Meurtre à la kalachnikov à Pissevin : 25 ans de réclusion contre Kamel Traidia reconnu coupable de complicité de meurtre en bande organisée
Le cœur de la victime a été totalement lacéré par les tirs à l’arme de guerre. Il n’avait aucune chance d’être sauvé après 11 tirs. Ce mercredi matin, l’avocat général a demandé 30 ans de reclusion contre Kamel Traidia Il requiert 30 ans de réclusion dont 22 ans de sûreté. L’accusé a finalement écopé de 25 ans. Les avocats ont annoncé aller en appel.
Face à la rafale de kalachnikov, le jeune Semy, 22 ans, n’avait aucune chance de survivre. Son cœur a été totalement lacéré par un impact de l’arme de guerre et même en plaçant un bloc opératoire sur les lieux, son sort n’aurait pas été différent avec la mort qui l’attendait sur le siège passager d’une Peugeot 208, une soirée de janvier 2021 alors qu’il était allé chercher une pizza avec son ami.
Longue liste des victimes innocentes de la guerre des trafiquants
Ainsi, Semy a ouvert la longue liste des victimes innocentes de la guerre du narcotrafic qui sévit à Nîmes depuis plus de cinq ans. Ainsi, c’est un procès à fort enjeu qui s’est ouvert lundi devant la cour d’assises spéciale du Gard dans un contexte de meurtres liés au trafic de drogue avec différentes bandes de trafiquants qui se partagent le marché et tentent de se voler des parts de marché en même temps que les points de vente.
Ces affaires ont mis au jour des équipes de Marseille, du Vaucluse, avec une porosité avec le milieu marseillais. Les autorités n’hésitent plus désormais à désigner la DZ Mafia, une organisation criminelle, qui se taille la part du lion dans le business de la drogue faisant régner la terreur et pilotant des meurtres. La DZ supervise une large partie de la distribution du trafic de drogue avec des recrutements de revendeurs sur les réseaux sociaux, des jobbers qui viennent de la région parisienne jusque dans le sud à Nîmes, à Bagnols, à Alès, pour dealer sur les différents points de vente à Pissevin.
Flash-back sur la criminalité du Gard
Les meurtres se sont succédé à un rythme effréné notamment à Nîmes et désormais Alès qui a connu encore ce dimanche un homicide lié au narco. C’est dans ce contexte que l’affaire de meurtre en bande organisée, des faits qui sont reprochés à Kamel Traidia, 42 ans, sont jugés par la cour d’assises spéciale du Gard qui siège pour la première fois à la faveur d’une nouvelle loi pour lutter contre le narcobanditisme.
C’est dans ce contexte que l’avocat général, David Malicot, a démarré son réquisitoire ce mercredi matin. Il effectue un flash-back sur la criminalité des 20 dernières années dans le Gard avec les équipes anciennes de trafiquants mais surtout la criminalité qui générait des meurtres au début des années 2000 sur fond de guerre des machines à sous. Une guerre des machines qui a été remplacée par la guerre des points de deal. Il revient sur l’emprise mafieuse de la DZ Mafia dans le Gard.
Le représentant de l’accusation revient sur les charges qui ont permis de compiler une foule d’éléments liés au bornage du téléphone de l’accusé sur le parcours du crime jusqu’aux lieux des faits. L’accuse conteste fermement cette analyse. Pour autant l’accusation déroule les bornages de téléphone, les horaires, les analyses des images de vidéosurveillance.
Cour d’assises spéciale composée de juges professionnels
David Malicot s’adresse à des magistrats professionnels et non pas des jurés qui connaissent moins bien – par nature – les arcanes de la preuve judiciaire ; les juges qui composent la cour la maîtrisent parfaitement. Plusieurs d’entre eux ont exercé comme juges d’instruction parfois dans des affaires extrêmement complexes et souvent confrontés au grand banditisme. La cour d’assises spéciale est composée de juges parmi les plus expérimentés de France. Ils ne manquent pas de prendre des notes et d’écouter le récit de l’accusation qui enfonce un coin dans la ligne de défense de l’accusé. Comme la veille avec un témoin qui a réitéré ses révélations en disant que l’accusé lui avait demandé de fournir un faux alibi.
