Juliette Rousseau remporte le prix Habiter le monde 2025 avec Péquenaude, publié aux éditions Cambourakis
Après le succès de La Vie têtue, Juliette Rousseau raconte avec Péquenaude son retour à la campagne, dans une Bretagne bien éloignée des mirages qui résumeraient le pays aux crêpes, à l’air iodé et à l’héritage celte…
Juliette Rousseau remporte le prix Habiter le monde 2025 avec Péquenaude, publié aux éditions Cambourakis. Une œuvre qui n’est pas tout à fait un roman, pas vraiment un essai, et qui s’essaye à l’intrusion poétique. Après le succès de La Vie têtue, Juliette Rousseau raconte avec Péquenaude son retour à la campagne, dans une Bretagne bien éloignée des mirages qui résumeraient le pays aux crêpes, à l’air iodé et à l’héritage celte… Ici le territoire a souffert de diverses agressions, l’agro-industrie y a malmené la nature, les sols sont épuisés et les humains ne vont pas forcément mieux. La place des femmes est questionnée par cette autrice, sociologue de formation et militante écoféministe affirmée.
Les représentations sur la ruralité, ou plutôt les ruralités, sont au cœur du livre de Juliette Rousseau. En renouant avec le pays d’origine, fut-il ce non-lieu, ce "trou-du-cul" inconnu de tous mais qui abrite logiquement des "culs-terreux", l’autrice-narratrice essaye de se dégager de la honte de l’étiquette pour disséquer sous la loupe tous les ressorts qui se jouent ici. Le récit est autant intime que sociologique et parlera à tous ceux qui plutôt qu’issus de la ruralité, se sentent appartenir à la terre.
"Un livre à lire à voix haute"
"C’est un livre qui questionne aussi le langage", relève le journaliste Claude Sérillon, président du jury. "Un péquenaud, on voit ce que c’est, c’est un type de la campagne. Mais une péquenaude ? C’est presqu’un livre à lire à voix haute. Ce n’est pas un roman, pas un récit linéaire mais ce texte sous-tendu de convictions, ce livre un peu militant, a une forme littéraire et politique très originale."
Péquenaude : un extrait
"Selon la sociologie de la ruralité, il existe un lien entre image de soi et représentation de son territoire, des lieux qu’on peut habiter avec fierté et des lieux qui vous étiquettent. J’ai longtemps déclaré sans y penser que je venais d’un trou-du-cul. Tout, plutôt que prononcer le nom du village et risquer un haussement de sourcil ou pire, un rire moqueur. Mais c’est où ça ?"
"Un 'trou du cul' , ça permet de couper court à la conversation, de prendre la main sur la moquerie et d’en dessaisir l’autre par avance. De dire : je viens d’un non-lieu, qu’il n’y a aucun intérêt de mentionner. Nous ne parlerons pas des champs industriels, des moiss’batt’, des ball-traps, des concours de labour, des kermesses, des abattoirs, de Lactalis, de la chasse à courre, des battues, des fosses à lisier, de l’accent qui tache et des superstitions."
'Un 'trou du cul', c’est tout à la fois ce qui fait honte, dont il n’y a rien à dire, et qui vaut moins que rien. Tout est compris dedans."
# Péquenaude, 113 pages, ed. Cambourakis 16 €.
Comme chaque année depuis 2021, le prix Habiter le monde Midi Libre-Sauramps a mis en compétition cinq livres, pré-sélectionnés parmi une trentaine par les libraires de Sauramps. Un pré-jury réunissant six correspondants de notre journal s’est préalablement réuni au siège de Midi Libre pour porter la voix de notre titre. Un exercice jamais simple, chacun des cinq ouvrages (1) ayant à sa manière exploré le sujet d’Habiter le monde. Le jury final, composé de représentants des partenaires du Prix (la Métropole de Montpellier, le Crédit Agricole, le domaine viticole de Jonquières Le mas de l’écriture..) a aussi eu de riches débats.
C’est finalement Juliette Rousseau et son superbe Péquenaude qui l’emportent, bravo à elle. Il sera possible d’échanger avec l’autrice le jeudi 15 mai, à 18 heures, à la Librairie Sauramps Comédie de Montpellier.
Cambourakis : une maison d’édition engagée
La maison d’édition Cambourakis a été créée il y a vingt ans par Frédéric Cambourakis, ancien libraire. Isabelle, sa sœur, qui exerce toujours également la profession de libraire, à Ganges (L’arbre sans fin) a rejoint l’entreprise il y a dix ans. Elle est aujourd’hui directrice de la Collection Sorcières. "Cette collection publie des textes écoféministes, ancrés dans des pratiques concrètes", explique l’éditrice. "Le livre de Juliette Rousseau est hybride, avec une forme poétique mais c’est bien de la littérature, c’est un projet littéraire très sensible. Son précédent livre "La vie têtue" était une adresse à sa sœur, décédée, et posait la question des violences et déjà, celle du retour au pays. Comment, individuellement mais aussi politiquement, chacun se positionne ? C’est un texte qui invite à réfléchir. C’est une réflexion sensible sur habiter le monde."




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