Mort de Rolland Courbis. "C’était l’homme de la remontée", comment l’entraîneur a marqué l’histoire du MHSC

  • Rolland Courbis a entraîné Montpellier à deux reprises (2007-09, 2014-2016), pour des passages qui ont laissé une trace profonde.
    Rolland Courbis a entraîné Montpellier à deux reprises (2007-09, 2014-2016), pour des passages qui ont laissé une trace profonde. Midi Libre - RICHARD DE HULLESSEN
Publié le , mis à jour
Marc Blaquière

L’entraîneur Rolland Courbis, qui est décédé lundi 12 janvier, a dirigé l’équipe de Montpellier à deux reprises. Deux sauvetages, une remontée : il a laissé une forte empreinte.

Le 29 mai 2009, La Mosson rattrape la légende. Elle fige la respiration de Montpellier, déborde dans une tension oubliée depuis presque une décennie. Au bout d’une victoire devant Strasbourg (2-1), elle plonge dans l’extase. Au mépris de toute consigne de sécurité, la foule d’un stade à guichets fermés envahit le terrain et menace d’étouffer Rolland Courbis. Chaque supporter veut l’approcher, le remercier comme on touche un saint qu’il est si peu. "Rolland, c’est l’homme de la remontée" résume Pascal Baills, son ancien adjoint.

L’expérimenté entraîneur, déjà passé par Toulon, Marseille ou Bordeaux, met fin au calvaire de cinq saisons en Ligue 2 (2004-2009). Mieux, entouré de la famille Nicollin et de Michel Mézy, conseiller du président, cet homme roué, qui a toujours un coup d’avance, façonne la résurrection à l’aube de la plus belle page de son histoire.

"C’était la gouaille"

Ce soir de tous les excès, il vole presque la vedette à Louis Nicollin et à ses joueurs après avoir volé à leurs secours un peu plus de deux ans plus tôt, leur évitant la relégation en National (3e division).

"Coach Courbis" s’est éteint lundi 12 janvier à l’âge de 72 ans au bout d’un dernier week-end de foot qu’il observait d’un œil aiguisé et oblique. Dix-sept jours après Jean-Louis Gasset, emblème de la Paillade, ce Marseillais, fils d’un policier et proche du milieu marseillais, laisse le foot français orphelin d’un acteur majeur et iconoclaste. "C’était la gouaille, le soleil avec tous ses excès, quelqu’un qui connaissait le foot, l’aimait profondément. Un homme très attachant et truculent ", résume Michel Mézy.

Si Jean-Louis Gasset (72 ans) est enraciné dans les vestiges héraultais, Rolland Courbis n’aura été qu’un oiseau de passage, avec deux expériences d’un peu plus de deux années chacune (2007-2009, 2013-2015). Sa trace et sa popularité sont aussi profondes que son attachement au club. "Il m’appelait souvent la saison dernière, ça le rongeait qu’on puisse descendre" rappelle le président Laurent Nicollin.

Ce personnage à l’accent du Sud, qui "ne fait rien comme les autres", ni "ne dit rien comme les autres", était "comme chez lui" à Montpellier. Avec son sens de la repartie et son autorité naturelle, cet homme mi-ange, mi-démon agace les gens à cheval sur les principes, séduit les pragmatiques.

"Il te filait les frissons"

Courbis mène comme nul autre son effectif, dessine le portrait-robot d’un entraîneur de Montpellier. "Après certaines causeries, il te donnait envie d’enfiler le maillot. Il te filait des frissons", rappelle Pascal Baills. Au risque de soustraire ses compétences de technicien.

Tout débute à Montpellier le 1er mai 2007. Rolland Courbis supplée Jean-François Domergue, son antithèse, après un forcing de Michel Mézy auprès de "Loulou". Il se remet au boulot et replace un club, en plein vertige, au cœur du foot français. À Grammont, il attire tous les micros, délivre ses bons mots et subjugue dans des conférences de presse, aux airs de one-man-show d’une demi-heure. Et perd jamais son sang-froid.

En quatre matchs, une défaite à Créteil sur un but contre son camp et trois victoires dont une à Ajaccio retirée de la grille du Loto sportif, il épargne la relégation à Montpellier, "un club dont la place est en première division". Pendant deux ans, il mène de front son rôle de consultant radio à RMC, ses ennuis judiciaires dans l’affaire des comptes de l’OM et recompose l’effectif de Montpellier, par la confiance faite aux jeunes (Aït-Fana, Saihi, Jourdren…) un recrutement inspiré (Camara, Marveaux, Costa, Dzodic, Bocaly…) et polémique avec Thomas Deruda fils d’un gros bonnet marseillais. Il le ramène au sommet au bout d’un sprint rédempteur après une défaite aux Costières de Nîmes. Dans la tourmente de son procès, il s’éclipse sans bruit dans un clair-obscur éternel. Il trace la voie à René Girard. Européen la saison d’après, champion trois ans plus tard.

Le soufflé du titre et des années Girard retombés, Courbis, pompier de service sorti du placard, revient à l’orée de l’hiver 2013 pour succéder à Jean Fernandez. Avec quelques rescapés du titre : Hilton, Camara, ou Stambouli, il réussit un nouveau sauvetage. Il conduit Cabella jusqu’au Mondial au Brésil et s’étonne à moitié du crash de Niang, sans permis, au volant d’une Ferrari dans les allées de Grammont.

Bêtes médiatiques

Après une belle saison à flirter avec l’Europe, malgré trois mois à jouer à Du Manoir après l’inondation de la Mosson, Rolland Courbis, accompagné lors de ce second mandat d’un conseiller controversé : Jacques Bayle, entame un bras de fer avec Louis Nicollin. Le technicien, sûr de son état de service, veut prolonger, veut forcer la main au président, auquel on ne dicte rien.

Sur fond d’incompréhension, et d’un feuilleton électrique, les deux hommes s’éloignent jusqu’à une fracture ouverte à tous les étages du club. Jusqu’à la presse. À la veille de la trêve hivernale, Courbis démissionne au prétexte d’une fatigue et rebondit trois semaines plus tard à Rennes. Et écorne son crédit aux yeux de tous.

Ces deux bêtes médiatiques, globalement sur la même longueur d’onde, aimaient trop être seules maîtres à bord pour vivre plus de deux ans côte à côte. Leur duo, ou leur mano à mano, avait presque débuté à la mi-temps d’un match, forcément légendaire, au Vélodrome le 22 août 1998. À la sortie du vestiaire, Courbis, entraîneur d’un OM mené 0-4 par l’équipe de Gasset, croise Nicollin et prophétise une remontée. "Ça, c’est des couilles", rétorque Loulou. Des mots, un sourire partagé et un temps révolus.

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