"Il y a beaucoup d’incertitudes, mais on ne va pas lâcher l’affaire", assure le président de la Chambre de métiers et d’artisanat du Gard

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  • "La proximité est un art d’avenir", estime Xavier Perret, président de la Chambre de métiers du Gard. "La proximité est un art d’avenir", estime Xavier Perret, président de la Chambre de métiers du Gard.
    "La proximité est un art d’avenir", estime Xavier Perret, président de la Chambre de métiers du Gard. CMA
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Le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Gard Xavier Perret fait le point sur la santé économique de l’artisanat en ce début d’année 2026.

Comment se porte le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat en ce début d’année 2026 ?

En tant que président de la CMA, on pourrait avoir toutes les raisons de râler ! Tant par rapport aux situations des chambres à cause du gouvernement, que sur le manque de perspectives.

Comme pour beaucoup de secteurs, vous payez l’instabilité politique nationale ?

Surtout les problématiques du budget. Au départ, les chambres de métiers sont financées en partie par ce qu’on appelle la taxe sur les chambres, taxe prélevée sur les activités artisanales et qui est redistribuée par l’État aux chambres de métier. De même pour les sociétés. Sauf que l’État diminue la partie reversée, sans diminuer la taxe auprès des artisans. Au niveau national, la taxe représente 160 millions d’euros. On finira le mandat à entre 120 et 130 millions. C’est un plan qu’on digère et on va de l’avant. Il ne faut pas oublier qu’avant d’être élu, on est quand même des chefs d’entreprise. Et qu’on sait faire plus avec moins.

Considérez-vous cette régionalisation des Chambres de métiers comme une réussite ?

C’est un peu tôt pour le dire. Nous, on fait partie des chambres où les départements sont les plus "libres". On décide en région une politique globale bien sûr, mais à nous de traduire ces actions territoire par territoire. Parce qu’on est l’administration du dernier kilomètre. Par exemple, on a relancé le Made in Gard. Ce n’est pas régional, mais on reste dans la logique de la politique régionale, donc ça ne pose aucun problème.

"Quand on regarde l’histoire de l’industrie, c’est de l’artisanat qui s’est scientifisé"

Comment va ce département du Gard du point de vue de l’artisanat ?

C’est un trompe-l’œil. Il faut regarder les chiffres au niveau national, et on retrouve ça au niveau départemental. Jamais il n’y a eu autant de créations. Jamais il n’y a eu autant de destructions. Mais le chiffre qui me manque, c’est la qualité, c’est-à-dire, qu’est-ce qui est détruit en termes d’emploi à l’arrivée ? Qu’est-ce qui est créé ? Et je pense que là, on aura des surprises.

C’est-à-dire ?

On a beaucoup de métiers d’art qui s’installent. On a une grosse dynamique autour des statuts d’entreprise individuelle, auto-entrepreneur. Donc, ce sont des gens qui ne créent pas d’emploi. Ce sont des gens qui n’ont pas d’apprenti. Et ce n’est pas gage de richesse, car si dans ce type d’entreprise, on arrive à se sortir un Smic, ce n’est pas mal. Beaucoup de gens se lancent, non pas parce qu’ils galèrent à trouver un emploi, mais parce qu’ils veulent être libres. Et créer des activités en accord avec leurs valeurs morales.

On a coutume de dire quand le bâtiment va, tout va. Et ça fait un moment que ça ne va plus… Et ce n’est pas le seul secteur. Finalement, où est-ce que ça va bien dans le Gard ?

Quand on écoute les gens, ça va mal tout le temps. Non, ceux qui arrivent à tirer leur épingle du jeu, c’est qu’ils ont une offre particulière. Le problème qu’on voit au niveau de l’artisanat, c’est qu’on est le pendant et l’initiateur de l’industrie. Quand on regarde l’histoire de l’industrie, en fait, c’est de l’artisanat qui s’est scientifisé. Ça a commencé, par exemple, avec les automobiles et les manufactures. La première voiture qui était construite, c’était par des artisans, des mécaniciens. Et ça a donné des grosses industries. Le premier avion, c’était la rencontre d’un ingénieur qui rêvait de voler et d’un charpentier marin. Au fur et à mesure, on voit des nouveaux pans conquis par l’industrie. Et ça gagne la boulangerie : de produits industriels qui n’étaient pas de très bonne qualité, on commence à trouver des choses qui tiennent la route.

Est-ce que, finalement, la clé de l’artisanat, c’est toujours se réinventer et jouer la carte de la créativité ?

Exactement. Et la proximité. C’est pour ça qu’on sort le Made in Gard artisan de la proximité. La proximité comme un art d’avenir. C’est-à-dire être en capacité d’avoir des matières premières issues de productions raisonnées, issues d’un tissu local, d’un territoire, de les mettre en avant, et de défendre cette économie circulaire et locale, qui rend bien service à tout le monde et qui peut faire vivre les gens.

Comment voyez-vous cette année 2026 pour l’artisanat ?

On est placé sous le signe de l’incertitude, je pense. Mais on ne va pas lâcher l’affaire. Au niveau de la Chambre de métiers, on est là pour tirer vers le haut, montrer l’exemple et rester optimistes. On n’a pas le droit d’abandonner. Mais il y a aussi beaucoup de raisons d’espérer, car les consommateurs sont là. Beaucoup sont attentifs à tout ce qui est local. Ils veulent de la qualité, ils ne veulent pas s’empoisonner. Et l’artisanat est une des solutions.

La cérémonie des voeux aux artisans gardois de la CMA aura lieu le mardi 20 janvier à 19 h.
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