La perpétuité n’est pas requise
10 h 20 : l’avocat général demande à la cour de condamner Kamel Traidia pour avoir volontairement donné la mort en bande organisée. "Je vous demande d’entrer en voie de condamnation". Il développe ensuite la partie peine qui sera réclamée. Il évoque le nombre de condamnations (une dizaine), "il se moque des condamnations […] vous allez tenir compte qu’il était en récidive légale". Le magistrat note que l’accusé selon l’expert psychiatre est "violent, impulsif pas d’empathie". Je me suis posé la question de la perpétuité mais je ne vais pas la requérir. Votre décision va être attendue car elle s’inscrit dans une nouvelle ère dans le trafic de stupéfiants, j’espère que votre décision enverra un signal dans les quartiers pour dire que la justice passe". Il requiert une peine de 30 ans avec une peine de sûreté de 22 ans.
La défense plaide l’acquittement
Le premier avocat de la défense démarre sa plaidoirie en contestant les exploitations et les interprétations liées à la téléphonie ou la vidéosurveillance. Me Nabil Harmach estime que ces éléments n’étayent pas la culpabilité. Il rappelle que son client était cocaïnomane et fumait des joints a pu faire des déclarations incohérentes. Pour l’avocat, ces incohérences ne sont pas le reflet d’une volonté de mentir ou de dissimuler mais le résultat d’une forte toxicomanie et de perte de repères. Il conteste aussi la fiabilité des témoignages anonymes.
Me Harmach revient également sur le véritable mobile du meurtre qui serait étranger à l’accusé. Il évoque l’affaire d’homicide de Farid D. qui aurait poussé son clan à perpétrer une vengeance et en lançant une attaque sur un suspect désigné comme impliqué dans la mort ou le guet-apens dans lequel est tombé Farid D. le 7 janvier 202. Mais ce suspect n’était pas dans la voiture où le jeune Semy a été tué par erreur le 18 janvier.
Pour sa part, Farid D. a été retrouvé carbonisé à Bellegarde le 14 janvier, soit quatre jours avant le meurtre du 18 janvier. En somme, l’avocat de la défense plaide des faits qui se superposent avec des commanditaires étrangers au cercle de Kamel Traidia. Me Harmache évoque des renseignements anonymes qui relèvent "d’arguments de bistrot" inopérants devant un tribunal ou une cour.
Le réquisitoire contesté par les avocats de l’accusé
Le second avocat, Me Kamel Derouiche, a globalement contesté les charges liées à la téléphonie et a étrillé les conclusions de l’enquête qui incrimine l’accusé. Il réfute que l’on puisse déduire de la présence de Traidia sur les lieux par les éléments fournis par les bornes téléphoniques. Il a plaidé l’acquittement sans se positionner sur la peine requise car il tient son client pour innocent. Ses débordements et ses insultes ? Le cri de colère en quelque sorte d’un homme qui tente de se faire entendre et de clamer son innocence. Le réquisitoire de l’avocat général ? "Un chapelet de "sophismes, d’incohérences et de postulats".
"J’ai rien à rajouter mis à part que je suis innocent et que je conteste les faits", a déclaré Kamel Traidia à la reprise des débats après la suspension méridienne. 14 h 20 la cour est partie délibérer pour dire si l’accusé est coupable de meurtre en bande organisée soit en tant que tireur soit en tant que complice.
Verdict imminent attendu devant la cour d’assises spéciale
16 h 20 : le verdict serait imminent. Dans la salle d’audience, un public assez nombreux est présent pour assister au prononcé de l’arrêt de la cour d’assises spéciale du Gard qui serait l’une des premières en France à statuer dans le cadre de la nouvelle loi de lutte contre la criminalité organisée. Les équipes de police ont positionné des renforts dans la salle. 16h33. La cour rend son verdict. Kamel Traidia est reconnu coupable de complicité de meurtre en bande organisée. Il écope de 25 ans de réclusion dont les deux tiers de sûreté. Me Derouiche, l’avocat de la défense vient de réagir à la décision de la cour. Il annonce son intention de relever appel.