"De 10 à 15 % en moins sur la facture" : comment avec la thalassothermie, l’eau de mer chauffe ou refroidit les bâtiments

Publié le , mis à jour

Par la captation des calories de l’eau de mer, il est possible de chauffer des habitats et de les refroidir. Une énergie renouvelable vertueuse mais onéreuse à la construction. Exemple à La Grande-Motte (Hérault) dont un quartier et des bâtiments publics utilisent la thalassothermie depuis quelques semaines alors que des projets se développent, notamment à Sète ou dans les Pyrénées-Orientales.

De la cuve remplie dépassent trois grosses pompes, une par tuyau, qui vont acheminer l’eau de mer tout juste captée à quelques mètres de là. Près de la capitainerie de La Grande-Motte (Hérault), le local Motteo de 300 m2 borde le littoral pour mieux exploiter cette ressource infinie pour une petite révolution énergétique vertueuse : la thalassothermie.

"Le principe de cette EMR, énergie marine renouvelable, est de prélever des calories de la mer pour alimenter en source chaude ou froide les bâtiments", synthétise Fabrice Tenneson, directeur régional Méditerranée de Dalkia, filiale d’EDF, qui gère Motteo, tournant désormais à plein régime, huit mois après son inauguration.

L’eau de mer, pour partie, permet aujourd’hui à l’équivalent de 2 000 habitants de la station balnéaire de se chauffer cet hiver, de prendre des douches chaudes et, si la canicule revient cet été, a contrario, de déclencher la climatisation pour se rafraîchir…

L’eau pompée dans le port arrive donc dans le local où elle est d’abord filtrée, "c’est-à-dire qu’elle est nettoyée de tout ce qui est moules, huîtres et autres coquillages", indique le technicien qui supervise les opérations en montrant les tuyaux. L’eau de mer arrive ensuite sur un échangeur, un ingénieux boîtier rectangulaire en titane d’un mètre de long sur 30 cm. De l’autre côté est raccordé un second réseau, une boucle d’eau tempérée (BET), qui vient capter les calories de la mer. Sans que les liquides se touchent.

Dans le local de Motteo à La Grande-Motte, qui utilise la thalassothermie.
Dans le local de Motteo à La Grande-Motte, qui utilise la thalassothermie. Midi Libre - SYLVIE CAMBON

"On prélève les calories pour les transférer à la boucle d’eau tempérée, mais on ne prélève rien sur la mer d’autres que son énergie. Elle est ensuite rejetée dans le port", poursuit Fabrice Tenneson. La BET revigorée part ensuite alimenter les sous-stations dans les immeubles avec pompe à chaleur.

Monaco précurseur dans les années 60

Ce système a été éprouvé par divers énergéticiens à La Seyne-sur-Mer (Var), comme à Marseille, bientôt à Sète, Canet-en-Roussillon (P-O) ou encore à Cannes qui vient de l’annoncer, alors qu’à Monaco, la principauté est précurseure… Depuis les années 60 ! Pourquoi ce soudain engouement ? La guerre en Ukraine n’y est pas étrangère.

"Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur que cela prend. Il y a eu un regain d’intérêt après la crise énergétique, certains ont été très impactés par le prix du gaz", éclaire le directeur régional Méditerranée de Dalkia. Qui énumère les avantages : la thalassothermie remplace le gaz, cette énergie fossile qui accentue le réchauffement climatique, elle est produite localement, elle peut garantir un prix stabilisé et offre même un tarif moins élevé que le gaz. "De 10 à 15 % en moins sur la facture, et ce sont 1 800 tonnes de CO2 émises en moins chaque année, c’est comme si on enlevait 900 voitures de la circulation à La Grande-Motte" assure Fabrice Tenneson. À noter qu’il faut quand même 30 % d’électricité pour que le système fonctionne.

Quand à l’impact sur la mer, il serait quasi nul, confirme un rapport détaillé du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) datant de 2025. Il dresse un état des lieux des sites potentiels de développement de cette technologie.

