"Détonations nocturnes, gaz hautement inflammable…" : dans le Gard, des canons anti-grêle suscitent l’inquiétude des riverains
À Vauvert, près de Nîmes, Pascal Pelorce se bat contre l’utilisation de ce qu’il qualifie d'"équipement industriel" par l’exploitant arboricole limitrophe de sa propriété. Ancien ingénieur des mines devenu vigneron, le sexagénaire s’inquiète plus particulièrement du stockage au pied de chacun de ces canons à grêle de près d’une dizaine de mètres de hauteur, de bombonnes contenant des quantités importantes d’acétylène (C2H2) indispensables à leur fonctionnement. Ce gaz extrêmement inflammable susceptible "d’exploser spontanément sous l’effet d’une élévation de température ou de pression, même en l’absence d’oxygène", selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
En cette matinée froide et ensoleillée à l’extrême sud de Vauvert, les dégradés de couleurs sur les arbres et les vignes donnent aux collines leur teinte si singulière. Dans ce cadre idyllique, au cœur de cette nature préservée classée Natura 2000 de la Petite Camargue, Pascal Pelorce, 66 ans, assure pourtant vivre un calvaire. "Ça a commencé par des nuisances sonores. Des détonations type décollage d’avion ou tir au boulet de canon. En continu, notamment la nuit, sur toute une demi-heure, parfois plus !", entame l’ancien ingénieur des mines aujourd’hui retraité.
C’est en avril 2024 que ce propriétaire de sept hectares de terres et sept autres de vigne n’a pu que constater que son voisin exploitant arboricole, s’était équipé sans préavis de six canons antigrêle. "Six autres ont par ailleurs été installés dans un rayon de 5 km, à Gallician et sur la commune voisine de Beauvoisin" complète Pascal Pelorce.
Risque pour les personnes ?
Dispositif dont l’efficacité demeure à ce jour scientifiquement contestée, le canon à grêle reste néanmoins prisé de certains agriculteurs dans l’espoir de préserver leur exploitation de la grêle. Fonctionnant grâce à la détonation d’acétylène (C2H2), ce dispositif sous pression crée et propulse à la verticale une onde sonore surpuissante, supposée "éclater" les grêlons présents dans les nuages et réduire dès lors les dommages qu’ils provoqueraient une fois tombés au sol.
Laissant de côté leur impact environnemental potentiel, notamment sur la faune ornithologique locale (l’Outarde canepetière, espèce protégée, a notamment pour coutume de nicher dans le secteur, NDLR), Pascal Pelorce craint plus précisément aujourd’hui que ce qu’il qualifie de véritable "installation industrielle" le soumette lui et sa famille à un risque réel et ce, dans l’indifférence de l’administration locale.
Matière explosive, danger électrique, produit inflammable…
À 500 mètres de sa propriété grand maximum, apposés directement sur l’imposant canon à grêle blanc le plus proche (photo), des panonceaux adhésifs aux couleurs vives signalent effectivement la présence de matière explosive, d’un danger électrique et de produits inflammables. D’autres enjoignent à quiconque de ne pas s’approcher, de ne surtout pas fumer ou encore de s’équiper impérativement de protection acoustique. "À chaque tir, le niveau sonore atteint les 130 décibels !", assure Pascal Peloce qui regrette qu’aucune mention de la présence d’Acétylène ne soit clairement mentionnée à l’entrée grillagée du local accolé au canon.
Dans ce local justement, huit bouteilles sous pression bien visibles sont donc stockées quasiment à l’air libre. En dépit du fait qu’elles contiennent pourtant une dizaine de kilos chacune de ce gaz, indispensable au fonctionnement du canon à grêle, mais décrit aussi, notamment par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), comme "extrêmement inflammable" et susceptible "d’exploser spontanément sous l’effet d’une élévation de température ou de pression, même en l’absence d’oxygène".
Saisine de la justice
"Lorsque je suis allé voir la police municipale, personne n’était au courant de la présence de cette nouvelle infrastructure érigée sur une dalle de béton sur la parcelle agricole voisine de la mienne. Ni de ce stock de matière dangereuse à quelques centaines de mètres de mon domicile. Il en a été de même à la mairie !", s’étonne encore Pascal Pelorce qui, depuis, assurer frapper en vain à toutes les portes (Préfecture, Dreal, France nature environnement…).
"Que nous arrivera-t-il si ce canon à grêle se retrouve frappé par la foudre, ou par un tir de chasseur ? Si un terrible incendie survient ici comme en 2019 à Générac, ou si l’on se retrouve l’été prochain frappé par des températures caniculaires", interroge, très inquiet, le retraité qui, faute de réponse, se tourne désormais vers la justice.
Afin que son préjudice lié aux nuisances sonores qu’il dit subir désormais soit d’une part reconnu. Mais aussi – et surtout – pour faire indemniser et surtout cesser, le risque industriel que son voisin fait désormais, selon lui, peser au quotidien, de jour comme de nuit, sur lui et sa famille.
Katy Guyot : première adjointe au maire de Vauvert : "s’il le faut, on aura recours à des mesures juridiques"
Du côté de la mairie de Vauvert, Katy Guyot, première adjointe en charge de l’urbanisme, indiquait le 5 décembre que la municipalité avait enjoint au propriétaire du canon à grêle litigieux de fournir dans un délai de six mois une étude "indépendante", s’agissant de l’impact sonore et des risques potentiellement associés à l’usage de ces machines. "En cas de risque avéré pour les personnes, ou en l’absence de réponse à notre demande une fois le délai précité échu, le maire n’hésitera pas à se tourner lui aussi vers la justice ", assure-t-elle.
"La sécurité d’un produit relève de la responsabilité de son fabricant !"
Dans ce dossier, l’avocat du voisin de M. Pelorce mis en cause, tient lui de son côté à rappeler, s’agissant tout d’abord des nuisances sonores alléguées, que plusieurs canons à grêle appartenant à différents propriétaires sont implantés dans le secteur, qu’une expertise est en cours notamment pour déterminer d’une part la réalité d’un trouble du voisinage allégué et, d’autre part, à supposer que ce trouble soit effectivement établi, qu’il soit imputable au canon à grêle de son client.
" S’agissant d’un éventuel risque pour la sécurité des biens et des personnes, mon client n’est qu’arboriculteur… Il est légitimement en droit de penser que le canon à grêle qu’il a acheté sans aucune difficulté, répond à l’ensemble des normes de sécurité ayant abouti à sa mise sur le marché", complète le conseil, avant de rappeler : " la sécurité d’un produit ne relève en aucun cas de son propriétaire, mais bien de son fabricant".
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