"Ce qu’ils ont fait, on ne le fait pas à un animal"… Le calvaire d’une ado de 14 ans contrainte d’enchaîner jusqu’à 40 passes par jour
Trois hommes et une femme étaient jugés, ce vendredi 30 janvier 2026, pour avoir contraint une adolescente de 14 ans, originaire du Gard, à se prostituer avec des clients âgés de "15 à 80 ans". Les prévenus ont affiché une réelle agressivité à l’audience, menaçant l’adolescente et sa mère et apostrophant l’avocate de la partie civile ou encore la représentante du parquet. La famille de l’ado scandalisée par le délibéré ce vendredi soir.
Le calvaire d’une ado contrainte à se prostituer dans des locations saisonnières, trimballée de chambre en chambre, de trains en trains, de VTC en VTC. Quatre majeurs et un mineur ont été mis en cause dans cette enquête menée en 2025 qui a montré que l’adolescente, happée par un réseau local de prostitution basé à Bagnols-sur-Cèze, était conduite en régions lyonnaise ou parisienne ou à Nîmes pour y être prostituée.
Ce vendredi 30 janvier 2026, dans le box des prévenus du tribunal de Nîmes, trois hommes sont assis et une femme se trouve, elle, sur le banc des prévenus. Elle comparait libre. L’ambiance est lourde. Parfois l’un des prévenus affiche un large sourire. Puis, il adresse des signes agressifs à l’un des proches de la partie civile. Des regards noirs sont également échangés entre les suspects et des proches de la plaignante. De fugue en fugue, la jeune femme s’est finalement présentée à l’audience et assiste au procès, assise à côté de sa mère.
"Ils connaissaient l’adresse de mes parents"
L’adolescente originaire du Gard a, selon elle, été contrainte d’enchaîner de 30 à 40 clients par jour et est venue raconter à la présidente comment elle a été embarquée dans la prostitution. Elle qui était en situation de faiblesse après une tentative de suicide. L’argent ? Elle en reversait la quasi-totalité aux jeunes "proxos". À la barre, la présidente Alexia Bouchon lui demande si elle avait le droit de sortir de l’appartement. "Oui, mais seulement pour acheter à manger ou à boire", répond la jeune fille. "Pourquoi ne pas prendre la fuite ?", questionne alors la présidente. L’ado répond qu’elle se sentait menacée et craignait des représailles. "Ils connaissaient l’adresse de mes parents."
De son côté, Kevin Z., l’un des prévenus, désignera Yassine D. comme le véritable meneur et le chargera pour se dédouaner. Déjà mis en cause dans une affaire criminelle, il est, selon Kevin Z, un homme dangereux en dépit de ses 17 ans.
L’ado prostituée ? Elle été équipée d’un téléphone et devait répondre nuit et jour aux clients qui consultaient les annonces très explicites postées sur des sites de rencontres. Un autre jeune prévenu : "J’étais juste là comme accompagnateur, je n’ai rien fait." Le troisième homme, un ancien sportif de haut niveau, indiquera que ses liens avec l’affaire sont inexistants : "Je ne mange pas de ce pain-là." Et d’expliquer avoir seulement fourni un logement en demandant à sa tante d’héberger ses amis sans savoir ce qui se tramait : "c’était trop gros pour savoir." Il assurera également avoir été choqué quand il a compris qu’il avait permis de loger des actes de prostitution chez sa tante. Il dira aussi qu’il avait prévenu la police quand il avait "percuté qu’il y avait quelque chose de pas clair". La juge confirmera qu’il y a une trace de l’appel à la police.
Après un report de quatre heures, lié au changement soudain d’avocat d’un des prévenus, le procès de proxénétisme et de traite d’être humain reprendra en début d’après midi. Une reprise avec une vive montée au créneau des avocats de la défense, deux d’entre eux soulèvent des nullités d’une partie de la procédure estimant ne pas avoir pu assister leur client, en amont de l’audience de comparution immédiate. "Trop de nullités tuent la nullité", réplique laconiquement Me De Prato. Même analyse du côté de la substitut de la procureure qui estime que les droits de la défense ont été respectés. "Leur implication est claire", ajoute la magistrate.
Jusqu’à huit ans ferme requis
La jeune femme dépose alors en milieu d’après-midi à la barre et raconte qu’elle commençait à faire des passes à midi et ce, jusqu’à deux ou trois heures du matin. La procédure a, en effet, mis en exergue des actes de prostitution "dans des hôtels miteux, elle ne mangeait pas toujours à sa faim, elle avait 14 ans." Me De Prato interrogera alors la victime sur le nombre de rapports, ses maigres repas, les tarifs, les clients, leurs âges. "Ils pouvaient avoir de 15 à 80 ans", détaille la jeune fille, qui réitérera ses accusations et dénoncera des menaces proférées durant l’audience. "Ils ont bousillé ma vie, ils ont bousillé la vie de toute une famille, ce qu’ils ont fait, on ne le fait pas à un animal", ajoute la mère de la jeune victime, qui dénonce elle aussi des menaces de mort, des signes envoyés depuis le box des détenus. "Elle a été piétinée, contaminée", à cause des rapports sans préservatifs.
La substitut du procureur démarre à peine son réquisitoire que Kevin Z. l’interpelle et lui coupe la parole comme il l’a fait plus tôt avec l’avocate de la partie civile. Zineb Boukhir, la représentante du parquet, dégaine alors ses accusations et déroule les charges contre celui qui tentait de la couper. Elle revient sur éléments accumulés en procédure et notamment les menaces des prévenus qui montraient les photos de la mère en disant qu’ils allaient s’en prendre à elle. La magistrate évoque aussi des coups portés sur l’ado. Ils ont aidé, transporté et facilité le proxénétisme. "Ils ont saccagé sa jeunesse, la réponse pénale doit être à la hauteur de la gravité des faits commis". Elle requiert jusqu’à huit ans de prison ferme contre le prévenu de 19 ans, jugé pour proxénétisme aggravé et traite d’être humain.
Les avocats de la défense accablent le mineur
Les avocats de la défense (Mes Merwa Amar, Manon Casteran, Doumayrou, Thebaut) ont globalement plaidé la relaxe. Les uns estimant que l’enquête souffrait d’imprécisions ; les autres ont vivement insisté sur le rôle du mineur de 17 ans et l’ont décrit comme le meneur (il aurait été condamné par le tribunal pour enfants à cinq ans de prison), les autres prévenus étant des suiveurs. Pour la défense, les infractions ne tiennent pas juridiquement. Le tribunal est parti délibérer à 19 heures. Aux alentours de 19h30, le tribunal a rendu son délibéré deux prévenus sont entièrement relaxés. Ils étaient en lien avec un appartement région parisienne où des actes de prostitution avaient eu lieu.
Une mère en colère après le délibéré
En revanche, Kevin Z. qui avait été confronté à des réquisitions de six ans est relaxé pour la partie liée à la traite d’être humain. Il est néanmoins condamné pour proxénétisme à une peine de 4 ans dont un an avec sursis probatoire, soit trois ans ferme. Il est maintenu en détention. Même peine de quatre ans dont un an avec sursis probatoire pour Nassim B. La décision a suscité l’hilarité de l’un des prévenus et la colère la mère de l’ado et de l’adolescente. Des proches de la jeune fille ont échangé des insultes avec les deux condamnés. La mère de famille a apostrophé la présidente ne cachant pas sa révolte. " Mais dans deux ans, ils sont dehors, ils vont tuer ma fille. Bravo la justice ! ", a-t-elle lancé à la présidente. Le parquet de Nîmes n’a pas indiqué pour l’instant si un appel était envisagé.