Esclavage sexuel, une adolescente de 14 ans contrainte de se prostituer : le parquet fait appel, un nouveau procès à venir
Vendredi 30 janvier, à l’issue d’une audience particulièrement mouvementée, deux des quatre prévenus ont été condamnés à des peines bien inférieures aux réquisitions du parquet de Nîmes. Deux autres ont été relaxés dans une affaire de traite d’être humain et de proxénétisme.
Rarement un procès n’aura été émaillé par autant d’invectives, de mauvais regards, de paroles coupées, de coups de pression en direction d’une plaignante ou de l’avocate de la partie civile ou même de sa famille. L’audience s’est déroulée vendredi 30 janvier et concerne le sort de quatre prévenus jugés en correctionnelle pour des faits de traite d’être humain et proxénétisme.
À l’issue d’un procès retardé de quatre heures à cause de la défection soudaine de l’avocat de la défense d’un des prévenus qu’il a fallu remplacer, les débats ont pu démarrer pour examiner le rôle de quatre hommes jugés pour avoir trempé dans un réseau de prostitution, avec notamment une adolescente de 14 ans qui était contrainte de se prostituer dans des locations saisonnières à Lyon, Saint-Étienne ou même en région parisienne.
Jusqu’à 40 passes par jour
L’enquête de la brigade de recherches de Bagnols-sur-Cèze et de la section de recherches de Nîmes a mis au jour le rôle de cinq personnes, dont un mineur désigné par l’un des prévenus comme étant le meneur de ce mini-réseau de prostitution. Lequel s’articulait depuis le Gard dans toute la France avec des suspects qui tiraient les ficelles en réservant des chambres, en passant des annonces sur des sites internet, en s’occupant de transférer l’adolescente de ville en ville y compris en réservant des VTC.
Bref, une machinerie dédiée à la prostitution d’une adolescente contrainte, certains jours, de réaliser jusqu’à 40 passes quotidiennes. Un esclavage sexuel qui s’appuyait sur l’état de faiblesse d’une gamine en proie à des troubles et une propension à fuguer. La gravité de l’affaire a donné lieu à la condamnation du mineur à 5 ans de prison devant le tribunal pour enfants, a-t-on appris vendredi 30 janvier.
"La réponse pénale doit être à la hauteur de la gravité des faits commis", la magistrate du parquet
Pour les autres prévenus, trois hommes et une femme, le parquet avait requis des peines de deux ans à huit ans de prison. "Ils ont saccagé sa jeunesse, la réponse pénale doit être à la hauteur de la gravité des faits commis", avait requis la magistrate du parquet de Nîmes.
Vendredi 30 janvier, le tribunal a décidé deux relaxes et prononcé deux condamnations de quatre ans de prison dont un an assorti d’un sursis avec mise à l’épreuve. Des peines bien inférieures à celles réclamées par le parquet de Nîmes. Une décision qui, du côté de la victime et de sa mère, a provoqué colère et accablement et du côté des prévenus un large sourire et même l’hilarité pour l’un d’entre eux.
Deux prévenus remis en liberté par le tribunal en novembre, incarcérés par la cour d’appel en décembre
Ce mercredi 4 février, le parquet de Nîmes a indiqué avoir relevé appel ce mardi 3 février. Les conséquences ? Un nouveau procès aura lieu dans les prochaines semaines devant la chambre des appels correctionnels qui connaît un peu le dossier. En effet, le 21 novembre 2025, le procès a donné lieu à un report car les prévenus avaient demandé un délai qui est de droit. Le tribunal avait accordé l’ajournement et avait remis en liberté deux prévenus en les plaçant sous contrôle judiciaire.
Le parquet avait interjeté appel et le 9 décembre 2025, la cour avait ordonné un placement en détention provisoire pour deux prévenus et cela conformément aux réquisitions de l’avocate générale.
Ainsi, au total, trois prévenus étaient jugés détenus ce vendredi dans une ambiance ultra-tendue. Lors du procès, l’adolescente n’a pas été ménagée par certaines questions, sans doute nécessaires à la défense des prévenus. Mais le ton employé pour la questionner a pu susciter une forme de malaise du côté de la famille de l’adolescente. La délicatesse pour l’interroger n’était pas toujours évidente à percevoir.
Les prévenus auraient pu se retrouver aux assises
Au passage, un spécialiste du droit, interrogé après le procès, observait que la qualification pénale retenue était plutôt à l’avantage des prévenus qui, en théorie, auraient pu se retrouver aux assises pour proxénétisme sur mineur de moins de 15 ans avec des peines encourues de 20 ans.
Ainsi, l’appel du parquet met à néant le jugement du tribunal correctionnel et les prévenus demeurent présumés innocents. En revanche, aucune nouvelle des centaines de clients qui ont eu des relations sexuelles tarifées avec une adolescente de 14 ans, dont le consentement ne peut pas être invoqué.