Municipales 2026 : "Quand ils ferment, le vote RN augmente"… Pourquoi les bars-tabacs jouent-ils un rôle dans les élections ?
Hugo Subtil, chercheur en science politique à l’université de Zurich, a publié une étude qui prouve que la fermeture des bars-tabacs en France contribue à la progression du vote d’extrême droite (RN). On lui a demandé de décrypter en quelques mots les résultats des recherches. C’est parti.
"Là où un bar-tabac ferme, on observe une progression du vote pour le RN au fil du temps." C’est, en bref, le résultat de l’étude menée par Hugo Subtil, chercheur en science politique à l’université de Zurich.
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Que dit cette étude ?
Parue vendredi 30 janvier 2026, l’intitulé de cette étude est en lui-même révélateur : "Quand les bars-tabacs ferment : l’érosion du lien social local et la progression du vote d’extrême droite en France". Pour en arriver à ce constat, le chercheur suisse a combiné les données de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022 avec les résultats des élections présidentielles et législatives sur 25 ans.
"La raison du changement dans les comportements de vote, c’est le délitement social", souligne Hugo Subtil, interrogé par Midi Libre. "Quand un bar-tabac ferme, il y a moins d’interactions, moins de sociabilité entre les gens sur leur territoire… Comme dans les associations ou les clubs sportifs, les bars-tabacs représentent en France un lieu particulier où les gens se retrouvent". Le fait que ces rencontres diminuent conduit à un vote Rassemblement national. Les effets sont d’ailleurs "trois fois plus forts" dans les communes rurales, où ce type d’établissement constitue souvent le dernier lieu de sociabilité.
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Ce que ça dit du RN
"Le FN, devenu le RN, a politisé les bars-tabacs et leurs fermetures, souligne l’auteur de l’étude, avec "tout un discours sur la France des oubliés, ou encore sur les territoires abandonnés." Le RN mobilise un langage "symbolique et affectif" quand les autres partis privilégient un "registre plus technique", analyse le chercheur après avoir étudié des discours parlementaires depuis 2012.
L’extrême droite a "glorifié une certaine France" que les bars-tabacs représentent, insistant sur le fait qu’ils font partie du "patrimoine de la France", développe encore le chercheur originaire des Alpes-de-Haute-Provence. Le RN s’est ensuite servi de la disparition de ces établissements pour déployer sa stratégie politique et dire : "On va relocaliser certains groupes industriels, vous allez pouvoir consommer local et continuer à aller au bar-tabac".
L’extrême droite a axé sa rhétorique sur "le déclin français", poursuit le chercheur en science politique et quand les gens ont vu les bars-tabacs et d’autres lieux fermer, "ce discours a porté ses fruits". "Quand une boulangerie ferme, effectivement, ça peut faire écho à ce même narratif de la France en déclin. Je vois que mon territoire va mal et je peux voter RN qui dit vouloir sauver ce patrimoine-là, relocaliser…", décrypte Hugo Subtil.
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Ce que ça dit de la politique
Cette tendance n’est pas figée pour Hugo Subtil. "Cet effet est réversible et la politique a encore des choses à faire". Si certains le veulent, "on peut changer les choses", assure le chercheur. Ce qui signifie : "recréer du lien". "On voit que, quand on ouvre des bars-tabacs, le vote pour le Rassemblement National diminue."
Si l’étude se concentre sur ce type d’établissement, le vote pour l’extrême droite diminue aussi quand des associations, des bibliothèques, des fêtes de village, "tout un tas d’endroits et d’événements où les gens vont se croiser sans forcément être amis", se créent, assure l’universitaire basé à Zurich.