Magali Bordja conteste devant la justice sa suspension de la direction de l’OPH Béziers Méditerranée
Les conseils d’administration de l’OPH se succèdent dans de vives tensions. Magali Bordja a décidé de contester devant le tribunal administratif de Montpellier sa suspension de 4 mois à titre conservatoire. Explications.
Rien ne va plus au sein du conseil d’administration de l’OPH (Office public de l’habitat) Béziers Méditerranée. Et on en sait désormais davantage sur la séance qui s’est déroulée le 11 décembre dernier, au cours de laquelle la procédure de licenciement de la directrice générale, Magali Bordja, a été actée.
En effet, l’ouverture de cette procédure n’a pas été votée ce jour-là par les élus (issus de divers horizons, des maires de l’Agglo et du territoire, des représentants des locataires, etc.). Le président de l’OPH, Robert Ménard, a décidé, sur la base du vote à main levée effectué lors de la réunion précédente, de lancer, de façon effective, la procédure de licenciement. Une méthode qui a surpris certains administrateurs…
Pour rappel, Robert Ménard s’appuie sur le rapport du cabinet Thali demandé à la suite de courriers anonymes dénonçant management toxique et souffrance au travail au sein de l’OPH. Ce diagnostic aurait permis d’identifier trois cas de harcèlement moral. Sauf que des administrateurs ont estimé que cette enquête n’était pas suffisamment équilibrée. Ils auraient souhaité entendre la mise en cause se défendre. Avant de se prononcer eux-mêmes sur son éviction.
"Je n’ai jamais vu ça"
Ce sera peut-être chose faite le 23 janvier prochain. Ce jour-là, le conseil devrait se réunir à nouveau, il pourra écouter Magali Bordja. Les membres devront ensuite voter le licenciement… À partir de la procédure déjà enclenchée. "Je n’ai jamais vu ça", commentait un proche du dossier.
Robert Ménard : "Je m’en tiens à la procédure"
Le président de l’OPH, Robert Ménard, ne souhaite pas commenter la démarche judiciaire de Magali Bordja. Il ne remet d’ailleurs pas en question ses résultats obtenus à l’OPH. Il assure s’en tenir à la procédure : "J’ai été saisi par l’Inspection du travail, rappelle-t-il. "J’ai demandé à un cabinet spécialisé de faire un rapport dont j’ai soumis les conclusions aux administrateurs et au CSE. La décision de suspension a été prise par la majorité du conseil d’administration tout comme l’ouverture de la procédure de licenciement. Maintenant la procédure suit son cours. Magali Bordja pourra présenter sa défense et sera entendue par le conseil d’administration si elle le souhaite" avant la fin de la période de suspension, c’est-à-dire le 14 février.
Ce n’est pas tout. Le 14 octobre dernier, ces mêmes membres du conseil d’administration de l’OPH avaient déjà voté (à main levée) la suspension provisoire, pour 4 mois, de la directrice, avec maintien de sa rémunération, une dernière disposition obligatoire avait expliqué Robert Ménard. Mais Magali Bordja a décidé de contester, devant le tribunal administratif de Montpellier, la délibération du 14 octobre.
Dans un document détaillé que Midi Libre a pu consulter, la défense de la directrice se déploie : "Mme Bordja a été promue pour augmenter la profitabilité de l’OPH en réduisant au mieux la vacance des postes et la masse salariale. Sous son impulsion, l’office s’est profondément transformé. Il a été décidé de placer au centre de la politique des ressources humaines des valeurs telles que la reconnaissance du travail bien fait et la sanction des fautes, a fortiori lorsque les fautes sont délictuelles. Sous sa direction, l’office a retrouvé une stabilité et une efficacité."
Et de pointer, entre autres, le rôle de la directrice générale adjointe de la Ville de Béziers, Elisabeth Camilleri, qui siège au sein du conseil en tant que "personne qualifiée" et son lien direct et de subordination à Robert Ménard. Mais aussi "les réserves de plusieurs administrateurs quant à l’objectivité du rapport de l’enquête Thali présenté. Certains ont par ailleurs soulevé l’absence de possibilité offerte à madame Bordja de s’exprimer en sa défense, ce qui constituait une atteinte manifeste aux principes du contradictoire…" Résultat du vote du 14 octobre : dix voix pour, cinq contre, cinq abstentions.
Si Magali Bordja n’a jamais répondu à nos sollicitations, sa démarche judiciaire traduit le fait qu’elle remette en question totalement les faits de harcèlement qui lui sont reprochés et lui coûtent sa fonction. Sa défense s’attache aussi à démonter, de façon précise, les différents cas et souligne encore une lettre de soutiens qui aurait été signée par 60 agents (sans doute sous la pression parfois)…
Peur et confidentialité
Reste que depuis plusieurs mois, rarement la réalité d’un dossier n’a semblé si difficile à transmettre, de la façon la plus juste possible. Les courriers anonymes pleuvent, semblant émaner tantôt de salariés pétrifiés tantôt d’administrateurs se sentant manipulés. Personne n’ose parler. Les membres du conseil ont signé une clause de confidentialité. Une scission est toutefois née entre les maires de communes de l’Agglo au soutien de Magali Bordja (Didier Bresson, Fabrice Solans et Robert Gély) et le président de l’OPH. Prochain épisode en 2026.
"Il faut que la peur change de camp"
Parmi les membres du personnel de l’OPH, certains pourraient se réjouir de la situation. Il n’en est rien, publiquement au moins. En effet, la peur s’exprime encore. Et à regarder les visages de ceux qui osent parler, cachés, on se pose de sérieuses questions. Comment se retrouver à ce point brisés, sans oser le crier publiquement ? "Elle est tout à fait capable de revenir au terme de son congé payé, je dis ça parce que tout le monde ici estime qu’on lui a offert quatre mois de vacances. Et quand elle va rentrer, si elle rentre, ce sera terrible. Pour beaucoup d’entre nous, elle est toxique", assurent-ils. "Tant que nous ne serons pas certains de son départ définitif, nous pensons que personne ne parlera. Oui, elle a fait beaucoup pour l’OPH, mais à quel prix, dans quelles conditions. Nous ne voulons plus le vivre et ne terminerons pas comme certains de nos collègues qui ont commis des gestes insensés. Il faut que la peur change de camp. Nous ne pouvons plus venir au travail la boule au ventre. Ce qui s’est passé dans cet organisme social n’aurait jamais dû arriver." Pour autant, ils l’assurent, après le mois de février, ils parleront. Enfin si Magali Bordja ne revient pas à la tête de l’OPH de Béziers.