Municipales 2026 à Lodève : "On voulait rester vivants", la maire sortante de Celles résume ses trois décennies d’élue
Au Salagou, après 30 ans à la tête du village sauvé des eaux, Joëlle Goudal tourne la page de la politique.
Elle conte une bataille longue comme un jour sans pain. Un demi-siècle de combats menés pour sauver le village des eaux, conserver son indépendance, en récupérer le foncier, le protéger de la spéculation, de la pression touristique… Au bord d’un lac longtemps honni, l’histoire de Celles n’aura pas été un long fleuve tranquille. Aujourd’hui enfin, le village renaît de ses cendres et voit de nouveaux habitants s’y enraciner. Comme si, dans ce vieux décor où nombre de films ont été tournés, un réalisateur fantasque avait finalement décidé d’enregistrer de nouvelles scènes, bien réelles, jusqu’à plus soif.
" À l’époque, personne n’y croyait", Joëlle Goudal.
"On voulait montrer que nous étions vivants", confie Joëlle Goudal pour résumer toutes ces batailles. Au crépuscule de sa vie politique, à 61 ans, après cinq mandats à la tête de cet irrésistible village de Gaulois, la fille de “Riri” qui mena la fronde contre ce foutu barrage, tourne la page. Elle ne sera plus maire de Celles. "Je l’ai été pendant 30 ans, mon ego va en prendre un coup, rigole-t-elle. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus un combat, c’est une autre page qui s’écrit, on est accompagné. À l’époque en revanche, c’était différent, parce que personne n’y croyait", glisse-t-elle.
Elle raconte les expropriations dans les années 60, les camions anonymes qui venaient, la nuit, pour piller les tuiles, les matériaux de construction. À l’époque, les autorités souhaitaient que le village fantôme soit rattaché à une autre commune. Le maire de Clermont, Marcel Vidal, levait le doigt. "Nous avons joué au chat et à la souris", explique-t-elle. Son père, fait diversion, simule un rattachement avec Octon puis avec le Puech pour gagner du temps. "On a joué la montre", dit-elle.
Au mitan des années 80, l’affaire va être portée devant la justice avec l’association "Sauvons Celles". Des couples avec enfants sont logés en urgence dans des logements communaux et signent des baux avec le Département encore propriétaire. "Au début, il n’y avait même pas encore de portes !", s’amuse-t-elle. En 1990, le conseil d’État se prononce en faveur du maintien d’un village où la communauté reprend vie.
Exister à tout prix
Pour affirmer son élan vital, le village fait feu de tout bois, un regain qui passe aussi par l’action culturelle. "On cherchait, par tous les moyens, à montrer que nous étions vivants. Il n’y avait rien eu depuis des années et, la première fois que nous avons fait un bal, cela a été incroyable." En 1993, le festival Rock’N’Ruffes est créé. En 1995, Celles voit débarquer Zebda, Ludwig Von 88 ou NTM sur les rives du lac rouge… L’énergie, les témoignages de soutien marquent les esprits.
Succédant à son père (maire de 1971 à 1995), Joëlle Goudal devient maire en 1995. À force d’insistance, elle parvient à faire refaire la route qui irrigue le village : "J’étais une femme, probablement la plus jeune maire du sud de la France, une punkette à la tête d’un village de dix habitants, ma parole ne pesait pas lourd." Mais, opiniâtre, celle qui se définit comme "une tête de mule", obtient du président du Conseil général de l’époque, Gérard Saumade, qu’il valide la réduction de la cote maximale du lac de 142 m à 139 m. En 1996, Celles est définitivement sauvée des eaux, son avenir s’éclaire.
Un exemple unique en France
Mais faire renaître le village n’est pas une mince affaire. La jeune élue parcourt les instances pour réclamer la réhabilitation des maisons. Un jour, face à son obstination, un sous-préfet de Lodève tape du poing sur la table et la tance en public : "Il a dit : “madame Goudal, cela suffit, je ne veux plus vous entendre. Que voulez-vous à Celles ? Réhabiliter c’est une finalité, pas un projet ! Si vous voulez que l’on fasse quelque chose, écrivez un projet, ensuite nous en parlerons…” Il a été cassant." Cassant mais limpide. Depuis lors, les esquisses de projets se succèdent. Inlassablement la copie est revue, corrigée. La philosophie demeure*. "On a toujours fait les choses comme on le voulait. Il fallait être un peu zinzin pour dire que l’on refusait la spéculation foncière sur un lac où passent 400 000 personnes par an dont 60 000 sur la place. On n’est jamais rentré dans les cases, mais on a fini par y arriver. " In fine, entre propriété et location, une troisième voie émerge : le bail à usage d’une durée de 35 ans. Le premier bail est signé en 2019 (voir ci-dessous). Le foncier, détenu par la mairie est cédé au fonds de dotation qui le sécurise. La Caisse des dépôts a financé la moitié de l’étude pour monter le fonds de dotation. "Car ce que nous avons fait ici est transposable ailleurs. Cela a été tout un cheminement, mais aujourd’hui, Celles est un exemple unique en France, il n’y a pas de précédent en Europe. Nous sommes arrivés à cela grâce à toute l’équipe", salue-t-elle soulignant, aussi, l’accompagnement du Département.
Apaisée après 50 ans de luttes
Plus d’un demi-siècle après les expropriations, Joëlle Goudal savoure. "Nous avons posé toutes les fondations. Je trouve que j’ai fait mon job, j’ai été portée par les habitants. Nous étions dix, aujourd’hui nous sommes 54, bientôt, 62… Je ne suis pas sûre d’être un bon maire avec davantage d’habitants." Elle ne sera pas, non plus, simple conseillère municipale : "Je serai trop pénible. Et je suis très fière de l’équipe qui monte. J’ai vraiment confiance en eux. J’avais leur âge quand j’ai commencé. Aujourd’hui, je suis un tyrannosaure. Pour moi, c’est extinction des feux, c’est vraiment le moment !" Le moment, aussi, de profiter pleinement de ses deux petites filles. "Je veux pouvoir passer du temps avec elles." Après un demi-siècle de batailles, l’ancienne “punkette” de Celles semble aujourd’hui, enfin, apaisée.

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