Les festivals dans le Gard font de la résistance au moment où le secteur culturel est fragilisé
Alors que 93 % des organisateurs de festivals en France évoquent des difficultés financières en 2025 selon le Syndicat des musiques actuelles, ceux du Gard, sans nier le contexte national difficile, parviennent à maintenir leur événement. Plusieurs d’entre eux témoignent.
Dans un contexte national toujours délicat avec 93 % de festivals en déficit, l’annulation des Natural Games à Millau, les organisateurs gardois d’événements culturels, ceux qui animent les nuits d’été et ouvrent l’esprit, parviennent à maintenir leur rendez-vous. "Il faut pour ça être super agile !", lance Sébastien Toureille, directeur artistique du festival Les Transes Cévenoles dont la prochaine édition sera organisée les 18 et 19 juillet à Sumène.
Dans les Cévennes, pour poursuivre l’aventure, il a fallu se remettre en question plusieurs fois, ne plus être sur la même ligne que les premières éditions avec de sacrées têtes d’affiche (Higelin, Kusturica) mais aux cachets forcément plus élevés. Les Transes mêlent ainsi concerts et arts de la rue, proposent encore des spectacles gratuits, comme au début, mais aussi des concerts payants depuis la crise Covid et ses contraintes sanitaires.
Modèle fragile
"Les dépenses augmentent car les cachets d’artistes sont de plus en plus élevés. Il y a la hausse des frais techniques de son, de lumière, de coût des assurances, des matières premières, des salaires des permanents, des intermittents, mais une baisse des financements publics", résume Sébastien Toureille.
Si ce projet culturel de territoire porté par l’association des Elvis Platinés perdure, c’est grâce à l’ancrage des Transes dans le département mais aussi grâce à ses valeurs. Mais tout reste fragile pour ce rendez-vous qui intègre les réseaux de la Femag, d’Octopus et du Syndicat des musiques actuelles et ne refuse pas du mécénat. L’an dernier, le festival, au budget de 200 000 €, a été déficitaire à cause d’une journée fichue à cause d’un orage.
Il faut trouver le bon équilibre entre une programmation qui attire et des tarifs abordables car le pouvoir d’achat du public baisse : "Avant Covid, le prix d’un concert, c’était 10 €, maintenant c’est le double", précise le directeur artistique. Le festival compte ainsi sur la billetterie, privilégie les compagnies régionales de qualité pour limiter les coûts de déplacement. Ce qui fait que Sébastien Toureille prend son temps avant d’annoncer, en mars, le programme de cet été.
Jazz à Junas veut accentuer le mécénat
Dans la catégorie des plus gros festivals du Gard, Jazz à Junas reste incontournable. Dans les belles carrières du village, du 22 au 25 juillet, la Pologne sera mise à l’honneur. Là aussi, plusieurs facteurs permettent à cet événement de perdurer avec un ancrage territorial et une reconnaissance médiatique nationale (parmi les dix meilleurs festivals de France).
Pour Sébastien Cabrié, directeur de Jazz à Junas, la recette du succès est connue : "Jazz à Junas continue d’exister, d’innover et de rassembler. Cette pérennité n’est pas le fruit du hasard : elle repose sur un équilibre construit patiemment entre exigence artistique, reconnaissance nationale, engagement humain et gestion responsable. Au fil des années, nous avons su construire une notoriété forte auprès du public."
Ce dernier montre sa fidélité au fil des éditions, fait confiance aux organisateurs pour organiser un festival fondé sur l’audace et la découverte. L’Association Jazz à Junas peut compter sur ses salariés et prestataires techniques, sur les bénévoles, avec de nouvelles générations et sur un modèle économique diversifié.
Ainsi, la période post-covid et les crises ont fortement augmenté les coûts de production (cachets, transports, hébergements, énergie, technique), Jazz à Junas peut s’appuyer sur un modèle diversifié : "Environ 50 % de financements publics, 38 % de recettes propres, principalement issues de la billetterie et 12 % de financements privés. L’un des enjeux majeurs à l’avenir est le renforcement du mécénat et des partenariats avec l’objectif d’atteindre 33 % des financements privés." Pour la plupart des organisateurs, il faut aussi se projeter et réinventer le modèle du format du festival. Un vaste programme.
La Fête du pois chiche toujours aussi populaire
La Fête du pois chiche revient du 29 au 31 mai à Montaren-et-Saint-Médiers et poursuit ainsi l’aventure, ce qui ravit les amateurs de musique et de spectacle vivant. Un rendez-vous qui a trouvé son public depuis dix-huit ans avec son style décalé et burlesque. "Bien sûr, nous avons une bonne part de subventions publiques, le fonds pour le développement de la vie associative. Mais notre particularité, au-delà d’être un festival, c’est d’être une fête populaire accessible, ouverte, avec une idée bien marquée, un projet singulier avec un volet transmission", explique-t-on au sein de l’équipe du Kollectif du Pois Chiche Masqué.
Elle est soutenue par plusieurs collectivités locales comme la Région, le Département, par la Femag, Octopus, la Fédération des totems occitans et catalans, Total Festum… La Fête du pois chiche parvient à durer grâce à "l’engagement humain qui est très fort chez nous avec des partenaires, des bénévoles". La programmation de la prochaine édition sera dévoilée d’ici la fin février.
Le Festival La Maison danse Uzès fêtera ses 30 ans
Le Festival La Maison danse Uzès fêtera ses 30 ans du 3 au 7 juin. Mais avant de partager la programmation d’ici la mi-février, l’incertitude pèse : "En l’absence d’un vote de budget, on ne navigue pas à vue, mais dans le brouillard." Centre de développement chorégraphique national, la Maison Danse dépend principalement des financements publics qui seront en bisse selon les derniers échos du Projet de loi des finances 2026. "On doit faire sans aucune assurance. On engage des artistes et des projets sans certitude", indique Émilie Peluchon, directrice de la Maison de la danse.
Elle peut compter sur la Région et le Département "des partenaires investis". Elle rappelle les retombées économiques importantes des événements organisés et valorise l’importance de la danse pour unir, vivre ensemble, pour la mixité, la relation entre les artistes et le public. Émilie Peluchon, malgré des fonds publics en baisse, annonce maintenir son exigence et la qualité des spectacles. Ceux qui permettent de séduire un large public : "On recrée du lien. C’est nécessaire."
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