Crise ouverte au comité d’organisation des Jeux Olympiques Alpes 2030 après trois démissions
Trois démissions en deux mois : la crise s’aggrave au sein du Comité d’organisation des Jeux olympiques 2030 dans les Alpes, le dernier à claquer la porte, Bertrand Méheut, président du comité des rémunérations, dénonçant, mardi 3 février, une "dérive importante" en termes de fonctionnement.
Ancien président du groupe Canal + et ex-patron du Pari mutuel urbain (PMU), Bertrand Méheut a annoncé lundi qu’il quittait la présidence de l’instance chargée de donner son avis sur les rémunérations et avantages en nature des salariés des Alpes 2030, et notamment des cadres dirigeants.
Deux autres membres du comité des rémunérations, dont les identités n’ont pas été précisées, ont également annoncé leur départ, a appris l’AFP.
Le départ de Bertrand Méheut intervient après la démission début décembre de la directrice des opérations du Cojop, Anne Murac, suivie le 23 janvier du départ du directeur de la communication, Arthur Richer, ce dernier ayant "constaté un désaccord sur la stratégie à mettre en place", selon une source proche du dossier.
Dans des extraits d’un courrier rendu public mardi par L’Equipe et Le Parisien, Bertrand Méheut pointe une "dérive importante qui (le) conduit à douter du succès du projet que ce soit en matière de délais et de coûts".
"Messages d’alerte"
Selon ce mail adressé aux membres du comité des rémunérations, organe indépendant comme les comités d’éthique et d’audit, Bertrand Méheut estime justement que ces "organes de surveillance et de supervision du Cojop ne jouent pas leur rôle et restent insensibles aux messages d’alertes véhiculés par notre comité, qui est dans sa mission cependant".
Concernant la gouvernance du Cojop, "celle-ci est supposée duale, ce qui n’apparaît plus être le cas. Le président, accompagné en principe d’un directeur général exécutif, se comporte comme s’il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence", fustige Bertrand Méheut, alors qu’Edgar Grospiron est à la tête du Cojop, et que Cyril Linette est numéro deux. "J’attire l’attention sur les risques encourus par le Cojop", écrit encore Bertrand Méheut.
Selon Le Parisien, lors d’une réunion mi-janvier, le comité des rémunérations aurait émis "plusieurs avis défavorables" concernant des "dysfonctionnements", notamment "sur l’utilisation de quatre cartes bancaires" ainsi que sur le recrutement d’un directeur général adjoint des opérations.
Lundi soir, le Cojop a réagi en affirmant que le départ de Bertrand Méheut "ne remet pas en cause la gouvernance de l’organisation ni les principes de transparence qui la guident. Un processus de remplacement sera engagé dans les prochaines semaines afin de reconstituer le comité et reprendre ses travaux. L’organisation est pleinement mobilisée pour garantir un cadre de gouvernance clair et conforme à ses engagements".
"Tensions en interne"
Rappelant que "le comité des rémunérations est une instance externe au Cojop, dont les membres sont désignés par le conseil d’administration", il observe que "cette instance a un rôle consultatif sur les questions relatives aux rémunérations et plus généralement aux engagements impactant la masse salariale".
À la suite des deux premières démissions, en décembre et janvier, la ministre des Sports Marina Ferrari avait exigé fin janvier une "clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité" du Cojop. Dans la foulée, le bureau exécutif de l’instance s’était réuni et ses parties prenantes – le gouvernement, les comités olympique et paralympique, les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes qui accueilleront ces Jeux d’hiver dans les Alpes françaises – avaient annoncé le lancement d’une "mission", dans le but de garantir au projet "une organisation plus lisible, stable et opérationnelle".
Fin janvier, une source proche du dossier avait fait état de "tensions en interne" au Cojop mais "aussi en externe", avec les institutions du monde sportif, autour des "choix politiques", "stratégiques" ou "managériaux" déjà pris ou à prendre, dans un contexte de divergences entre certains responsables parisiens et des acteurs issus des régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes.
Les attentes sont notamment fortes autour de la "carte des sites" devant attribuer les compétitions des différentes disciplines à chacun des quatre grands pôles (Savoie, Haute-Savoie, Nice et Briançonnais). La carte ne sera arrêtée qu’en juin. Des crispations existent également au niveau local autour de la répartition de la charge financière.
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