, et après en avoir parlé avec ma famille, j’ai opté pour l’opération, étant donné que les deux autres options ne permettent plus, en cas de récidive, de revenir à ce premier choix.
Dans quel état d’esprit êtes-vous quand tombe le diagnostic ?
Je m’étais souvent posé la question, jusque-là, de ma réaction face à la maladie. Finalement, le temps entre l’IRM et le diagnostic m’a permis de me préparer psychologiquement. L’urologue m’avait dit que la présence d’un nodule laisse généralement peu de doute. Ce ne fut donc pas un choc, même si ce n’est jamais facile à encaisser. En revanche, j’étais plus inquiet de l’annoncer à mes enfants. J’ai essayé de les rassurer en leur disant que le médecin lui-même avait été rassurant.
Le soutien des proches, c’est aussi une thérapie ?
L’entourage familial, amical, cela compte beaucoup en effet. Et mon rôle de maire a joué aussi. Je l’ai évidemment annoncé à mon équipe municipale et quelques jours après, beaucoup dans le village (un peu plus de 5 000 habitants, NDLR) avaient connaissance de l’épreuve que je devais affronter. Ainsi, lors du repas des aînés, ce sont eux qui me demandaient comment j’allais. Je n’ai reçu que de la bienveillance. Ce qui compte aussi beaucoup, c’est la relation de confiance envers son thérapeute.
Comment vit-on jusqu’à l’opération ?
Le plus normalement possible. En tout cas, jusqu’à la veille du rendez-vous, le 19 mars dernier, j’étais en mairie. J’ai même présidé le conseil municipal qui votait le budget le 18 mars au soir. Cela m’a permis aussi de penser à autre chose, je crois que c’est nécessaire.
Et après ?
Il y a normalement trois mois de repos, mais j’ai préféré revenir en mairie six semaines plus tard car je me sentais bien, une fois passée la fatigue liée à l’opération. En revanche, je n’ai pas lésiné sur la rééducation qui consiste surtout à muscler le périnée. Je l’ai commencé avant, à la fois avec le kiné et même régulièrement au cours de la journée. Cela m’a permis de ne souffrir d’aucune incontinence, ce qui est souvent un effet secondaire de ce cancer.
Je peux le garantir : tout cela n’obère aucune faculté masculine (sourire).
Rien n’est tabou pour vous dans votre récit…
Absolument rien. Je crois vraiment nécessaire de dédramatiser tout cela. D’ailleurs, et parce que beaucoup d’hommes me le demandent, parfois avec une gêne, je peux le garantir : tout cela n’obère aucune faculté masculine (sourire).
Que retenez-vous de cette expérience ?
Beaucoup de leçons. Déjà, qu’être confronté à ce type d’épreuve change ta vision de la vie ; il y a un avant et un après. Mais aussi que nous avons la chance de vivre dans un pays où le système de santé, quoi qu’on en dise, est performant. Enfin, je me répète, mais que la prévention, c’est vital. Il faut réaliser régulièrement des contrôles. Sans cette prise de sang, et même si le cancer de la prostate fait partie de ceux qui se soignent le mieux, mon histoire aurait pu être très différente.
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