"Le gâteau du président" en salle : une formidable aventure à hauteur d’enfant dans l’Irak de Sadam Hussein

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  • On suit la petite Lamia (Baneen Ahmad Nayef) et son coq Hindi dans les rues de Bassora.
    On suit la petite Lamia (Baneen Ahmad Nayef) et son coq Hindi dans les rues de Bassora. Tandem films
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Le premier long métrage du cinéaste irakien Hasan Hadi qui suit l’odyssée d’une écolière chargée de confectionner un gâteau pour l’anniversaire de Saddam Hussein, a reçu la Caméra d’or au 78e Festival de Cannes. Une petite pépite néoréaliste.

Caméra d’or au 78e Festival de Cannes, Le gâteau du président est un film rare. Parce qu’il s’agit d’un premier long métrage irakien. Parce qu’il se passe dans la région inconnue (de nous) des marais tout au sud du pays. Parce qu’il se déroule pendant la première guerre du Golfe qu’aujourd’hui que l’Iran est visé, on a sans doute oubliée. Rare, mais surtout précieux : c’est une pépite.

Une quête initiatique

Or donc, en 1991, alors que pleuvent les bombes américaines, le culte du chef est à son acmé. En dépit des circonstances et des privations, le raïs Saddam Hussein tient à ce que son anniversaire soit fêté par ses sujets, à commencer par les enfants premiers maillons de l’endoctrinement général. C’est ainsi qu’un matin, dans sa petite classe, Lamia, 9 ans, est tirée au sort pour rapporter un gâteau d’anniversaire pour la date du 28 avril. Un honneur ? Plutôt, une malédiction !

Lamia vit dans une hutte en bambou, dans un village flottant des marais, avec sa grand-mère Bibi, dans le plus grand dénuement. Néanmoins, la vieille dame et l’enfant qui ne se sépare jamais d’Hindi, son coq de compagnie, vont se rendre dans la ville voisine de Bassora pour trouver les ingrédients nécessaires au gâteau : des œufs, de la farine, du sucre, de la levure chimique… Très vite, elles vont se perdre de vue, et c’est avec son camarade de classe Saeed retrouvé par hasard qui, lui, est censé ramener des fruits pour l’anniversaire du raïs, que Lamia va poursuivre sa quête.

Rude et sensible à la fois

D’emblée, Le gâteau du président subjugue par la beauté âpre de son cadre, son prologue lacustre lui insufflant la puissance du conte. Mais l’odyssée des enfants s’ancre dans une réalité plus rude encore. Sans un sou mais plein d’énergie et d’audace, Liam et Saeed errent dans les rues de la ville, entre les étals des marchés, dans les boutiques des commerçants, traversant les embûches et les galères, dans l’espoir de remplir leur mission.

Le réalisateur Hasan Hadi ne les quitte pas d’une semelle, et c’est à hauteur d’enfant, qu’il nous introduit au quotidien de ses compatriotes à un moment critique de leur histoire, en proie à un régime dictatorial déliquescent, favorisant la corruption, la violence, l’ignominie… Les mômes croisent des commerçants vicieux, des arnaqueurs violents, des policiers harassés, des soldats éclopés mais aussi des honnêtes gens prêts à leur filer un coup de main.

Leur quête a quelque chose d’absurde, et partant de philosophique dans le chaos du réel. On peut penser au Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica, à Où est la maison de mon ami ? d’Abbas Kiarostami et à Païsa de Roberto Rossellini, mais on n’est pas obligé. Le gâteau du président développe sa propre musique et elle sonne très juste, douce-amère, rude et sensible à la fois, attachante et déchirante. Un film rare à partager en famille à partir de l’âge de 10 ans.

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