Livre : "Les enfants ont ce don de nous réconcilier avec la beauté du monde", selon l’écrivaine Carole Martinez

  • Carole Martinez : "La Terre est notre mère à tous ".
    Carole Martinez : "La Terre est notre mère à tous ". FRANCESCA MANTOVANI
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Propos recueillis par Laure Joanin

Carole Martinez, l’autrice du troublant "Du Domaine des murmures", signe avec "Dors ton sommeil de brute" un texte onirique en pleine Camargue, entre conte écologique et thriller, qui réveille nos peurs ancestrales d’une Terre avide de vengeance…

Comment vous est venue l’histoire de cette fable contemporaine qui nous plonge dans un futur proche où d’étranges rêves s’emparent des enfants ?

Tout est né du premier confinement. J’ai une phobie des épidémies et, souvent, ce qui me fait peur, je le transforme dans un roman, c’est une façon de le maîtriser. J’étais insomniaque et je me suis beaucoup documentée sur le sommeil qui a quelque chose de tellement énigmatique et d’inspirant, surtout le sommeil paradoxal.

Ce Covid qui parcourait le monde semblait épargner les enfants, alors j’ai imaginé un mal qui les toucherait, un mal lié au sommeil. Une épidémie de rêves provoquée par quelque chose qui tenterait de communiquer avec l’humanité à travers eux. En particulier à travers Lucie, une petite fille qui vit avec sa mère, Eva, dans un lieu isolé en Camargue.

Eva, une neurologue spécialiste du sommeil, a fui Paris et son mari violent. Elle va redécouvrir la beauté de l’espace sauvage à travers les yeux de sa fille.

Une nuit, un cri affreux se propage sur toute la planète, au fil de la rotation terrestre, le cri de millions d’enfants hurlant dans leur sommeil. Mais ce n’est que le début…

Effectivement, tous les enfants du monde vont vivre dix rêves collectifs qu’ils ne seront pas en mesure de raconter. Dix rêves qui induiront des évènements dans la réalité. Je me suis beaucoup intéressée à cette question des fléaux, en me plongeant dans la lecture de la Bible, de l’Apocalypse, et des dix plaies d’Égypte.

La peur humaine du fléau, d’être puni, existe depuis la nuit des temps. C’est inscrit dans notre imaginaire collectif. Dans notre société, on pense le rêve comme un phénomène très intime et individuel qui nous permet d’accéder à notre inconscient, mais d’autres cultures le voient comme un moyen de communication avec des puissances transcendantes ou comme un accès à un autre monde.

En puisant dans nos peurs ancestrales, vous dressez le tableau d’un monde qui bascule à force de négligence…

J’ai imaginé une sorte de bras de fer entre une mère humaine prête à tout pour protéger sa fille, et une mère immense, Gaïa, qui semble vouloir l’écrasement de l’humanité. La Terre-Mère pourrait fort bien se passer de nous, mais ici, elle initie bien plus qu’elle punit. Le cri par lequel tout commence est un cri d’alarme, mais aussi un cri de naissance, de renaissance.

Pour moi, ce livre, ce n’est pas la fin du monde, au contraire. La terre communique avec les enfants pour restaurer un lien, une harmonie. Avec la fraîcheur des premières fois et de leur sens, les enfants ont ce don de nous réconcilier avec la beauté du monde. Ils doivent être nos initiateurs.

L’essentiel du roman se déroule en Camargue. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

D’abord c’est un delta, l’un des lieux les plus fragiles d’un point de vue écologique, un endroit en suspens, incroyablement singulier. C’est un paysage très onirique où les eaux douces se mélangent aux eaux salées, où le ciel tombe sur la terre, un lieu qui peut être inquiétant tant il est désolé.

Et puis toutes ces couleurs, les taureaux noirs, les chevaux blancs, les flamants roses, c’est magnifique. Ce qui m’intéressait aussi en Camargue, c’est que c’est un lieu où s’arrêtent les oiseaux migrateurs, parce que je voulais travailler sur les oies sauvages et sur le phénomène d’imprégnation. L’amour maternel est le thème central du livre, et d’une certaine manière, la Terre est notre mère à tous.

Carole Martinez, candidate au prix Habiter le monde, avec d’autres

Carole Martinez est l’une des cinq auteurs finalistes du prix littéraire Habiter le monde, initié par Midi Libre et la librairie Sauramps en 2021.

Pour cette cinquième édition, le prix sera remis à l’occasion de la Comédie du Livre de Montpellier. Arnaud Sagnard (La Vallée), Simon Parcot (Le chant des pentes), Chloé Chevalier (Les essaims) et Juliette Rousseau (Péquenaude) sont également retenus dans la "short-list" finale.

La fulgurance des oies sauvages

Telles une présence fantasmagorique, les oies sauvages sont le fil rouge de ce roman qui convoque le merveilleux. Elles sont là dès le premier chapitre qui raconte de façon saisissante, la naissance de Lucie, la petite héroïne du conte.

"Je voulais commencer par un accouchement très réaliste, vécu par un corps féminin de l’intérieur, explique Carole Martinez, mais en me lançant dans l’écriture de cette scène, j’ai été surprise… Le plafond bleu est devenu le ciel, et Eva a la sensation d’accoucher d’un vol d’oies sauvages. C’est cet accident poétique qui m’a menée aussi en partie en Camargue."

"Dors ton sommeil de brute", éditions Gallimard, 22 euros, 400 pages.
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