Le musée Fabre, à Montpellier, enrichit ses collections de deux œuvres majeures de l’histoire de l’art
Une toile de Gauguin et une de Vigée Le Brun ont rejoint les collections permanentes du musée Fabre à Montpellier. Deux œuvres majeures qui méritent le détour, et la revisite de l’institution montpelliéraine !
Gagner sur tous les tableaux, s’agissant d’une institution comme le musée Fabre à Montpellier, ce n’est pas un jeu de mots, mais l’idée, toujours : car il ne suffit pas d’y créer l’événement avec des expositions temporaires, il convient également d’entretenir le désir pour les collections permanentes. Ce qui implique non seulement de les faire vivre et tourner, mais aussi de les enrichir. Au fil de ses 61 salles d’exposition permanente, l’institution montpelliéraine donne à voir près de 2 000 œuvres et depuis mercredi, deux nouvelles œuvres majeures de l’histoire de l’art : Allégorie de la Poésie d’Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842) et Le Petit chat de Paul Gauguin (1848-1903).
Une acquisition unique
Accrochée dans la salle 21, néoclassique, la première est une acquisition du musée Fabre. "Vigée Le Brun est une des plus grandes portraitistes du XVIIIe siècle. Au musée, nous n’avions jusqu’alors qu’une copie d’après Vigée Le Brun, dans la collection Bruyas, mais pas une œuvre originale, explique Matthieu Fantoni, conservateur de la collection d’art ancien. Désormais, on a une œuvre authentique, signée Mademoiselle Vigée car elle n’est pas encore mariée."
Une huile sur toile de 1774 intéressante à plus d’un titre : "C’est une œuvre de jeunesse, émancipatrice, qui contribue à faire d’elle une artiste de plein droit, autonome sur la scène parisienne. Juste après, elle va rentrer à l’Académie royale de peinture et de sculpture, rencontrer Marie-Antoinette et commencer véritablement sa carrière. C’est une œuvre touchante pour cela. C’est aussi un tableau plein de naturel, quand on voit le visage de cette allégorie de la poésie, on n’a pas l’impression d’avoir une figure désincarnée, éthérée, comme on peut avoir parfois avec des sujets mythologiques."
Une toile à 250 000 €
Le musée, qui a une veille quotidienne sur les œuvres arrivant sur le marché de l’art, l’a préemptée à 250 000 € (auxquels il faut encore ajouter 26 % de frais de la maison de vente). "Une somme importante mais à la cote de l’artiste, précise la directrice du musée Fabre, Juliette Trey. La fondation d’entreprises du musée, mécène extrêmement important pour nous, a contribué à hauteur de 150 000 €, le ministère de la Culture nous a soutenus pour 130 000 € et la Métropole de Montpellier a contribué au complément, pour 50000 €. Sachant qu’à ce moment-là, notre budget d’acquisition était déjà entièrement consommé. Tout le monde s’est en fait mobilisé pour que cette œuvre exceptionnelle puisse rejoindre notre musée."
Un prêt exceptionnel
L’autre nouvelle merveille, le premier Gauguin du musée, est à découvrir dans la salle 41, de la modernité, entièrement repensée pour mettre ledit tableau en perspective avec des œuvres (magnifiques) acquises récemment de Georges Daniel de Monfreid (1856-1929), un des plus fervents admirateurs de Gauguin. Conservatrice en chef du patrimoine, responsable de l’art du XIXe siècle, Florence Hudowicz n’a pas caché son émotion à l’instant de présenter ce prêt exceptionnel des descendants de son premier propriétaire, Gustave Fayet. Un prêt temporaire jusqu’en septembre : la Fondation Louis Vuitton, à Paris, qui doit rendre hommage à l’automne à cet artiste et collectionneur visionnaire, récupérera ce Petit chat mais Montpellier ne désespère de le retrouver ensuite.
"Ce tableau date de 1888, donc de la fin de l’année majeure de la collaboration entre Vincent Van Gogh et Gauguin. Ils sont à Arles à ce moment-là et travaillent ensemble pendant des mois ; ce qui est complètement unique dans l’histoire de l’art, raconte Florence Hudowicz.
C’est un morceau de tableau, pas le tableau complet. Pour une raison inconnue, Paul Gauguin a découpé une toile, vraisemblablement une nature morte et vu la taille des fruits, on imagine qu’elle était imposante. C’est un moment où il s’affirme vraiment comme post-impressionniste. Ce qu’il travaille, c’est l’aplatissement des formes et surtout les sentiments que doivent évoquer les tableaux. On n’est plus tout à fait dans la représentation de la réalité même si c’est encore figuratif. On est là véritablement à la naissance de la modernité du XXe siècle."
Cette toile est contemporaine de la seconde visite de Paul Gauguin au musée Fabre, cette fois avec son ami à nul autre pareil, Vincent Van Gogh. Un moment historique que l’institution montpelliéraine racontera dans une prochaine exposition, en 2028. Pour gagner sur tous les tableaux, il faut aussi savoir attiser la curiosité sur le long terme.



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