"On donne de l’argent pour compenser, mais il n’y a aucune vision sur l’avenir" : une année en demi-teinte selon la Confédération paysanne du Gard

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  • Rassemblée à l’Urban Parc le 5 février, la Confédération paysanne du Gard a fait un bilan de l’année.
    Rassemblée à l’Urban Parc le 5 février, la Confédération paysanne du Gard a fait un bilan de l’année. Midi Libre - LUCAS MASSOT
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Réunie en assemblée générale à l’Urban Parc d’Alès, la Confédération paysanne du Gard a dressé un constat sans détour de la situation agricole. Crise du revenu, modèle à bout de souffle, sentiment de ne pas être entendu par l’État… Mais aussi renouvellement des générations et émergence de nouvelles formes d’agriculture. 

"On vit des mois et des années… particulières pour l’agriculture", hésite Simon Le Berre. La Confédération paysanne du Gard tenait, ce jeudi 5 février, son assemblée générale à l’Urban Parc, à Alès. L’occasion, pour le syndicat, de rappeler qu’il défend depuis longtemps "une alternative" à un modèle agricole jugé destructeur pour les paysans comme pour les territoires.

Un modèle agricole à bout de souffle

Au cœur des inquiétudes, le revenu. "Le métier de paysan est en train de disparaître de nos paysages", alerte Simon Le Berre, vigneron au mas Dervenn (Martignargues). Un constat tout sauf récent, mais répété depuis plusieurs années. Une perte sociale que le paysan compare à la boulangerie : "Le paysan, historiquement, c’est celui qui fait vivre le pays, il assure un rôle social." Selon le porte-parole de la Conf', la vision libérale et mondialisée portée par les syndicats majoritaires (la FNSEA et la Coordination rurale) et soutenue par l’État pousse à l’agrandissement des exploitations. Mais aussi à l’industrialisation et à la création de fermes toujours plus dépendantes de la sous-traitance. "On monte des fermes-usines qui fonctionnent avec des ouvriers, pas avec des paysans", déplore-t-il.

Dans le Gard, la situation viticole illustre ces dérives. L’enveloppe nationale de 130 millions d’euros dédiée à l’arrachage de vignes est jugée inefficace par la Confédération paysanne. "Sans vision ni condition, on arrache en coteaux car "plus assez productifs", pour continuer à produire les mêmes volumes en plaine. Dans deux ans, rien n’aura changé, on produira toujours autant", estime celui qui plaide pour une vraie régulation de l’offre et une diversification accompagnée. Dénonçant par là la posture de certains paysans : "certains viticulteurs veulent plus de restrictions sur l’import de vins étrangers, et en même temps, cherchent à vendre le plus de production possible à l’étranger". Un non-sens pour le viticulteur de la Confédération paysanne.

Autre motif de colère : le manque (répété) d’écoute des pouvoirs publics. Après des mobilisations, parfois au cœur de l’hiver, "on a l’impression qu’on ne nous prend pas au sérieux. On donne de l’argent pour compenser les pertes, mais il n’y a aucune vision sur l’avenir. C’est mettre un pansement sur une jambe de bois", résume le syndicaliste. Il pointe des décisions politiques prises dans l’urgence, sans projet agricole à long terme, et un dialogue social dominé par le syndicat majoritaire. "Beaucoup de paysans, y compris chez eux, veulent juste vivre dignement de leur travail, sans s’empoisonner ni faire 70 heures par semaine", insiste-t-il.

Des raisons d’espérer avec la nouvelle génération

Mais ce bilan ne se veut pas uniquement sombre. Dans le Gard, la Confédération paysanne n’a "jamais été aussi nombreuse" et son comité départemental se rajeunit. Un signe encourageant, selon Simon Le Berre, à l’heure où près de 50 % des actifs agricoles doivent partir à la retraite dans les dix prochaines années. Fermes collectives, projets soutenus par Terre de Liens ou l’Addearg, travail à plusieurs sur une même exploitation : autant de modèles qui attirent les nouvelles générations. "Nous sommes sûrs que le modèle que nous proposons est un bon modèle".

"Ces jeunes rêvent d’une agriculture viable, mais aussi d’une vie", souligne Simon Le Berre. Pour la Confédération paysanne du Gard, c’est là que se joue l’avenir : maintenir des paysans nombreux, ancrés dans leurs territoires, capables de nourrir la population sans sacrifier ni leur santé ni leurs campagnes.

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