L’Ecole des Beaux-arts à Montpellier en vedette au MO.CO. et au musée Fabre : une exposition à double entrée et choix multiples
Le MO.CO. et le musée Fabre se sont associés pour proposer une remarquable exploration du vivier de talents majeurs que fut et reste l’École des Beaux-arts de Montpellier.
Alexandre Cabanel, Ernest Michel, Max Leenhardt, Germaine Richier, Albert Dubout, Camille Descossy, Pierre Soulages, Claude Viallat, Daniel Dezeuze, Vincent Bioulès, Bernard Frize, Robert Combas, Abdelkader Benchamma… La liste des artistes majeurs passés, et formés, par l’École des Beaux-arts de Montpellier est impressionnante mais aussi réjouissante car les points de suspension qui la concluent, ne signifient pas la fin de celle-ci mais la possibilité de sa poursuite, dans le passé, au présent et surtout à l’avenir.
À l’occasion de la 3e édition de SOL !, la biennale du territoire, et pour la première fois à ce niveau, le MO.CO. et le musée Fabre se sont associés pour rendre compte de l’histoire, de l’apport et de la vitalité des Beaux-arts de Montpellier avec une vaste exposition conjointe à visiter jusqu’au 3 mai. Plutôt deux fois qu’une, et même plus encore : plus d’une centaine d’artistes issus de l’école, entre 1779 et 2019, sont mis à l’honneur dans un parcours à double entrée et choix multiples !
Une exploration chronologique au MO.CO.
Si l’École supérieure des Beaux-arts (Esba) est intégrée depuis 2018, à l’institution Montpellier Contemporain (MO.CO.), centre d’art sur deux lieux (l’ancien collège royal de médecine et l’hôtel Montcalm), son histoire est étroitement liée au musée Fabre. Héritière de la Société des Beaux-arts de Montpellier fondée en 1779, où François-Xavier Fabre fit ses études, l’école est intégrée au musée en 1829, un an après son ouverture, et trois après que ledit peintre, collectionneur et mécène a fait don de ses collections à sa ville natale.
Au MO.CO., l’exposition qui réunit plus d’une cinquantaine d’œuvres, éclaire sur les différentes étapes de l’évolution de l’école depuis son directeur-fondateur et souligne la succession des générations, des directeurs, des professeurs et bien sûr des élèves et artistes. Pour mettre en lumière des pratiques, des affinités et des filiations, elle combine approches chronologique et thématique.
Ainsi, passé la nécessaire frise pour (tenter de) démêler l’écheveau de l’histoire de l’école, une salle est consacrée à une évocation de l’atelier, thème récurrent en art mais aussi endroit du travail, de la collaboration, de la rencontre. On y voit un portrait du jeune Vincent Bioulès par le directeur Camille Descossy. Bioulès réalisera, lui, celui de son ami Claude Viallat. Un peu plus loin, d’autres salles se pencheront sur le paysage et sur la rue, comme autres thèmes, autres lieux.
Entre-temps, un premier focus est proposé sur une “génération dorée”, entre 1920 et 1950, liée d’amitié aux Beaux-arts qui fit ensuite beaucoup pour le renom de Montpellier : Germaine Richier, Albert Dubout, Georges Dezeuze, Grabriel Couderc, Camille Descossy, Suzanne Balivet… Si ceux-ci ne formèrent pas une école, Vincent Bioulès, Georges Dezeuze, Claude Viallat, François Rouan et d’autres furent, bien sûr, de Supports/Surfaces, mouvement fondamental auquel l’expo consacre deux volets dans de grands espaces : son avant, du temps de la jeunesse graphique de Bioulès, Dezeuze et Viallat, et son après, pour réfléchir son héritage, y compris (belle idée) concrètement avec le grand panneau miroir rotatif de Bruno Peinado au milieu du grand plateau à l’étage. Mais ne sont pas non plus oubliés le groupe ABC (soit Alkema, Azémard, Bioulès et Clément), ni bien sûr les figures radicales marquantes, et éclatantes, que sont Bernard Frize et Robert Combas, qui sont bellement mis en valeur.
Au sous-sol, c’est une autre chanson où, pour filer la métaphore musicale, au milieu d’un jubilatoire brouhaha de talents, certains anciens des Beaux-arts se produisent en duo : Abdelkader Benchamma et Gilles Miquelis se saisissent à quatre mains de phénomènes invisibles dans trois tableaux puissants, Alain Lapierre et Jimmy Richer composent un spectaculaire mur en expansion, Marie Havel et Clément Pilippe inventent des archipels cristallins… Mais impossible de tout citer, l’espace foisonne d’inventions, et palpite de créativités, oui, au pluriel !
Un parcours ludique au musée fabre
Profitant de la libération de trois de ses salles de son rez-de-chaussée (salles qui du temps jadis accueillaient l’atelier de sculpture des Beaux-arts), le musée Fabre y creuse des thématiques qui depuis la fondation de l’école, sont restées d’actualité. Ainsi, l’apprentissage du dessin anatomique d’après les maîtres, la sculpture ou le modèle est un passage toujours obligé des Beaux-arts et on en contemple des exemples signés, pêle-mêle, Bioulès, Causy, Dezeuze, Fabre, Gouts, Grand, Matet, Peyson, Pous-Viallat, Rudel et Soulages. De même, la commande publique, en l’occurrence montpelliéraine, est-elle représentée par le travail d’Ernest Michel pour l’Opéra-Comédie et, cent trente ans plus tard, de Mona Young-eun Kim pour le plafond des halles Laissac.
En outre, comme un échange de bons procédés avec le MO.CO., le musée Fabre accueille une trentaine d’œuvres d’artistes diplômés des Beaux-arts de Montpellier au sein même de ses collections permanentes, depuis le hall Buren jusqu’à la salle 45. Avec l’idée d’instaurer un dialogue ici poétique, la thématique, ailleurs ludique, voire subversif, sans pour autant perturber le parcours d’un primo visiteur, aucune œuvre n’ayant été décrochée pour céder sa place à ce projet.
Dans le ciel de l’atrium Richier, la gigantesque lune de 3,6 m éclairée de l’intérieur, de Bruno Peinado produit son petit effet. On appréciera aussi les trois petites sculptures figurant les trois âges de la femme, signées Alba Sagols et disposées à dessein en regard de Sainte Marie l’Egyptienne, saisissant portrait de l’ermite brouteuse âgée par Jusepe de Ribera. On ne loupe pas la chamarrée Grande bataille de Robert Combas accroché dans la galerie des colonnes, ni au sculptural Chevals de Sébastien Duranté installé à l’autre extrémité d’icelle. Un peu plus loin (salle 33), face à Ingres, Pablo Garcia amuse avec un triptyque d’icônes subculturelles : la bière 8.6, la BMW 320.i et une paire de Nike Air. Tempus fugit… Également facétieux, Gaétan Vaguelsy accroche salle 37, en face des mythiques Baigneuses de Courbet, son grand format contemporain Les baigneurs, parmi lesquels un semble déconcentré par celles-ci, ou trop concentré, à voir. Tout au bout de ce parcours plein de surprises, salle 45, les pièces délicates, sereines, de Joëlle Gay font sens au côté des sculptures de Germaine Richier. Le silence est aussi tout un art.



J'ai déjà un compte
Je me connecteVous souhaitez suivre ce fil de discussion ?
Suivre ce filSouhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?