"À ce jour, le retour d’expérience réalisé révèle qu’aucun impact environnemental n’a été démontré sur ces projets mais il y a des préconisations de l’État vis-à-vis des rejets et la présence de sites préservés", peut-on y lire. Traduction : l’eau reversée ne doit pas atteindre 30°, sous peine de canicule marine désastreuse pour la biodiversité, et ne doit pas côtoyer des zones sensibles et protégées.

Le coût financier, l’autre grand frein

À La Grande-Motte justement, où la mairie et le centre culturel sont désormais connectés au réseau depuis fin 2025, en attendant le palais des congrès, les écoles, le casino et 250 logements à venir dans le cadre du projet ville-port, la municipalité s’était positionnée voilà déjà presque dix ans.

Une trentaine de projets, 22 sur le littoral de Méditerranée

Le Cerema a recensé 31 projets en France Métropolitaine de thalassothermie (la géothermie puise, elle, la chaleur dans les sous-sols) dont 22 sur la façade méditerranéenne et la Corse. Seulement 11 sont en exploitation et alimentent des bâtiments ou des quartiers. Canet-en-Roussillon (aquarium), Agde sont en cours comme Gruissan (pour un éco-quartier) ou encore Leucate. Que ce soit de simples bâtiments ou des quartiers tout entier, selon les investissements. Fin 2026, c’est dans la zone Est de Sète que Dalkia va inaugurer sur des bâtiments – activités tertiaires et habitat – ce système, "Sète, c’est le début de l’aventure" se réjouit Fabrice Tenesson, directeur régional Méditerranée de la filière d’EDF.

"Nous étions allés voir ce qu’il se faisait à Monaco, et pour favoriser la transition énergétique, nous avons lancé l’appel d’offres mais le Covid nous a ralenti", rembobine Stephan Rossignol, le maire. Une autre contrainte a prolongé l’attente : pour valider son montage financier, l’opérateur avait besoin de se raccorder à 80 % des immeubles sur le périmètre du port. "Il y a eu des discussions, des copropriétaires n’étaient pas tous d’accord", rappelle l’élu, heureux que ce projet n’ait coûté à sa ville que des travaux de voirie.

Car le coût financier est l’autre grand frein au développement de cette EMR. Les investissements sont lourds : 13,80 M€ pour Motteo par exemple. La Région Occitanie a mis la main à la poche – 1,4 M€ – et surtout l’Ademe (agence de la transition écologique), sous tutelle des ministères de la Transition énergétique et de la Mer, à hauteur de 7 M€. Les énergéticiens guettent aujourd’hui la baisse ou le maintien de ces aides indispensables à l’heure où l’instabilité politique menace le développement de la thalassothermie.

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Les commentaires (4)
Anonyme209290 Il y a 5 jours Le 31/01/2026 à 13:02

Les termes sont une gabegie, peu importe comment on l'emballe, il faut faire payer le coût réel aux curistes, pas à la sécu!, vous allez voir comment le taux de fréquentation du tout gratuit va descendre de façon vertigineuse!

dupont Il y a 10 jours Le 26/01/2026 à 12:36

Le véritable danger qui menace les thermes de Balaruc ne réside pas seulement dans le déremboursement des cures thermales, mais surtout dans le projet porté par la ville de Sète et adopté en conseil municipal le 23 juin 2025.
Ce projet de réseau de chaleur prévoit, en réalité, de puiser l'eau chaude thermale pour alimenter en chauffage plusieurs immeubles collectifs.
Étonnamment, personne n'a soulevé les risques que cela implique, ni M. Canovas, vice-président de l'Agglo, ni les membres du conseil municipal de Balaruc-les-Bains.
Pourtant, sous la municipalité Y. Marchand, un projet de pompage similaire avait été envisagé puis rapidement abandonné, tant il représentait une menace majeure pour l'avenir des thermes de Balaruc. « Après moi le déluge »...

ZOBILAMOUCHE Il y a 10 jours Le 26/01/2026 à 09:30

On peut faire de même avec la température du cerveau de PurHexagonal, il pourrait chauffer une ville comme Montpellier, par contre pour le refroidissement, la, il va avoir un problème, à part qu'il mette plus de glaçons dans son jaune, ah, ah, ouille!
Inch'allah.
Cordialement Pur Rain.