D’Avignon à Uzès, La Botte rouge, une saga familiale de chausseurs commencée il y a près d’un siècle et demi à Bagnols-sur-Cèze

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  • Elise Pelorjas, avec la botte cavalière qui a servi de modèle pour le logo de l’enseigne, ici dans la boutique historique de Bagnols-sur-Cèze.
    Elise Pelorjas, avec la botte cavalière qui a servi de modèle pour le logo de l’enseigne, ici dans la boutique historique de Bagnols-sur-Cèze. C.B.
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Elise Pelorjas est la quatrième génération à la tête de La Botte rouge, qui regroupe plusieurs boutiques d’Uzès à Avignon, dont l’adresse historique est à Bagnols-sur-Cèze. C’est là que tout a commencé il y a près d’un siècle et demi.

La Botte rouge est une histoire familiale, depuis près d’un siècle et demi. "Mon arrière-grand-père, Aubin Ribière avait ouvert une cordonnerie au 29 rue de la République à Bagnols à la fin du XIXe siècle qui s’appelait déjà La Botte rouge. On n’a pas la date de création de la boutique. Sur les registres officiels, c’est noté au 1er janvier 1900" se souvient Elise Pelorjas, quatrième génération à la tête de ce qui est devenu un groupe de plusieurs boutiques d’Uzès à Avignon. Une histoire de femmes aussi.

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Alors que le cordonnier bagnolais revient invalide du front, à la fin de la première guerre mondiale, sa femme Alexandrine, qui l’avait remplacé durant le conflit, lui succède dans l’échoppe et développe l’activité de chausseur. Avec l’aide de sa fille, Régine, elle déménage à quelques pas de là, au n° 55, l’adresse actuelle de la boutique du centre-ville de Bagnols-sur-Cèze. "Elle avait acheté l’immeuble et habitait l’étage" précise son arrière-petite-fille.

Quand Régine prend la relève, son mari, Marcel Pelorjas, la rejoint dans l’entreprise et la boutique prend encore de l’ampleur. Avec la création d’un autre magasin à Orange, Clopie shoes "dans les années 70" et le rachat d’une institution avignonnaise, La Mule du pape, réputée notamment pour ses pantoufles. "C’est l’un des plus vieux commerces d’Avignon avec la chapellerie Mouret" créée, elle, en 1860.

La grand-mère d’Elise, décédée en 2019, "était une femme d’affaires, à l’époque ce n’était pas évident pour une femme ! Je suis admirative de la carrière qu’elle a eue". La croissance de l’entreprise familiale se poursuit avec le père d’Elise, Pierre, et sa femme, Sylvie, et l’ouverture d’Alteo à Uzès en 1989, BR confort toujours rue de la République. Le couple d’entrepreneurs, visionnaire, comprend dans les années 2000 que le tournant à prendre passe par les grandes surfaces en périphérie des villes. Ce sera Chauss’30 à Bagnols-sur-Cèze, puis Chauss’26 à Montélimar, avec leurs 500 m2 de surface.

"J’ai appris la valeur travail, la persévérance"

"J’ai commencé à travailler avec mes parents en 2015. C’est là que j’ai appris la valeur travail, la persévérance… Puis j’ai essayé les grands groupes, mais je n’avais pas la même liberté. Mon père m’a dit de les rejoindre…" explique Elise Pelorjas. Une évidence pour la jeune femme. "La Botte rouge, c’est mon refuge. Je peux monter les escaliers les yeux fermés !" s’amuse-t-elle. Là où plusieurs générations de sa famille ont grandi, là où les Bagnolais se chaussent depuis des décennies. "On connaît les goûts de nos clients".

Humant l’air du temps, elle crée le site internet de l’enseigne, décide de la modernisation du logo – inspiré du modèle d’une botte cavalière classique toujours en rayon – et uniformise le nom des magasins dans toute la vallée du Rhône : La Botte rouge pour tous, sauf l’historique et indémodable Mule du pape. Comme un clin d’œil aux femmes qui ont bâti La Botte rouge, les employées sont des femmes, "on n’a qu’un seul homme. On est un girls gang !" sourit-elle.

"C’est incroyable de pouvoir écrire la suite de mon histoire familiale. J’en suis très fière" confie la trentenaire qui sait pourtant qu' "être entrepreneur demande une grande dévotion, on fait pas mal de sacrifices". Malgré les difficultés des commerces au centre-ville, – "à Orange, à Avignon, ça souffre aussi" –, pour rien au monde elle ne voudrait fermer la boutique historique de la rue de la République. "C’est un patrimoine bagnolais". D’autant que l’enseigne est "le dernier chausseur de la ville. Dans les années 80, il y en avait une quinzaine…". Afin que La Botte rouge poursuive sa belle aventure, "il faut s’adapter", comprendre les évolutions du marché, comme l’ont fait les femmes depuis son arrière-grand-mère.

En matière de chaussures, "en France, on a tout perdu à part le luxe"

Elise Pelorjas est une passionnée de chaussures. "J’en ai entre 200 et 300 paires…" glisse la cheffe d’entreprise qui se déplace beaucoup dans les salons pour trouver ses collections. "Avant le Covid, je suis allée plusieurs fois en Chine. J’ai beaucoup voyagé en Europe". Des déplacements professionnels qui lui permettent de rencontrer des fournisseurs et de choisir sa marchandise. "Mon mantra, c’est de trouver le meilleur rapport qualité prix. On a une centaine de fournisseurs. Les vieilles usines italiennes ont des cuirs exceptionnels" apprécie la jeune femme qui regrette qu’en France, "on ait tout perdu à part le luxe". En Europe, sur le marché de la fabrication de chaussure, "L’Espagne revient bien, le Portugal est toujours performant" constate la cheffe d’entreprise.

 

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