Les navires de pêche aux petits métiers pourraient-ils passer au moteur hybride électrique ?
Face à la dépendance aux énergies fossiles, des professionnels dont deux pêcheurs à Sète, se sont portés volontaires pour participer à une étude autour d’une motorisation hybride des bateaux de pêche aux petits métiers, lancée par le Cepralmar.
Ils sont cinq patrons pêcheurs à tenter l’expérience Hypemo. Un à Gruissan, deux au Grau-du-Roi et deux à Sète. Tous appartiennent à ce qu’on appelle la pêche aux petits métiers. Autrement dit la pêche artisanale côtière. Parmi eux, le Sétois Vincent d’Aquino (lire ci-contre), pêcheur de thon à la ligne sur son navire de 9 mètres baptisé Magali-Lucie-Manon. Comme ses collègues, il a accepté de participer à un projet lancé par le Cepralmar (Centre d’étude pour la promotion des activités lagunaires et maritimes) l’an dernier, destiné à observer la consommation de carburant de ces navires – en phase de transit comme en phase de pêche – grâce à des capteurs à bord.
Contexte de dépendance aux énergies fossiles
Ainsi à chaque sortie en mer, l’équipe scientifique reçoit des données qui vont ensuite servir à identifier des solutions de décarbonation à destination de cette flotte de navires, représentative de la diversité des pratiques de pêche en Occitanie. "Le point de départ d’Hypemo, c’est la volonté de la profession de travailler sur la transition énergétique avec un contexte de dépendance aux énergies fossiles et à la montée des prix du gazole, explique Michela Patrissi, biologiste marin et chargée de mission pêche au Cepralmar, qui supervise le protocole. "C’est un enjeu auquel on réfléchit depuis quelques années, ajoute Jean-François Holley, directeur du Cepralmar. On l’a identifié il y a 3 ans en conseil d’administration. On a commencé à travailler sur cette thématique en commençant par un état des lieux des technologies existantes. Et le plus propice, à court et moyen termes, c’est plutôt l’hybridation électrique". "D’après nos recherches, une solution d’hybridation électrique peut être intégrée dans une échelle de temps modérée, avec un investissement limité et en retrofit, c’est-à-dire qui s’adapte au navire", résume Michela Patrissi.
"On veut savoir si ça vaut le coup pour les pêcheurs"
Un appel à projets a été lancé et cinq professionnels ont été retenus : un canneur (thon) et un palangrier à Sète, un caseyeur (poulpe) et un fileyeur (poisson de fond) au Grau-du-Roi et enfin un navire de pêche polyvalent à Gruissan. "Ces bateaux ont une forte variabilité dans leurs pratiques, certains ont plusieurs moteurs, certains sont à l’extérieur, d’autres fonctionnent à hélices et certaines pêches sont proches des côtes quand d’autres vont plus au large", détaille Jean-François Holley. Les besoins en autonomie et en puissance de moteur ne sont pas les mêmes en fonction des types de pêche. C’est donc tout cela qui est étudié au sein d’Hypemo. "Nous faisons un diagnostic de la consommation des moteurs thermiques en fonction de la réalité des pratiques, comme la météo, mais aussi le temps passé à quai, etc.", poursuit Jean-François Holley. Des débitmètres permettent de mesurer la consommation de carburant et des capteurs de chaleur servent à identifier les niveaux de chaleur sur le navire pour trouver le meilleur des batteries électriques qui y sont très sensibles.
Une fois ces données étudiées (d’ici l’été 2026 pour étudier une cinquantaine de sorties), le Cepralmar, qui travaille avec l’entreprise New Wave technology, spécialiste des batteries électriques sur Nîmes, va tenter de "dimensionner une solution de moteur hybride la plus adaptée à chaque navire […] et on veut savoir si ça vaut le coup pour les pêcheurs économiquement", cherche à démontrer Michela Patrissi pour la première phase d’Hypemo.
Le poids et la puissance des navires au cœur de la réflexion
Il s’agira par exemple d’identifier s’il faut remplacer une partie de la motorisation thermique par un système électrique ou s’il faut rajouter un moteur alimenté par des batteries électriques capables de prendre le relais en mer. C’est là qu’une autre dimension du projet apparaît : l’évolution de la réglementation pour ce qui est du poids des navires si des batteries sont ajoutées, les centres de sécurité des navires devront le valider. Mais aussi en termes de puissance, car les navires ont un droit d’exploitation déterminé notamment par une puissance maximale à ne pas dépasser. "Il faut que ce soit acceptable pour les services de l’État, on doit y travailler", certifie Jean-François Holley. Les porteurs du projet veulent aussi convaincre les gestionnaires des ports d’étendre les dispositifs spécifiques de recharges électriques à quai pour les navires de pêche. "On est au début de l’histoire", conclut Jean-François Holley.
Le projet est financé à 40 % par des fonds européens (Feampa) 20 % par la Région, 20 % par l’Etat et 20 % par le Cepralmar, pour une enveloppe totale de 150 000€.
J'ai déjà un compte
Je me connecteVous souhaitez suivre ce fil de discussion ?
Suivre ce filSouhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?