Mort de Rolland Courbis : "Viens, on va passer le week-end avec la Comtesse", Coach Courbis raconté par l’ancien intendant du MHSC Christian Masi
L’ancien intendant a vécu aux côtés de Rolland Courbis son premier mandat à Montpellier (2007-2009). Les deux hommes ont noué une amitié et de belles histoires.
Il s’émerveille pour toujours. Il rembobine l’amitié tissée pendant deux ans (2007-2009) avec Rolland Courbis, ancien entraîneur de Montpellier décédé lundi 12 janvier. Des histoires inscrites dans la mémoire de Christian Masi, ancien intendant de la Paillade.
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Le jour où il accueille Rolland Courbis
"J’étais intendant auprès de Jean-François Domergue et je continue avec Rolland Courbis qui arrive à quatre matches de la fin de saison. J’étais impressionné. Rolland Courbis c’est Rolland Courbis. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Au bout de quelques jours, voire quelques heures, je me suis rendu compte qu’on allait s’éclater. Je n’ai pas été déçu. Tout était au feu vert dans tous les sens.
"Tu n’es pas mon intendant, tu es mon ami. Tu es plus qu’un joueur", me disait-il. Il marchait beaucoup à l’affectif. Et savait nous retourner le cerveau à tous. Quelquefois, il m’appelait en fin de journée : "Qu’est-ce que tu fais ce soir ?". "Rien, je suis à la maison". "J’arrive, je viens bouffer avec toi et ta femme, on va passer la soirée ensemble." Des trucs simples, parfois très surprenants."
Le jour où il l’invite à Monaco chez la Comtesse
""Écoute, viens à Monaco, on va passer le week-end avec la comtesse Rizzoli (Maria-Luisa Rizzoli, NDLR)", sa compagne. "Rejoins-moi à l’hôtel de Paris", me dit-il.
Quand j’arrive avec notre Renault Clio, je me retrouve devant l’hôtel Cinq étoiles au milieu des Ferrari, Maserati, Jaguar…, autant de voitures luxueuses. Le maître d’hôtel ne voulait pas me laisser passer, car cela faisait un peu désordre. Rolland surgit en haut de l’escalier : "Non, non, laissez-le passer". Le type a été alors obligé de garer ma voiture entre une Ferrari et une Maserati. Ça faisait rire Rolland.
Je me retrouve à l’hôtel de Paris à boire un coup avec lui. Ensuite, on va rejoindre la Comtesse sur sa plage privée, où elle était avec deux majordomes qui nous ont reçus comme des rois. Elle était au téléphone avec Chirac ou Céline Dion, mais s’intéressait à mon rôle d’intendant. Elle était adorable.
Elle m’a proposé de me faire raccompagner en hélicoptère. "Non, non, je repars avec ma Clio à Montpellier". C’était marrant, c’était Rolland."
Le jour d’une visite chez le médecin
"Rolland ne prenait pas sa voiture. Je devais l’amener à droite, à gauche. Un jour, il a rendez-vous chez le médecin, mais a peur d’y aller seul. Je l’accompagne, je le dépose en salle d’attente.
"Rentre avec moi au cabinet", me dit-il. Il se met torse nu et était "pigné" sur tout le corps. Le docteur l’interroge : "Que vous est-il arrivé ?" "Cette cicatrice-là, c’est l’attentat à côté de Toulon, celle-ci, c’est une balle à Ajaccio" : il a déballé sa vie à travers ses cicatrices. Il s’amusait de tout ça. Je me retenais de rire. Il était intelligent et charismatique, mais il avait un côté enfantin par moments.
Le rêve de Rolland
"Il avait un rêve, celui d’entraîner l’AC Milan. Il était ami avec Adriano Galliani (ancien directeur du Milan et homme de confiance de Silvio Berlusconi, NDLR). Il m’en parlait beaucoup.
Sinon, il ne me parlait pas vraiment de football, même s’il estimait qu’il avait à apprendre du plus simple supporter. Que l’un d’eux pouvait lui soumettre une bonne idée. Il aurait pu entraîner le Real Madrid, il aurait été toujours le même."
Le jour où Montpellier assure son maintien
"On perd le premier match à Créteil (1-0). On est tous abattu, mais lui a la tête fraîche. Et il se concentre sur les trois derniers matches, sans droit à l’erreur. Avant le dernier contre Grenoble, il me dit : "Si on gagne, on mange un bout de pelouse au centre du terrain". Il l’a fait.
"On refera ça si on monte en Ligue 1", ajoute-t-il. Ce soir-là, il n’a pas réussi à le faire, il y avait 20 000 personnes sur la pelouse. Je suis parti en courant, il m’a suivi avant d’être rattrapé par les supporters. Les gardes du corps de la sécurité l’ont sorti de la foule pour le ramener au vestiaire."
Le jour de la montée devant Strasbourg
"Le matin de la remontée devant Strasbourg, il me dit : "Amène-moi à l’église." Quand on est arrivé devant, boulevard de Strasbourg, elle était fermée. "Ce n’est pas grave, dit-il. Le bon Dieu dit que si on va à l’église et qu’elle est fermée, si on a fait l’effort d’y aller, ça va nous porter chance." Et le soir, on monte en Ligue 1.
Montpellier était en ébullition ce jour-là. Dans la matinée, on sort de l’hôtel Mercure et on s’assoit tous les deux à une terrasse. Le serveur, qui était supporter de Montpellier, a failli en tomber le plateau. Il se demandait ce que l’on faisait là, le matin du match. Je revois encore sa tête.
C’est une journée qui a duré une semaine. Comme on est tous superstitieux au club, on n’avait rien préparé. On était tellement épuisé par la saison que je n’ai pas même souvenir d’un petit resto. Mais quel bonheur.
Rolland était très superstitieux. Des fois, je devais changer le jeu de maillot deux heures avant un match."
Le jour de son départ
"Rolland me demandait mon avis. Je lui ai dit de rester encore une année. Il voulait régler au plus vite ses problèmes avec la justice.
J’avais mangé le caviar en entrée. Quand on a travaillé avec lui, on a l’impression de rouler en Ferrari, puis d’être au volant d’une 2 CV. Avec Rolland, il y avait tout. D’habitude, les joueurs aiment l’entraîneur qui les fait jouer. Là, même s’ils ne jouaient pas, les remplaçants l’adoraient. Il savait leur faire passer les messages. Il était capable de faire croire à un joueur qu’il était Léo Messi. Dans ses causeries, il parlait tellement fort que les gens dans la salle d’à côté venaient se plaindre. Ils ne s’entendaient pas parler.
Le plus grand moment a été d’être à table avec Rolland, Loulou, Laurent (Nicollin) et Michel Mézy. Quand on mangeait avec eux, c’était le 14 juillet tous les jours.
Rolland savait toujours dédramatiser, détendre l’atmosphère. S’il avait joué la finale de la Coupe du monde, il aurait donné l’impression de jouer un match amical à Rodez."



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