Lettre à Marine Le Pen : "Un autre combat que vous devez mener", le regard de la journaliste Christine Clerc
La cheffe de file du Rassemblement national est face à ses juges. Elle est aussi, peut-être, à un tournant de sa carrière… La chronique de Christine Clerc dans notre espace Lignes ouvertes.
Votre père, Jean-Marie Le Pen, se vantait "d’avaler un bol de crapauds vivants tous les matins". Je me souviens de vous avoir croisée au Parlement de Strasbourg, quand vous veniez de lui succéder à la tête du Front National. "Le Pen (vous l’appeliez ainsi, et non "mon père" ou "papa") me convoque", soupiriez-vous. Pour le fuir, au lendemain d’une présidentielle où vous aviez battu son record électoral en obtenant 18 % des voix, et alors que vous aviez pris la décision de l’exclure de son propre parti, vous alliez passer la nuit dans une boîte proche des Champs Elysées, à boire du champagne et à danser.
Car il fallait oublier la haine et les menaces, qui vous poursuivaient depuis l’enfance. Vous avez huit ans quand une explosion dévaste l’appartement parisien de vos parents et que vous vous retrouvez avec vos sœurs au bord d’un gouffre, sur un lit couvert de gravats. "On perd ses amis, vous souvenez-vous : la peur de l’attentat crée un cordon sanitaire autour de vous". Vous en avez seize lorsque votre mère, Pierrette, quitte la maison… pour seize longues années ! "La descente aux enfers commence…" Je me souviens de m’être alors interrogée : "Pourquoi cette jeune femme, brillante avocate et mère de trois jeunes enfants dont elle a déjà quitté le père, ne quitte-t-elle pas aussi la politique… en changeant de nom ?"
"La fille du monstre"
Mais non : l’hérédité l’emporte. À trente-quatre ans, "tétanisée, dites-vous, par le trac", vous affrontez votre premier débat télévisé. Puis, vous partez en campagne pour les législatives dans le Nord-Pas de Calais environnée d’une nuée de journalistes venus rencontrer "la fille du monstre". Ou plutôt, dira alors votre père "une figure emblématique : Marine connaît les problèmes des familles monoparentales. Et puis, elle possède cet ingrédient mystérieux qu’on appelle le charisme".
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En talons aiguilles et veste à brandebourgs, vous bondissez en scène, bras levés. Vous empoignez votre pupitre "La mondialisation heureuse ? Elle l’a été pour les banques, les multinationales, les grands patrons !, clamez-vous. Tout a disparu, mes chers amis ! À commencer par notre liberté de peuple français !" Aujourd’hui, et alors que votre thème majeur, la lutte contre l’immigration, semble adopté par vos adversaires eux-mêmes, c’est un autre combat que vous devez mener : en démontrant que, vous, l’ancienne avocate à la Cour d’Appel de Paris, vous ignoriez la loi qui interdit de faire payer par le Parlement européen des assistants employés dans un combat politique national…
On s’interroge encore, alors que vous avez été condamnée à deux ans de prison ferme, sur l’issue du procès. Mais l’on sait déjà qu’à trente ans – à peine quelques mois de plus que votre fille aînée Jehanne – votre protégé Jordan Bardella, né en Seine Saint-Denis dans une famille modeste et devenu, sans diplôme, élu européen puis président de votre parti, a la préférence de 60 % des électeurs du RN. Et vous ? Allez-vous, à 57 ans, prendre votre retraite auprès de vos chats bien aimés ? Ou bien vous battre, comme vous l’annonciez vendredi en meeting à Marseille, pour "une majorité claire"… autour de vous ?
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