"Pas d’accord secret", "pas de discussions d’arrière-boutique avec qui que ce soit" : Lecornu mise sur le 49.3 pour faire passer son budget

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  • Sébastien Lecornu au pied du mur.
    Sébastien Lecornu au pied du mur. MAXPPP - Aurelien Morissard / MAXPPP
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Christelle Bertrand

Après avoir longuement hésité entre ordonnances et 49.3, le Premier ministre a finalement annoncé choisir cette seconde option. Il lui faudra donc résister à au moins trois motions de censure d’ici mi-février.

Ordonnances ou 49.3 ? 49.3 ou ordonnances ? Les récentes nuits de Sébastien Lecornu ont dû être hantées par ces chiffres et ce mot. Le choix, annoncé lundi avant même le Conseil des ministres, n’avait en effet rien d’évident.

Les ordonnances ont même eu, durant quelques jours, la faveur de l’exécutif. Plus simples, plus rapides… En cas de censure, le Projet de Loi de Finances (PLF) aurait été malgré tout adopté. L’Élysée, qui souhaitait un budget dès la semaine dernière, plaidait en ce sens, mais tout ne s’est pas passé comme prévu et c’est finalement l’article 49.3 qui a été activé hier.

Regret et amertume

"C’est avec une certaine forme de regret et un peu d’amertume que j’ai décidé d’engager la responsabilité du gouvernement", a avoué en conférence de presse le locataire de Matignon, ajoutant : "Je le fais avec un regret puisque je suis obligé de revenir sur ma parole. Mais si je ne le fais pas, on finirait par dire que je suis têtu, et je ne veux surtout pas avoir d’ego mal placé. En m’entêtant trop longtemps, je serai moi-même source de désordre."

C’est ainsi que le Premier ministre a justifié le choix de revenir sur sa promesse du 3 octobre dernier. Il faut dire que la très forte levée de boucliers du Parti socialiste contre les ordonnances ne lui a pas laissé le choix.

Dès mercredi, le député PS Philippe Brun, l’un des négociateurs du budget, parlait de "coup d’État rampant". Et Olivier Faure, qui assurait à La Dépêche mardi être indifférent au "véhicule législatif" pour autant que les mesures proposées seraient à la hauteur, n’a pas réussi à calmer ses troupes.

Pour les socialistes, ordonnances valaient censure immédiate.

Hara-kiri

La menace n’a cependant pas totalement arrêté l’exécutif. Car certes, en activant les ordonnances Sébastien Lecornu se sacrifiait mais le budget était sauvé ce qui n’est pas le cas si le Premier ministre venait à tomber après avoir déclenché l’article 49.3.

Or, ce scénario pourrait se produire dès demain, dans une semaine ou mi-février. Il faudrait alors renommer un Premier ministre qui devrait négocier un nouveau budget… On entrerait alors dans une boucle spatio-temporelle dangereuse alors que les menaces internationales s’amoncellent.

C’est pourtant le choix qui a été fait par le gouvernement qui refuse ainsi de se faire hara-kiri… Sébastien Lecornu a dû avoir suffisamment d’assurance, notamment de la part du PS, pour tenter sa chance. Il affirmait hier que non : "Il n’y a aucune garantie, pas d’accord secret, pas de discussions d’arrière-boutique avec qui que ce soit".

Mais quelques heures plus tôt, Boris Vallaud reconnaissait dans Le Parisien : "Le Premier ministre a fait des annonces qui vont dans le bon sens et permettent d’envisager la non-censure du budget".

Sauver sa tête

Or, des motions de censure, il va y en avoir un certain nombre. LFI en a déjà annoncé une, le RN déposera aussi la sienne. Et rebelote lors de l’étude de la partie recettes et lors du vote solennel. Or, "lorsqu’on engage la responsabilité du gouvernement, on n’est jamais à l’abri d’un accident", commentait en début de semaine dernière un conseiller expérimenté.

Olivier Faure reconnaît lui-même qu’il ne tient pas forcément son groupe et qu’une quinzaine de députés socialistes pourraient avoir envie de faire tomber le gouvernement.

C’est donc une période à haut risque qui s’ouvre pour Sébastien Lecornu. Mais là où les ordonnances lui assuraient de chuter, il a une chance, grâce au 49.3, de sauver sa tête et le budget.

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