"La vie de Sélène a basculé en une fraction de seconde" : six ans après l’accident du stade de Vendres, la commune condamnée à une très lourde amende
Six ans après l’accident qui a précipité Sélène (14 ans aujourd’hui) dans un fauteuil après qu’elle a été lourdement été blessée par la chute du portail du stade de Vendres, le procès s’est tenu devant le tribunal de Béziers. La commune de Vendres a été condamnée à 80 000 € d’amende, dont la moitié avec sursis. Une autre procédure se tiendra désormais devant le tribunal administratif.
Dramatique journée que ce lundi 17 février 2020 quand le portail du stade municipal Tony Palazy, à Vendres, est tombé sur Sélène, 8 ans. La petite fille avait alors été très gravement blessée au point que son pronostic vital a été engagé durant 42 jours et que les médecins de la réanimation pédiatrique d’Arnaud de Villeneuve avaient même envisagé, le temps d’un week-end, l’arrêt des soins.
Six ans plus tard, vendredi 30 janvier, s’est tenu, à Béziers, devant le tribunal, le procès de la commune. "Une audience qui s’est tenue dans une grande dignité avec un tribunal qui a su placer les débats à la hauteur de ce drame", a insisté Me Marc-André Ceccaldi qui a défendu les intérêts de la victime et de sa famille.
80 000 € d’amende dont la moitié avec sursis
La commune de Vendres a été condamnée à une amende de 80 000 € dont la moitié avec sursis. Par ailleurs, le tribunal de Béziers s’est déclaré incompétent au profit du tribunal administratif de Montpellier pour connaître les demandes de réparation des préjudices subis. Sélène, 14 ans aujourd’hui, est arrivée en fauteuil, avec ses parents, devant les magistrats. Jean-Pierre Perez, le maire de Vendres était aussi présent pour la commune. "Il y avait beaucoup de dignité de la part de tous pour cette audience. Le tribunal a refait toute l’instruction, explique Me Ceccaldi. Il a rappelé les carences et l’insuffisance des contrôles de la commune sur ce portail bien avant l’accident."
Après le drame la vie n’a pas fait de cadeaux
La famille de Sélène a choisi de quitter la commune de Vendres après le drame pour s’installer à Bédarieux. "Il fallait trouver une maison qui puisse être aménagée pour Sélène", explique Cécile sa maman qui s’est arrêtée de travailler pendant deux ans après l’accident pour être aux côtés de sa fille. "J’ai pris du recul par rapport à mon métier de sage-femme que j’adore. Il fallait que je m’occupe de Sélène. Comme cela ne suffisait pas, j’ai fait un infarctus alors que j’avais repris une activité partielle. Aujourd’hui, cela va beaucoup mieux, je travaille à 80 %. Cela me fait du bien parce que j’aime profondément l’équipe avec laquelle je travaille à l’hôpital de Béziers."
Le portail du stade est tombé sur la victime
Le maire de Vendres s’est défendu. Il n’avait pas pris conscience de l’urgence à agir et a toujours été en réaction aux alertes faites par les usagers. Sans plus ! Il ne pouvait que se ranger à l’évidence. Dans l’après-midi du 17 février 2020, les enfants s’amusaient sur le portail du stade qui n’était plus solidaire du pilier qui l’empêchait de basculer. Puis il a été poussé en dehors de ses limites, d’un petit rien, et il a basculé sur la petite Sélène, prise au piège sous plus de 400 kg de métal. Des photos prises 15 jours avant le drame montrent le poteau d’arrêt du portail qui est incliné à 45°, partiellement désolidarisé de son socle. À l’époque Jean-Pierre Perez, le maire avait confié : "Je suis dépité par ce drame. Je ne sais que dire face au désespoir des parents. C’est un véritable drame."
Une audience éprouvante mais digne de toutes parts
Cécile, la maman de Sélène, s’est dite très éprouvée par l’audience. La voix nouée, ce n’est finalement pas d’elle qu’elle a parlée en tout premier lieu. "Aujourd’hui, ma princesse a été très courageuse. C’était important pour nous de savoir qu’il y avait un responsable à tout ça. J’ai hésité à prendre la parole à l’audience. Je voulais juste dire, parce que je le sais, le maire n’a jamais souhaité ce qui est arrivé. Il a pris de nos nouvelles très vite. C’est un accident dramatique qui a eu lieu ce jour-là parce que la vie de ma petite Sélène (Déesse de la Lune) a basculé en une seconde. Elle ne sera plus jamais la même."
Le quotidien de la petite Sélène
Après avoir passé 42 jours dans le coma, Sélène, qui va avoir 15 ans, a passé un an et demi à l’hôpital. Aujourd’hui, elle fréquente un institut spécialisé à Lamalou où elle se rend trois jours par semaine. Elle est une journée chez un kiné spécialisé et une dernière dans un centre de rééducation à Palavas. Ses parents l’ont amené en Pologne et en Espagne pour essayer un appareil dédié à la motricité (Lokomat) et une solution pourrait être trouvée avec cet exosquelette présent à l’hôpital Coste Floret à Lamalou-les-Bains. "C’est ma prochaine bataille, faire en sorte qu’elle puisse travailler sur cet appareil", explique Cécile.
Sélène a été touchée essentiellement au tronc cérébral. Un endroit qui est très rarement atteint lors d’accidents. Elle est aujourd’hui non communicante et assistée à 100 %. "Je n’ai jamais cherché à appeler à l’aide parce que le procès me liait à une certaine réserve, confie Cécile. Je suis persuadée qu’il y a, quelque part, une équipe médicale qui a besoin du petit cerveau lésé de Sélène, et que nous avons besoin de cette équipe. Ma fille n’a rien perdu de sa masse musculaire, son corps est prêt à fonctionner comme avant. Ce 17 février, nous sommes passés de tout à plus rien en un instant. Nous avons espoir que la médecine ou la recherche trouve quelque chose pour Sélène."
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