"Nous, on n’a pas oublié le VIH", à Nîmes, elles s’engagent à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida
"Les jeunes de 15-25 ans sont particulièrement affectés par certaines infections sexuellement transmissibles", indique une étude de Santé publique France et les découvertes de séropositivité au VIH ont bondi de + 41 % entre 2014 et 2023. À quelques jours de la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, Marie-Sophie Granero, sage-femme, et Laurence Lankamer, médecin au centre de santé sexuelle de Nîmes, expliquent comment elles sensibilisent adolescents et jeunes adultes.
Marie-Sophie Granero, sage-femme, et Laurence Lankamer, médecin, travaillent au centre de santé sexuelle de Nîmes qui a reçu 847 patientes en 2024, et mené des actions d’information autour de la vie affective et sexuelle auprès de 1036 élèves de troisième.
Comment parle-t-on de santé sexuelle à des adolescents ou a des jeunes adultes ?
Laurence Lankamer : Sur des consultations individuelles, ils arrivent avec une demande. Mais quand on s’adresse à un groupe de jeunes, on parle aussi de bien-être, de protection et de respect du corps quand on parle de sexualité. Ce n’est pas toujours facile de parler de sexualité quand on est en classe de troisième, au collège, et tout dépend aussi du quartier… Heureusement, il y a souvent une ou deux personnes plus à l’aise dans un groupe, qui nous permettent de lancer le dialogue.
Marie-Sophie Granero : Quand on parle de santé sexuelle, la question des infections sexuellement transmissibles (IST) revient systématiquement. On rappelle qu’il faut se protéger contre le VIH, que cette infection des années 80 reste d’actualité, même s’il y a des traitements, et il faut se protéger.
L’explosion des infections sexuellement transmissibles bactériennes
Dans une étude publiée le 25 novembre 2025, Santé publique France "décrit l’évolution dans le temps des dépistages et des diagnostics d’infection à VIH et de trois infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes, chlamydiose, gonococcie et syphilis chez les jeunes de 15 à 25 ans".
Le résultat est inquiétant : "Les taux de personnes testées pour les quatre IST ont augmenté entre 44 % et 593 % chez les jeunes et entre 36 % et 225 % chez les adultes depuis 2014. L’augmentation (+ 41 %) du nombre de découvertes de séropositivité VIH chez les jeunes entre 2014 et 2023 contraste avec la diminution (-15 %) observée chez les adultes", note SPF.
Les cas de séropositivité augmentent principalement "chez les jeunes nés en Afrique subsaharienne" et se stabilisent "chez les jeunes hommes nés en France".
Le VIH est un risque comme un autre ?
Laurence Lankamer : Les infections sexuellement transmissibles bactériennes sont beaucoup plus fréquentes, mais quand on propose un dépistage, on l’inclut dans le dépistage, au même titre que l’infection à Chlamydia, qui peut conduire à la stérilité, au gonocoque, la syphilis, les hépatites. Nous, le VIH, on ne l’a pas oublié, même si on est aujourd’hui face à la génération de l’après VIH, qui n’a pas connu les angoisses des générations précédentes.
Marie-Sophie Granero : Dans une consultation, on propose toujours un dépistage des IST, en mettant en garde contre le discours du copain qui dit "Je suis nickel, j’ai toujours mis des préservatifs, je n’ai pas d’autre copine".
On fait une recherche de HIV systématiquement en début de grossesse, avec l’accord de la patiente. Et il m’est déjà arrivé de devoir annoncer à une jeune femme qui débutait une grossesse qu’elle était porteuse du HIV. J’ai souvenir de deux situations.
"On pensait que le gonocoque était une pathologie d’un autre temps"
Pour des jeunes femmes avec des comportements à risques ?
Non. Aujourd’hui, ces deux jeunes femmes vont bien, elles sont sous traitement, ont une charge virale indétectable, et elles ont pu mener à bien leur grossesse.
Les jeunes générations ont pleinement conscience des risques d’infection ?
Laurence Lankamer : Plus tôt ils ont de bons réflexes, mieux c’est. Nous, on donne des informations, sans oublier que l’adolescence est aussi un moment de la vie où on a des comportements plus à risques, plus de vulnérabilité. Mais il y a aussi des jeunes très attentifs à leur santé, qui se font dépister régulièrement, qui se prennent en charge. La majorité des jeunes sont responsables.
Chez un public bien sensibilisé à ces questions, il va y avoir une anticipation du risque.
Mais on pensait que le gonocoque était une pathologie d’un autre temps…
Heureusement, ce sont des sujets qui ne prêtent pas à différentes interprétations quand on s’informe sur les réseaux sociaux, on peut trouver des informations claires et précises, alors que c’est plus compliqué quand on parle d’hormones, de contraception… On entend tout et n’importe quoi sur la pilule, sur l’IVG aussi.
Marie-Sophie Granero : Tik Tok fait des ravages.
À quelle fréquence conseillez-vous de se faire dépister ?
Laurence Lankamer : Tout dépend si le couple est stable ou si on a plusieurs partenaires. Nous, on conseille de se protéger tant qu’on n’est pas avec un partenaire qui a fait un dépistage.
Un message essentiel ?
Marie Sophie Granero : "Sortez couvert".
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